Le Père Daniel Meynen
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Page n° 1 sur la Très Sainte Trinité
Cher amis,
Dans le courant de l'année 1995, j'ai fait paraître un livre sur l'Eucharistie et sur l'Eglise, livre qui a pour titre : « L'Eucharistie : l'Eglise dans le Coeur du Christ. » Ce livre est disponible sur mon site web à l'adresse suivante : http://homily-service.net/franc/premlivr.htm
Grâce à un long travail de traduction accompli par Antoine Valentim, de Montréal (Canada), ce livre est également disponible en anglais à l'adresse suivante : http://homily-service.net/engl/frstbook.htm
Je signale ce fait, car, pour tâcher de développer quelques notions sur la Très Sainte Trinité, je vais commenter un passage de la Sainte Ecriture, savoir le verset 57 du chapitre 6 de l'évangile de Saint Jean, passage que j'ai également étudié dans le livre en question, et donc, que je vais présenter sous un jour très proche et très lié à cette étude initiale.
La présente étude ne sera sans doute pas facile à comprendre : la Très Sainte Trinité est et restera toujours un Mystère, une Vérité qui dépasse notre esprit. Cependant, j'essaierai d'être le plus clair possible. Parfois je ferai référence au livre dont je viens de parler ; en résumé, je le nommerai par les initiales EECC. A d'autres endroits, je citerai un auteur ou l'autre, soit ancien, soit moderne. Que chacun prenne le temps de peser ce que je dis ou d'analyser les citations qui seront faites cà et là au cours de cette étude.
Dans mon livre « L'Eucharistie : l'Eglise dans le Coeur du Christ », j'ai analysé l'argument scripturaire de Jean 6, 57 : « Tout comme le Père, qui m'a envoyé, est vivant, et comme je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. » J'ai présenté ce passage de l'Ecriture comme le fondement sûr et absolu de la médiation de Marie. Dans cette optique, nous allons voir ensemble tout ce que la notion de la médiation de Marie nous permet, à l'aide de l'argument scripturaire de Jean 6, 57, de comprendre un peu du Mystère de la Très Sainte Trinité. En d'autres termes, nous verrons dans cette étude combien Marie-Médiatrice, reflet de la Divinité, nous aide à pénétrer plus au fond de ce grand Mystère de la Trinité des Personnes en Dieu.
Le premier membre de phrase : « Tout comme le Père, qui m'a envoyé, est vivant, et comme je vis par le Père » exprime l'union de vie du Père et du Fils, laquelle union trouve sa réalisation pleine et entière dans une personne différente du Père et du Fils, c'est-à-dire dans la personne de l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils. La liturgie dit en effet que le Fils « vit et règne avec Dieu le Père dans l'unité du Saint-Esprit » (Conclusion de l'Oraison Collecte de la Messe). Or, dans le texte de Jean 6, 57, il existe une comparaison, ou une analogie, entre les deux membres de phrase : « Tout comme ... ainsi ... » Donc, nous pouvons dire que le deuxième membre de phrase : « ainsi celui qui me mange vivra par moi » exprime l'union de vie du Christ et de l'Eglise, laquelle union trouve sa réalisation pleine et entière dans une personne différente du Christ et de l'Eglise, c'est-à-dire dans la personne qui procède du Christ et de l'Eglise. Comme le Christ est appelé mystiquement « la Tête ... de l'Eglise » (Col. 1, 18), et comme l'Eglise est appelée tout aussi mystiquement « le corps du Christ » (1 Co. 12, 27), la personne qui procède du Christ et de l'Eglise peut être appelée la Personne mystique du Christ, ou l'union mystique du Christ-Tête et du Christ-Corps. Enfin, en vertu de l'analogie des deux unions exprimées chacune par un membre du texte scripturaire de Jean 6, 57, nous pouvons dire que la Personne mystique du Christ est semblable, au moins selon le rapport propre de la vie, à la Persnne même de l'Esprit - Saint. Or, la personne étant, de soi, individuelle, deux personnes ne peuvent avoir d'analogie et de similitude entre elles qu'en vertu du lien sponsal ou matrimonial qui les unit : « Ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » (Mt. 19, 6) Nous pouvons ainsi conclure que la Personne mystique du Christ, ou l'union du Christ et de l'Eglise dans la communion eucharistique, est l'Epouse de l'Esprit-Saint, c'est-à-dire Marie, Mère du Christ et de l'Eglise, Médiatrice de Vie entre le Christ-Tête et le Christ-Corps.
Si nous voulons analyser plus en détails le passage scripturaire de Jean 6, 57, ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est que l'aspect corporel de l'acte de la communion eucharistique, qui est essentiel à ce même acte lorsqu'il est considéré en lui-même (voir EECC, n° 103), est tout aussi et pleinement essentiel à cet acte lorsqu'il est considéré dans le contexte propre et particulier du texte scripturaire de Jean 6, 57.
Ainsi, un auteur contemporain, qui traduit Jean 6, 57 par ces mots : « De même que le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis à cause du Père, celui qui m'absorbe, lui aussi vivra à cause de moi », commente ce passage en disant : « Nous ne pouvons rendre toute la force de ce qui suit car le verbe grec "trôgueïn" que nous avons traduit par "absorber" est encore plus net ; il désigne nécessairement une manducation, et son emploi ici est certainement destiné à ne laisser subsister aucun doute quant à la matérialité de l'acte dont parle Jésus (...) Jésus enseigne donc comme étant indispensable une assimilation de son être humain par le nôtre, assimilation mystérieuse mais aussi réelle qu'il est possible et s'effectuant dans une action physique concrète (En note : C'est en d'autres termes le correspondant de l'idée centrale du paulinisme notre incorporation au Christ, dont l'exégèse contemporaine a mis en évidence les origines eucharistiques.) Par le moyen de ce que Saint Cyrille d'Alexandrie appelle très exactement cette "union physique", nous pourrons demeurer en lui et lui en nous. Ainsi s 'établira entre nous et lui une union analogue à celle qui existe entre lui et son Père, et dont l'effet sera que nous pourrons posséder, dans le Fils, la Vie qu'il tient du Père. C'est là l'esquisse d'un nouveau thème que Jésus reprendra dans les derniers entretiens avec ses disciples, après la Cène : notre union avec lui, image véritable de son union avec le Père. » (Louis Bouyer, Le quatrième évangile, pp. 129-130).
Dans le même ordre d'idée, un autre auteur, qui relate Jean 6, 57 en ces termes : «Comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi», déclare, en parlant au nom du Seigneur : « Je vis par mon Père, d'où je tire ma subsistance et ma personnalité ; et de même que la plante vit par la racine qui lui transmet les sucs nourriciers, de même vous vivrez par moi, tenant de moi votre vie, comme je la tiens de mon Père ; car si le Père est la racine qui m'engendre, moi je suis le cep d'où vous sortez comme des sarments vivants : "Ego sum vitis vera et vos palmites". Et grâce à cette vie divine qui me vient de mon Père et que je vous transmets, vous vivrez en moi, et je vivrai en vous ; et nous serons unis, comme la vigne est unie au sarment, et le sarment à la vigne. » (Augustin Chometon, S.J., Le Christ, Vie et Lumière, Commentaire spirituel de l'Evangile selon Saint Jean, p. 176-177).
L'aspect corporel de la communion eucharistique suppose, de soi, le fait que le Christ et l'Eglise s'unissent entre eux pour leur médiateur commun (voir EECC n° 52), qui est Marie-Médiatrice, mais qui est aussi, par le fait même, le Christ, et donc Dieu en personne. Aussi retrouvons-nous cette notion exprimée dans le passage scripturaire de Jean 6, 57, ainsi qu'en témoignent les deux analystes suivants.
Le premier, le Père M.-J. Lagrange, en se demandant quel pouvait être le résultat de l'union de l'homme au Fils de Dieu, répond ainsi (après quelques lignes d'analyse textuelle basée sur un texte de Saint Augustin) : « Le point de départ est la mission, donc pour faire l'oeuvre du Père (cf. Jn. 3, 34 ; 17, 8). Il y a d'ailleurs moins de disproportion entre l'intention du Fils incarné envers le Père et l'intention de celui qui communie envers le Fils, qu'entre la vie divine reçue par le Fils, et celle qu'il donne à l'homme (...) Nous aurions ainsi une idée nouvelle, d'une haute valeur : en s'unissant au Fils de Dieu, l'homme apprend à lui consacrer sa vie. C'est d'ailleurs le sens des anciennes versions. » (Evangile selon Saint Jean, pp. 185-186) Notons que le Père Lagrange traduit ainsi Jean 6, 57 : « De même que le Père qui vit, m'a envoyé et que je vis pour le Père, ainsi celui qui me mange vivra pour moi. » (ibid., pp. 185-187)
Le second nous rapporte une interprétation similaire du texte sacré : « Les mots que nous lisons ici : "De même que moi, envoyé par le Père qui est vivant, je vis par lui ; ainsi, celui qui me mange, vivra par moi" (Jn. 6, 57), invitent expressément à chercher dans les relations qui unissent le Père et le Fils, le modèle, et plus que le modèle, le principe même de l'union réalisée entre Jésus et nous. L'Eucharistie produit l'union, et l'union entraîne notre transformation au Christ. Cette transformation à son tour fait que son amour devient le principe de notre vie ; nous vivons par lui, mais vivre par lui c'est aussi vivre « pour » lui. De l'union découle notre consécration à son service, tout comme le Fils qui vit par le Père, vit aussi pour celui qui l'a envoyé. Par l'Eucharistie se réalise donc une « consécration de notre vie à la vie même de Dieu. » (Paul-Marie de la Croix, O.C.D., L'Evangile de Jean et son témoignage spirituel, p. 191)
Nous continuerons cette étude la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 2 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Dans notre première page sur la Divine Trinité, nous avons vu que, d'une manière générale et globale, le passage scripturaire de Jean 6, 57 nous parle de la comparaison, établie par le Seigneur lui-même, entre la Très Sainte Trinité et les trois personnes unies mystiquement et sacramentellement dans l'acte de la communion eucharistique : le Christ, Marie-Médiatrice, et l'Eglise. Or, relativement à la Très Sainte Trinité, Marie-Médiatrice, parce qu'elle est l'Epouse mystique de l'Esprit-Saint, est l'Epouse de la Trinité Sainte tout entière. En effet, quoique différentes entre elles, les trois divines personnes ont cependant un trait de ressemblance dû à leur agir propre au sein de la divinité : le Fils est bien semblable au Père, puisqu'il en est "l'image" (Col. 1, 15), et l'Esprit-Saint est bien semblable au Fils, le premier Paraclet, l'Esprit-Saint étant lui "cet autre Paraclet" (Jn. 14, 16). Donc, étant donné que l'époux et l'épouse sont simplement semblables entre eux, et que l'acte de vie de Marie-Médiatrice, en tant qu'union personnelle du Christ-Tête et du Christ-Corps, n'est autre que l'acte sacramentel de la communion eucharistique, on doit penser et croire absolument que l'acte de vie de la Divine Trinité et celui de la Personne mystique du Christ dans la communion eucharistique ne sont pas seulement analogues, mais bien simplement semblables entre eux.
La Très Sainte Trinité étant la fin ultime de toutes choses, et la communion eucharistique, relativement à la médiation de Marie, étant un moyen en vue d'une fin, il est tout à fait clair, en vertu de ce qui précède, que l'acte sacramentel et mystique de la communion eucharistique est, dans l'ordre de la médiation de Marie, le moyen unique pour connaître parfaitement la Divine Trinité dans son acte de vie propre et essentiel, et ce, en mettant particulièrement en évidence la personne même de l'Esprit-Saint, Epoux de Marie dans le Christ. Et ceci est pleinement conforme à ce qu'enseigne la Tradition de l'Eglise, sur laquelle repose pareillement toute la réalité de la médiation de Marie elle-même. Qu'il nous suffise de rappeler que «Saint Hilaire (de Poitiers) prouvait, de l'union et pour ainsi dire de l'unité qui s'établit entre le Christ et celui qui reçoit son corps, l'unité qui existe entre le Fils et le Père ... (Ainsi) au témoignage de ce docteur, appuyé sur le témoignage de Jésus-Christ lui-même, l'Eucharistie révèle la divinité de Jésus-Christ et la consubstantialité du Fils avec le Père.» (Th. M. Thiriet, O.P., L'Evangile médité avec les Pères, Tome III, pp. 197-198) Un texte éloquent de Saint Hilaire de Poitiers se trouve dans la Patrologie Latine : 10, 248-249.
Compte tenu de ce qui vient d'être dit, savoir la similitude simple et une entre la vie trinitaire et la vie eucharistique, rappelons, pour commencer, que, de soi, la vie est un principe. Aussi, comme il s'agit ici de la vie de Dieu, et comme Dieu ne dépend d'aucun être que de lui-même, le principe qui donne la vie à Dieu ne peut être que Dieu lui-même. Mais, en vertu de la similitude, que nous venons d'évoquer, entre la vie trinitaire et la vie eucharistique, la vie en Dieu ne peut se concevoir sans la notion de changement, sans un passage de la puissance à l'acte. Donc, Dieu, pour vivre, doit pouvoir être considéré tout à la fois comme puissance et comme acte. Notons bien, pour être clair et précis, que la notion de puissance, et donc de changement, en Dieu n'est introduite ici que par une similitude établie par l'esprit humain cherchant, du mieux qu'il lui est permis et possible, de pénétrer dans cet univers insondable de la divinité. La suite de ce raisonnement montrera au lecteur toute l'utilité et le bien-fondé de cette démarche.
La divinité peut s'envisager de deux manières : en tant qu'essence, et en tant que personnes. Considéré selon son essence, Dieu est acte pur : la vie ne le concerne donc pas sous ce rapport. Considéré selon les personnes, Dieu possède une vie intime qu'il nous a révélée par l'intermédiaire de son Fils fait chair, selon le texte que nous commentons : « ... le Père ... est vivant ... et ... je vis par le Père ...» (Jn. 6, 57). Cela veut dire que la vie de Dieu selon les personnes doit être comprise ainsi : le Père est proprement la personne qui donne la vie à son Fils ; et le Fils est proprement la personne qui reçoit la vie de son Père. Or, selon la révélation même du Christ, tous deux, Père et Fils, ne sont pas en puissance mais bien en acte de vie, chacun selon le rapport qui lui est propre. Donc, la vie en tant que puissance ne concerne ni le Père ni le Fils. On peut donc conclure que la Vie de Dieu dépend nécessairement de la personne de l'Esprit-Saint : seul celui qui est appelé «la Puissance du Très-Haut» (Lc. 1, 35) permet de considérer Dieu comme puissance et comme acte tout ensemble. Notons bien que, dans le cadre de cette étude, la notion de puissance passive doit nécessairement être jointe, d'une manière simple et une, à la notion de puissance active (voir EECC, n° 44), fait qui permet d'appliquer parfaitement à notre sujet l'expression biblique : «la Puissance du Très-Haut» (Lc. 1, 35).
La notion de Dieu comprend en elle la notion d'infini : Dieu est l'être sans limite. Sa puissance, en particulier, est donc infinie. Aussi, l'Esprit-Saint est la Puissance du Très-Haut en plénitude : toute sa Personne est Puissance. Ceci entraîne donc dans la vie de Dieu, un passage en plénitude de la puissance à l'acte, un changement infini. C'est à ce changement sans fin, à ce mouvement éternel, que nous participons pleinement dans l'acte sacramentel de la communion eucharistique : «La communion nous associe à la vie intime de la Trinité ... Conduit au Père par Jésus et à Jésus par le Père, entraîné dans leur mutuel amour, je suis dans l'Esprit-Saint, Mouvement éternel de l'amour du Père et du Fils.» (M.-V. Bernadot, De l'Eucharistie à la Trinité, p. 27-28)
Comme Dieu est acte pur, et, par conséquent, immuable, ce changement infini en Dieu ne peut se concevoir que dans la mesure où ce changement est renvoyé à l'infini, au-delà de tout commencement et de toute fin. Cela veut dire que, dans la Vie de Dieu, le changement n'a jamais commencé, et que, par le fait même, il n'a jamais fini. Or, ce changement infini ne peut être tel que si Dieu accomplit éternellement un et un seul acte de vie, un acte absolument premier sans qu'il n'y en ait jamais de second. Ainsi, la notion de puissance infinie de Dieu est indissociable de l'acte unique et premier de la Vie de Dieu. Comme le premier acte de vie, c'est la génération, nous voyons que l'Esprit-Saint est la Puissance du Très-Haut qui permet au Père d'engendrer éternellement son Fils bien-aimé : «Tu es mon fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.» (Ps. 2, 7)
Nous continuerons cette étude trinitaire la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 3 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
La Vie de Dieu consiste en un acte unique et éternel de génération. Mais comme nous l'avons fait remarquer dans notre deuxième page sur la Très Sainte Trinité, cet acte unique et éternel exclut tout changement dans la Vie de Dieu. Par conséquent, en Dieu, la puissance ne peut exister en elle-même, mais seulement dans la dépendance exclusive et absolue de cet acte unique et éternel de Vie. Autrement dit, en Dieu, la puissance existe totalement hors d'elle-même : elle n'existe que dans la mesure où elle se donne pleinement à cet acte unique de génération divine. C'est pourquoi le propre de l'Esprit-Saint, ou Puissance de Dieu, est d'exister en tant que Personne-Don, ou Don en plénitude : «Par l'Esprit-Saint, Dieu "existe" sous le mode du don ; c'est l'Esprit-Saint qui est l'expression personnelle d'un tel don de soi.» (S.S. le Pape Jean-Paul II , Encyclique sur l'Esprit-Saint "Dominum et vivificantem", première partie, n. 10). Ainsi, du fait de l'infinité de Dieu, c'est-à-dire en vertu de son essence même, la puissance de Dieu est absolument inséparable de l'acte de la génération divine : la Vie de Dieu est tout à la fois et éternellement acte et puissance.
Si l'Esprit-Saint, en tant que Personne-Don, est entièrement donné à Marie-Médiatrice, son Epouse dans le Christ (et c'est ce qu'il faut penser et croire pour que l'un et l'autre soient véritablement époux entre eux), alors, étant donné que la communion eucharistique est l'acte par lequel et dans lequel Marie-Médiatrice reçoit mystiquement l'existence (ainsi que nous l'avons évoqué dans notre première page), l'Esprit-Saint doit être considéré comme la Puissance du Très-Haut qui permet, non seulement l'acte éternel de la génération du Fils par son Père, mais encore et tout en même temps l'existence en acte de son Epouse mystique, Marie, médiateur d'ordre corporel entre le Christ-Tête et le Christ-Corps. Ceci permet alors d'affirmer nettement que la substance de la relation de spiration active consiste dans la conception éternelle du corps spiritualisé de Marie-Médiatrice, Mère du Christ total, c'est-à-dire Tête et Corps tout ensemble, conception qui est l'acte unique de la «Puissance du Très-Haut» (Lc. 1, 35), dans le Don de soi parfait et plein au Père qui engendre son Fils, le Verbe, Archétype de toute la Création.
Nous pourrions nous étendre sur ce sujet, mais ce serait entrer dans une discussion ecclésiologique, qui est hors de notre propos. Aussi, revenons à la Divine Trinité. «Dieu est esprit.» (Jn. 4, 24) Son acte éternel de vie ou acte de génération consiste donc à produire en lui une pensée. Comme Dieu est parfaitement simple, la pensée que Dieu engendre est nécessairement un retour sur soi, total et plein ; sa pensée est Dieu comme lui : c'est son Verbe ou Parole. Mais comme produire une pensée est proprement une action de l'intelligence, ainsi, le Père engendre le Verbe, son Fils, par mode d'intelligence ou de connaissance. La Vie de Dieu, considérée en tant que génération du Fils-Verbe par le Père, est donc fondée sur la notion de connaissance.
En vertu de la similitude existant entre la Vie divine trinitaire et la communion eucharistique, ce qui vient d'être dit au sujet de la Vie de Dieu reste vrai quant à l'acte sacramentel et vital de la communion : «Que signifient les chapitres 1 à 9 du livre des Proverbes, sinon ceci : qu'à tout homme est offerte la possibilité de communier à la Sagesse même de Dieu, pourvu seulement qu'il observe fidèlement les maximes de sagesse ? Le chapitre 6 du Quatrième Evangile prolonge et précise de la manière la plus étonnante cette intuition magnifique : «De même que le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra, lui aussi, par moi.» (Jn. 6, 57) Le Fils de Dieu incarné est détenteur de toutes les richesses de la vie divine qu'il reçoit continuellement de son Père ; par le mystère eucharistique, cette vie est transmise à ses disciples qui participent ainsi véritablement en Jésus à la vie même de Dieu.» (A. Feuillet, Le discours sur le pain de vie , p. 122 )
Toute connaissance est un bien propre possédé par l'esprit qui connaît ; ici, comme Dieu se connaît pleinement lui-même, la connaissance de Dieu n'est autre que le Bien en plénitude, ou Bien parfait. Comme tout bien est donnable, et comme la connaissance de Dieu en plénitude, ou Bien parfait qu'il possède, est le fondement de la génération de la Parole parfaite du Père, laquelle génération dépend en tout de la Personne-Don ou Puissance de Dieu, ainsi, la Connaissance de Dieu en plénitude est nécessairement le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint : «Nul ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu.» (1 Co. 2, 11) Cependant, affirmer, comme nous venons de le faire, que la Connaissance de Dieu est le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint suppose deux faits, que nous allons établir à l'aide de la similitude existant entre l'acte de Vie trinitaire et celui de la communion eucharistique : l'un, que tout attribut divin, quel qu'il soit, puisse être considéré de soi comme distinct de l'essence divine elle-même ; l'autre, que la Connaissance de Dieu soit le propre - d'une manière directe - de l'Esprit-Saint, à l'exclusion du Père et du Fils.
Quant au premier fait, savoir que tout attribut divin peut être considéré comme essentiellement distinct de l'essence divine, il nous faut rappeler que l'acte vital de la communion eucharistique est proprement celui dans lequel coexiste la puissance en vertu de laquelle ce même acte reçoit l'existence, puissance qui doit toujours être comprise tant d'une manière passive que d'une manière active. A ce sujet, il n'est pas inutile de produire un témoignage tout à fait éloquent, celui que voici : « Ame pieuse, vous vous recueillez profondément, vous formulez dans votre coeur un désir ardent. Touché, pressé par ce désir, Jésus s'élance vers son épouse bien-aimée : le voilà dans votre coeur ! ... Ce n'est plus Dieu qui est le souverain Maître ; ce n'est plus la créature qui est la servante. Mais la créature devient maîtresse souveraine de Dieu ; et Dieu se fait, de la créature, le serviteur le plus docile et le plus empressé. "Je ne suis pas venu au milieu de vous, disait Jésus, pour être servi, mais pour servir." La communion spirituelle est vraiment une toute-puissance donnée à la créature sur le Créateur, à l'âme pieuse sur Jésus ! Et le Père Faber a raison : "La communion spirituelle est une des plus grandes puissances de la terre !" » (Mgr. de Gibergues , La Sainte Communion, pp. 208-209).
Ainsi, la notion de connaissance étant le fondement même de la Vie divine trinitaire, on doit affirmer nettement, en vertu de la similitude simple entre l'acte de Vie divine et l'acte sacramentel de la communion, que l'attribut divin de la connaissance, et par là même tout attribut divin, est, d'une part, pleinement relatif à la Vie divine en acte, et, d'autre part, pleinement relatif à la Vie divine en puissance. Par le fait même, tout ceci permet de dire absolument que, relativement à la Vie divine en acte, tout attribut divin ne peut aucunement être distingué de l'essence divine, mais que, relativement à la Vie divine en puissance, tout attribut divin doit être distingué de l'essence divine, et ce, en vertu du mode - celui de la puissance - selon lequel la Vie divine trinitaire est envisagée.
Quant au second fait, savoir que la Connaissance de Dieu est, directement, le propre et l'exclusif de l'Esprit-Saint, commençons par rappeler que c'est proprement par mode vital (celui de la nourriture) que la Connaissance de Dieu est communiquée à l'homme dans l'acte de la communion eucharistique. Or, ce même acte de la communion est et ne peut pas ne pas être, de soi, l'acte vital de Marie-Médiatrice en personne. Par conséquent, il est tout à fait clair que la Connaissance de Dieu communiquée dans l'acte de la communion eucharistique possède essentiellement une dimension proprement personnelle. En vertu de la similitude existant entre l'acte de Vie trinitaire et celui de la communion sacramentelle, la Connaissance de Dieu, dans la Trinité, possède, de soi, une dimension véritablement et fondamentalement personnelle. Autrement dit, en Dieu-Trinité, le fait de connaître est totalement relatif au sujet qui connaît ; la Connaissance est un acte proprement personnel : «Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils.» (Mt. 11, 27)
Et tout ceci nous permet d'affirmer sans hésiter que la Connaissance de Dieu est nécessairement le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint. En effet, la Connaissance de Dieu, qui s'accomplit par mode de Révélation, et donc d'une manière tout à fait libre et gratuite, est de l'ordre du don : dans l'acte de la communion eucharistique, la Connaissance de Dieu est un don libre et gratuit fait à l'homme par la Divine Trinité. De plus, humainement parlant (et c'est ce qu'il faut faire dans le contexte de la médiation de Marie, qui est régie par la règle d'association simple et une entre la Révélation divine et la philosophie humaine, celle-ci étant la référence de base de ladite règle ; voir EECC, n. 39 et 40), c'est seulement et uniquement dans le mariage qu'un homme (l'époux) ou une femme (l'épouse) s'unit au don personnel de son conjoint : librement, l'époux se donne d'une manière personnelle à son épouse, et réciproquement. Donc, puisque Marie-Médiatrice n'est l'Epouse de toute la Divine Trinité que parce qu'Elle est directement l'Epouse de l'Esprit-Saint, on ne peut pas ne pas déclarer certainement que la Connaissance de Dieu est le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint.
Nous continuerons cette étude trinitaire la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 4 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Dans les pages qui prédèdent, nous avons vu comment l'Esprit-Saint est entièrement donné au Père et au Fils-Verbe dans l'acte unique de Vie divine ou acte de génération, et ce, par mode de connaissance. Aussi, le Père et le Fils possèdent chacun, d'une manière absolue et pleine, l'Esprit en tant que Connaissance de Dieu. Autrement dit, par le fait même qu'ils sont en acte de Vie, le Père et le Fils sont en acte de connaissance. C'est ce que le Christ a enseigné lui-même par ces paroles : «La vie éternelle consiste en ce qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.» (Jn. 17, 3) Et : «Père juste, le monde ne t'as pas connu, mais moi, je t'ai connu, et ceux-ci ont reconnu que c'est toi qui m as envoyé.» (Jn. 17, 25)
Pour illustrer notre propos, lisons ensemble ces quelques notes, très profondes, et fort spirituelles, au sujet de la Sagesse et de la Connaissance de Dieu : «Le huitième fruit de l'Eucharistie, c'est le trésor de toutes les richesses : Dieu enrichit l'âme du don ou du trésor de la Sagesse, et cette Sagesse fait que l'âme, quoi qu'elle fasse, n'a jamais à se repentir de ce qu'elle a posé. Or, la Sagesse en Dieu est cette lumière par laquelle il se connaît lui-même, lumière inaccessible à toute créature. Cependant, dans la mesure où l'âme participe à la connaissance et à l'amour de Dieu, dans cette même mesure, ni plus ni moins, elle est unie à Dieu et Dieu s'unit à elle. Dans cette union de l'amour, l'âme n'est pas seulement avec Dieu, par la grâce, mais elle devient en quelque sorte Dieu en Dieu, par cette même grâce. Prenons garde toutefois de bien comprendre. Certes, celui en qui la Sagesse elle-même habite est comme le temple de Dieu Tout-Puissant où Lui-même demeure. Dieu, en effet, aime celui en qui la Sagesse réside ; Il satisfait à tous ses désirs, puisqu'Il est lui-même la Sagesse. Car Dieu se connaît et s'aime en tout. C'est même cette Sagesse qu'il recommande en tout, car elle n'est pas seulement la source de toute béatitude ; elle est la béatitude elle-même. Non, Dieu ne peut pas faire à l'homme un don plus précieux que la Sagesse. N'est-elle pas la joie souveraine, la suprême béatitude dont jouit éternellement la Très Sainte Trinité ?» (Maître Eckard, dans les Oeuvres complètes de Jean Tauler, Tome VIII, p. 389-390 - Traduction littérale de la version latine du Chartreux Surius).
Résumons ce qui a été développé précédemment. «Nul ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu» (1 Co. 2, 11) : la Connaissance de Dieu en plénitude est le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint. Or, c'est nécessairement en tant qu'Epoux de Marie dans le Christ que l'Esprit-Saint peut être ainsi considéré comme le possesseur exclusif et absolu de la Connaissance de Dieu. Par conséquent, étant donné que l'Epoux et l'Epouse «ne font plus qu'une chair» (Gn. 2, 24), la Connaissance de Dieu, pour pouvoir être le propre absolu et exclusif de l'Esprit-Saint, ne peut pas ne pas posséder, de soi, une dimension d'ordre proprement corporel, et ce, d'une manière tout à fait surnaturelle et mystique, c'est-à-dire pleinement relative à la médiation de Marie.
Tout ceci se retrouve pleinement dans l'acte sacramentel de la communion eucharistique : la Connaissance de Dieu, et donc la Vie de Dieu - puisque, pour Dieu, vivre et connaître, c'est tout un - possède, dans l'acte sacramentel de la communion, un aspect véritablement corporel. A ce propos, il n'est pas inutile de citer le passage qui suit, où l'aspect en question est particulièrement bien décrit, surtout quant à la dimension sponsale de l'acte de la communion eucharistique : «Il est écrit : "Le corps de l'épouse n'est pas en sa puissance, mais en celle de l'époux" (1 Co. 7, 4) ; et je l'ai déjà médité, toute âme qui porte en soi la grâce, est pour Jésus-Christ une épouse. Donc mon corps, si j'ai le bonheur de posséder sa grâce en mon coeur, appartient à Jésus-Christ : il est à lui par le baptême où s'est nouée l'alliance en des engagements réciproques ; il l'est plus parfaitement par le don mutuel qui se fait dans l'Eucharistie. L'épouse, les serments une fois échangés devant les autels, est à l'époux ; mais qui ne sait quelle force donne à leur union la consommation de leur alliance ? Ainsi la communion resserre et parfait l'union de notre corps au corps du Seigneur. Ceci est mon corps, prenez-le, dit Jésus. Et le fidèle qui le reçoit pour en jouir, répond à son tour par l'acceptation qu'il en fait et par la donation de soi-même qui l'accompagne : A vous aussi mon corps avec tous ses membres et tout ce que je suis. "Mon bien-aimé est à moi, et je suis à mon bien-aimé." (Cant. 2, 16) L'union principale se fait par l'esprit ; mais comme l'union des corps est le principe de cette union spirituelle, il faut aussi qu'elle en soit la conséquence.» (J.-B. Terrien, S.J. , La grâce et la gloire, Tome II, pp. 115-116)
Relativement à l'Esprit-Saint et à Marie-Médiatrice considérés comme époux l'un de l'autre, la Connaissance de Dieu possède essentiellement une dimension d'ordre proprement corporel. Comme il s'agit ici du contexte de la médiation de Marie, nous devons envisager cette dimension d'ordre corporel tant d'une manière naturelle (en premier lieu) que d'une manière surnaturelle (en second lieu). Or, naturellement parlant, l'Esprit-Saint - comme son nom l'indique - est uniquement spirituel, tandis que Marie-Médiatrice - qui est une personne humaine - est tout à la fois spirituelle et corporelle. De plus, quant à Marie-Médiatrice, c'est proprement la foi corporelle (c'est-à-dire la foi dans sa relation au Corps mystique du Christ) de cette même personne humaine qui permet de considérer la Connaissance de Dieu dans sa dimension d'ordre proprement corporel. Finalement, étant donné que la foi est, de soi, un moyen ou un intermédiaire, il faut conclure, de tout ce qui précède, que, si l'on doit admettre une dimension proprement corporelle de la Connaissance de Dieu, alors, cette même Connaissance de Dieu - c'est-à-dire la Vie même de Dieu - possède un quelconque milieu, et ce, par le moyen et par l'intermédiaire de la foi corporelle de Marie-Médiatrice.
Surnaturellement parlant, étant donné que la philosophie humaine est la référence de base de l'association simple et une entre la philosophie humaine et la Révélation divine (association qui régit de soi la médiation de Marie), nous devons nécessairement aboutir à la même conclusion qu'il existe un véritable milieu au sein même de la Vie de Dieu, un intermédiaire dans l'acte de génération du Fils par le Père, acte accompli par mode de Connaissance.
En effet, surnaturellement parlant, la dimension corporelle de la Connaissance de Dieu est pleinement relative à l'Esprit-Saint et à Marie-Médiatrice considérés ensemble comme «une chair» (Gn. 2, 24), ou un corps. Or, tout ceci suppose que la Connaissance de Dieu est, en Dieu-Trinité, un acte proprement personnel : «Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils.» (Mt. 11, 27) Donc, surnaturellement parlant, pour pouvoir parler d'une dimension corporelle de la Connaissance de Dieu, il faut admettre que, quant à l'acte de Vie trinitaire de la génération du Verbe, lorsque le Père et le Fils sont en acte de connaissance, le Père connaît relativement à sa personne de Père, et le Fils connaît relativement à sa personne de Fils. Comme la notion de connaissance est le fondement de la génération du Fils par le Père, ainsi, le Père connaît en tant qu'il est personnellement celui qui engendre, et le Fils connaît en tant qu'il est personnellement celui qui est engendré.
Dieu est esprit ; par le fait même, sa connaissance est absolument simple et non-composée. Donc, comme le Père et le Fils sont un seul Dieu, la connaissance du Père et la connaissance du Fils sont identiques. Or, en elles-mêmes, la connaissance du Père, qui est la connaissance de celui qui engendre, et la connaissance du Fils, qui est la connaissance de celui qui est engendré, ne sont nullement identiques, mais bien différentes et totalement opposées. Il est donc nécessaire que, dans la Vie de Dieu, intervienne un élément médiateur entre le Père et le Fils, capable de les concilier et de les unir sur le rapport de la génération. Or, comme l'Esprit-Saint, en tant que Connaissance de Dieu, est possédé pleinement et par le Père, et par le Fils, la connaissance du Père et la connaissance du Fils, c'est-à-dire la connaissance de celui qui engendre et la connaissance de celui qui est engendré, réside, d'une manière pleine et entière, dans la personne de l'Esprit-Saint qui, seul, «connaît ce qui est en Dieu.» (1 Co. 2, 11) Ainsi, nous pouvons affirmer que le médiateur nécessaire dans la Vie de Dieu n'est autre que l'Esprit de Dieu lui-même : l'Esprit-Saint est la personne qui unit le Père et le Fils dans la vie intime trinitaire.
Nous continuerons cette étude trinitaire la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 5 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Résumons ce que nous avons établi précédemment. Toute la Personne de l'Esprit-Saint ou Puissance de Dieu n'existe que dans la dépendance de l'acte unique de la Vie divine, et la notion de connaissance est la seule qui nécessite un médiateur dans la génération du Fils par son Père. De cela, il suit que toute la personne de l'Esprit-Saint ne peut être comprise en dehors de cette même notion de connaissance : la personne de l'Esprit-Saint est la Connaissance de Dieu en plénitude. Ainsi donc, dans la Vie de Dieu, apparaît un médiateur ou un lien entre le Père et le Fils, en la personne de l'Esprit-Saint, qui est alors la Personne-Connaissance ou encore la Personne-Vie : «Il est Seigneur et il donne la Vie» (Credo).
Ce que nous venons de dire permet d'affirmer, premièrement, que, en tant que termes extrêmes de la médiation de l'Esprit-Saint, le Père et le Fils sont parfaitement semblables et identiques entre eux quant à l'acte de Vie divine par mode de Connaissance. Autrement dit, relativement à la médiation de Marie quant à l'acte de Révélation divine trinitaire, le Père engendre le Fils (parce que le Père connaît le Fils), et, semblablement, le Fils engendre le Père (parce que le Fils connaît le Père) : «Personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler.» (Mt. 11, 27) Deuxièmement, tout ce qui précède nous autorise à déclarer sans hésiter que l'Esprit-Saint n'est médiateur entre le Père et le Fils que dans la mesure où il est personnellement «la Puissance du Très-Haut» (Lc. 1, 35) qui permet l'acte de génération du Verbe par voie de connaissance, puisque le fait, selon lequel l'Esprit-Saint - étant seul, comme médiateur, au milieu de la Divine Trinité - est plus parfait que le Père et le Fils pris conjointement et ensemble, ne peut être en aucun cas dissocié de cet autre fait - fondement du précédent, par mode d'équilibre et d'harmonie - fait selon lequel l'Esprit-Saint, en tant que puissance ordonnée à l'acte de la génération du Verbe, est moins parfait que le Père et le Fils, qui sont en acte de Vie par voie de Connaissance. Autrement dit l'Esprit-Saint Epoux de Marie, et donc, par le fait même, Marie-Médiatrice elle-même, est, de soi, le Médiateur Tout-Puissant, ou encore le Médiateur-Type.
Pour illustrer quelque peu tout notre propos, voici un beau texte où l'Esprit-Saint apparaît comme notre chemin (ou notre médiateur) pour aller du Père à Jésus, et de Jésus au Père : «C'est dans l'Esprit-Saint, ô Père, que vous me menez à Jésus. C'est dans l'Esprit-Saint, ô Jésus, que vous me conduisez à notre Père : il est votre Don... "Il m'enseigne tout." (Jn. 14, 26) Il achève de tout me livrer... C'est par lui qu'achève de se réaliser votre prière suprême, ô Jésus, Maître adoré : "Père Saint... je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et vous en moi, qu'ils soient consommés en un et que le monde connaisse... que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé". (Jn. 17, 20-23)» (M.-V. Bernadot, De l'Eucharistie à la Trinité, p. 28)
Au coeur de la Très Sainte Trinité, apparaît la Personne-Vie : l'Esprit-Saint, lien et médiateur entre le Père et le Fils dans l'acte unique et éternel de la Vie divine. Autrement dit, la notion de Médiateur est fondamentale pour comprendre intimement, selon la Révélation que Dieu fait de sa propre Vie, la personne même de l'Esprit-Saint en tant que Connaissance de Dieu.
Et ceci nous permet trois considérations relatives aux appellations propres à la troisième Personne de la Divine Trinité. Premièrement, nous voyons que la nécessité d'un médiateur entre le Père et le Fils est fondée sur l'aspect spirituel, et, par le fait même, simple et un, de la divinité : un médiateur entre le Père et le Fils ne devient nécessaire qu'en vertu du fait selon lequel l'attribut divin de la Connaissance - et d'ailleurs tout attribut divin - peut ne pas être distingué de l'essence divine elle-même. D'ou' il suit que le Médiateur de la Vie de Dieu porte le nom personnel d'Esprit.
Deuxièmement, nous constatons que le rôle de médiateur est propre à l'Esprit-Saint parce que, seul, il connaît toute la Vie de Dieu, aussi bien l'aspect de celui qui engendre que l'aspect de celui qui est engendré ; mais il ne connaît pas ces deux aspects de la génération sous le mode de l'acte, car alors il serait ou le Père ou le Fils, et il ne pourrait pas être le médiateur entre le Père et le Fils ; l'Esprit-Saint connaît donc ces deux aspects de la génération sous le mode de la puissance. Cependant, pour l'Esprit-Saint, connaître sous le mode de la puissance n'est nullement une ignorance complète et totale, mais bien une connaissance parfaite et pleine, puisque la puissance dont il s'agit est une puissance infinie, entièrement donnée à l'acte éternel auquel elle est ordonnée et dans lequel elle coexiste en plénitude. Donc, pour cette raison, l'Esprit-Saint est proprement appelé «la Puissance du Très-Haut» (Lc. 1, 35) qui permet au Père d'engendrer éternellement son Fils.
Troisièmement, en tant que médiateur, l'Esprit-Saint nous apparaît comme la Personne-Connaissance ou Connaissance de Dieu en plénitude, qui est en elle-même l'unique et simple connaissance de la divinité. Or, la connaissance, en tant que bien possédé par le sujet connaissant, procure le repos et le bonheur à ce même sujet. Donc, l'Esprit-Saint, en tant que Bien possédé en plénitude, procure le repos parfait à toute la divinité, c'est-à-dire au Père, au Fils, et à lui-même. Or, d'une part, le Père et le Fils sont en acte de connaissance ; d'autre part, l'Esprit-Saint est en puissance de connaissance. Donc, seuls, le Père et le Fils possèdent le repos parfait en eux-mêmes ; et l'Esprit-Saint ne possède ce même repos parfait que dans la mesure où ce même Esprit existe totalement dans le Père et dans le Fils, et non en lui-même, c'est-à-dire dans la mesure où il est entièrement donné au Père et au Fils dans cet acte unique et éternel de génération divine par mode de connaissance : «Dans l'Esprit-Saint, la vie intime du Dieu un et trine se fait totalement don.» (S. S. Jean-Paul II, Encyclique "Dominum et vivificantem", première partie, n° 10)
Au sujet des appellations de l'Esprit-Saint, voici un texte éloquent, et plein d'audace : «Ne jugerions-nous pas, selon nos petites lumières, que ce serait un surcroît de gloire, et un parfait accomplissement à cette bonté infinie du Saint-Esprit, si elle [cette bonté du Saint-Esprit] était aussi le principe d'une Personne divine ; mais cela est impossible dans l'enclos de la Très Sainte Trinité. Pourquoi disons-nous cela ? La foi nous l'enseigne, et cela suffit pour nous tenir fermes dans cette croyance ; mais si après nous être captivés à la croire, il nous était permis de lever les yeux de notre faible raison pour la regarder, nous verrions que cette bonté infiniment féconde, qui se termine au Saint-Esprit, est toute épuisée par le Père et par le Fils en le produisant, ne pouvant pas moins que de l'employer toute entière à produire un terme si noble. Il est vrai qu'il a cette même bonté féconde, qui est au Père et au Fils, mais il l'a toute épuisée, en étant lui-même, s'il faut ainsi dire, tout l'épuisement.» (Louis-François d'Argentan, Conférences théologiques et spirituelles sur les Grandeurs de la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, page 20 de l'édition d 'Avignon, année 1755)
Nous continuerons cette étude trinitaire la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 6 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
L'Esprit-Saint, en tant que Médiateur de Vie entre le Père et le Fils, est le Don ou la Personne-Don propre au Père et au Fils : il est tout à la fois le Bien propre du Père et le Bien propre du Fils, étant celui qui est commun au Père et au Fils. Mais, comme Médiateur entre le Père et le Fils, l'Esprit-Saint doit être entendu tant d'une manière corporelle, en premier lieu, que d'une manière spirituelle, en second lieu : l'Esprit-Saint ne peut être considéré comme Médiateur-Type que dans la mesure où il est l'Epoux de Marie, c'est-à-dire simplement semblable à Elle, ne faisant avec son Epoux - dans le Christ - qu'un corps spiritualisé médiateur, ou encore, un unique médiateur corporel et spirituel. Ainsi, entendu en ce sens, l'Esprit-Saint procède et du Père, et du Fils (si on considère l'Esprit-Saint comme médiateur d'ordre corporel) tout en permettant, en tant que puissance, l'acte d'union du Père et du Fils par voie de génération (si on considère l'Esprit-Saint comme médiateur d'ordre spirituel).
Cependant,
comme le Père est celui qui «est vivant» (Jn. 6,
57), c'est-à-dire qu'il est la source de la Vie divine, nous
pouvons considérer la Personne-Don (l'Esprit-Saint) comme le
Bien propre et personnel du Père en tant que ce dernier est
celui qui donne la Vie. De même, comme le Fils est celui qui
«vit par le Père» (Jn. 6, 57), c'est-à-dire
qu'il est celui qui reçoit la Vie de son Père, nous
pouvons dire que le Fils ne possède la Personne-Don que dans
la mesure où il est uni au Père par le lien de la Vie.
Autrement dit, le Fils communie au Don propre et personnel du Père
en tant que Bien en plénitude reçu de lui : «Toutes
choses m'ont eté remises par mon Père.» (Mt. 11,
27) Ainsi, l'Esprit-Saint, en tant que Médiateur de Vie entre
le Père et le Fils, doit être envisagé sous un
double aspect :
Il est donc clair que, dans la Vie de Dieu, il existe un lien ou un
Médiateur entre le Père et le Fils : c'est la Personne de
l'Esprit-Saint, qui apparaît sous deux aspects conjoints,
indissociables et complémentaires.
Par définition, tout don est gratuit : tout don suppose l'amour, qui est le motif pour lequel une personne donne ou se donne. Ainsi, la relation dans laquelle l'Esprit-Saint, en tant que Personne-Don, est donné par le Père et reçu par le Fils-Verbe, c'est-à-dire la relation de génération ou acte éternel et unique de vie divine, suppose une relation préalable d'amour entre le Père et le Fils. Comme la puissance divine ne peut exister que dans la dépendance de la relation de génération, et non pas dans la dépendance d'une autre relation, il s'ensuit que ladite relation préalable d'amour doit être comprise en dehors de toute notion de puissance. Or, tout être dépourvu de puissance est réduit à ne posséder qu'une seule perfection, qui est d'exister. Ainsi, la relation préalable d'amour entre le Père et le Fils ne peut trouver son fondement que dans la notion d'existence.
Une relation fondée sur la seule notion d'existence ne peut avoir lieu parmi les créatures. Mais en Dieu, la chose est possible ; elle est même essentielle à la divinité : les trois Personnes divines ne sont qu'un seul Dieu, l'unique nature divine est commune aux trois Personnes. Ainsi, dans la relation d'amour préalable à la relation de génération, nous devons considérer le Père, le Fils, et l'Esprit-Saint identiques selon leur unique nature, quoique différents selon leur personne. Autrement dit, le Père est proprement l'Etre ou Celui qui est ; le Fils est proprement identique et semblable au Père, ou encore «l'Image» du Père (Col. 1, 15) ; l'Esprit-Saint est proprement l'Etre-Amour. Comme le Don de Dieu est parfait et plein, la relation préalable d'amour entre le Père et le Fils n'est autre que l'Amour parfait entre l'Etre parfait et son Image parfaite.
Dans l'analyse de la Vie de Dieu, nous avons donc établi qu'il existe une relation de génération qui est l'Acte unique de Dieu : c'est Dieu agissant ; et une relation préalable d'amour qui est l'Existence de Dieu : c'est Dieu étant. Comme pour Dieu être et agir sont une seule et même chose, ainsi, ces deux relations sont identiques, sauf que la relation de génération s'accomplit avec puissance, et que la relation préalable d'amour s'accomplit sans puissance. Enfin, comme Dieu est éternel, ces deux relations sont nécessairement co-éternelles et le mot «préalable» est une distinction de notre esprit avec fondement dans la chose. La Vie de Dieu doit donc être considérée uniquement sous l'angle de la relation de génération, laquelle doit toujours être envisagée sous ses deux aspects, c'est-à-dire avec et sans puissance. Aussi, la Vie de Dieu nous est présentée sous ses deux aspects par la Révélation divine transmise aux Apôtres. Saint Jean nous dit en effet que «Dieu est lumière» ( 1 Jn. 1, 5) : c'est la Vie de Dieu avec puissance, aspect fondamental de la vie divine en tant que source de vie de l'Eglise ; et que «Dieu est amour» (1 Jn. 4, 16) : c'est la Vie de Dieu sans puissance, aspect premier et préalable de la vie de Dieu et de l'Eglise.
A la lumière du texte eucharistique de Jean 6, 57, l'Esprit-Saint, qui est notre sujet particulier dans cette étude trinitaire, nous est apparu comme la Connaissance ou la Vie de Dieu personnifiée : il est ainsi le Bien en plénitude que le Père donne sans cesse à son Fils, héritier unique et absolu, celui qui est «toujours vivant.» (Hb. 7, 25) Et ceci nous éclaire encore davantage sur l'acte de la communion eucharistique : la Vie de Dieu manifestée et communiquée dans l'Eucharistie est finalement le Don personnel du Christ à son Eglise. Le grand Apôtre de la Vie divine est là pour en témoigner, disant : «Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie, elle est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. Je vous ai écrit tout ceci afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au Nom du Fils de Dieu.» (1 Jn. 5, 11-13)
Nous avons terminé notre commentaire de Jean 6, 57 : la première partie de ce verset nous a introduit au coeur même de la Vie divine, telle que Dieu a bien voulu nous la révéler dans la foi à sa Parole. S'il plaît à Dieu, la fois prochaine, nous commencerons une étude parallèle, plus longue, relative à la vie divine telle que Dieu veut nous la donner en partage. Ce sera lors le moment d'approfondir la médiation du Christ, car, pour être transmise à l'homme, la vie trinitaire doit passer par un intermédiaire qui soit tout à la fois Dieu et Homme : elle doit passer par le Christ, le Verbe de Dieu incarné.

Page n° 7 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
«Lorsque vint la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme.» (Ga. 4, 4) La Très Sainte Trinité est une Trinité d'Amour, et, dans cet Amour infini, Elle a voulu se révéler à nous pour nous introduire dans la participation à sa propre vie. A cette fin, le Père a envoyé dans le monde son propre Fils, qui, grâce à sa Passion et à sa Résurrection, est devenu notre unique médiateur auprès de Dieu, dans l'Esprit.
Envoyé par le Père, le Christ-Médiateur est la toute première révélation de Dieu-Trinité. Par le fait même, l'étude de la médiation du Christ est ce par quoi nous devons commencer pour pénétrer un peu dans ce Mystère de la participation de l'homme à la Vie divine trinitaire. Or le Christ, nous le savons, n'est autre que le Verbe fait chair (cf. Jn. 1, 14) : il est l'Homme-Dieu. Mais le Christ n'est pas Médiateur en tant que Dieu ; il ne peut être tel que comme homme : «(Christus) verissime dicitur mediator, secundum quod homo.» (En français : "Le Christ est vraiment appelé médiateur en tant qu'il est homme.") (Saint Thomas, Summa Theologica, IIIa, q. 26, a. 2, corp.) Pour comprendre la médiation du Christ, nous devons donc d'abord étudier ce qu'est l'homme.
Nous lisons au livre de la Genèse : «Dieu dit : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance."» (Gn. 1, 26) «Comme s'il eût dit : Parmi les créatures visibles, il ne s'en trouve pas une avec qui nous puissions avoir des communications ; faisons donc l'homme, et nous pourrons nous entretenir avec lui.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome IV - p 353) L'homme nous apparaît donc, dans le plan divin, comme une créature capable de lier conversation avec son Créateur, d'échanger avec Lui des paroles : la fin de l'homme est de s'entretenir avec Dieu. Or, les oeuvres de Dieu «sont toujours parfaites, et il ne produit point de créature à qui il ne donne toutes les qualités dont elle a besoin pour arriver à sa fin.» (ibidem - p 358) Donc, en nous basant sur la fin de l'homme qui est de lier conversation avec Dieu, nous pourrons aisément déterminer ce qu'est l'homme, quelles sont les qualités qu'il a reçues de son Créateur pour arriver à sa fin.
Dieu a créé l'homme pour s'entretenir avec lui. Dieu a créé l'homme de telle sorte que puisse s'établir entre lui et l'homme un échange de paroles, un colloque. Or «le colloque est, à proprement parler, l'entretien d'un ami avec son ami.» (Saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, n° 54). Donc, Dieu a créé l'homme comme son ami. Mais, celui qui est ami ou aimé de Dieu doit être dit en grâce avec Dieu, il doit posséder la grâce de Dieu. C'est en effet le propre de la grâce de nous rendre aimés de Dieu : «Secundum communem modum loquendi tripliciter gratia accipi consuevit : uno modo pro dilectione alicujus : sicut consuevimus dicere, quod "iste miles habet gratiam regis", idest rex habet eum gratum.» (En français : "Selon le langage commun, la grâce est habituellement comprise de trois manières : la première, selon l'amour de quelque personne, comme on a l'habitude de dire que "ce soldat a la grâce du roi", c'est-à-dire que le roi le tient pour agréable, ou persona grata.") (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia IIae, q. 110, a. 1, corp.) Donc, pour s'entretenir avec Dieu, l'homme doit posséder la grâce de Dieu : ceci est fondamental.
L'homme a été créé à l'image de Dieu : «Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance» (Gn. 1, 26) Voyons comment ce passage de l'Ecriture peut être encore interprété : «Le Seigneur voulait dire, par ce mot "faisons", que l'homme était une créature intelligente, et capable de son amitié ; comme s'il eût dit : Parmi les créatures visibles, il ne s'en trouve pas une avec qui nous puissions avoir des communications ; faisons donc l'homme, et nous pourrons nous entretenir avec lui. O Sagesse éternelle, qui dès le commencement du monde «prîtes un plaisir extrême à converser avec les enfants des hommes» (Prov. VIII, 31), et qui dans un corps terrestre m'avez donné un esprit capable de vous connaître et de vous parler, faites-moi la grâce de pouvoir entrer dans votre familiarité, et de jouir de votre entretien, puisque c'est la fin pour laquelle vous m'avez communiqué la lumière de la raison.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome IV - p 353)
Si nous considérons l'homme dans son principe vital, c'est-à-dire dans son âme, nous voyons que celle-ci ressemble à la Sagesse incréée : «Dieu créa de rien l'âme du premier homme. C'est ce que le texte sacré exprime en ces termes : «Il lui inspira un souffle de vie» (Gn. II, 7) ; pour marquer que l'âme qu'Adam reçut ne venait pas de la terre, comme son corps, mais d'ailleurs, c'est-à-dire du sein de Dieu. Car, comme le souffle n'est autre chose qu'un air qui vient des poumons, et qui sort de la bouche, on peut dire aussi que l'âme, qui est le chef-d'oeuvre du Créateur, part de son sein, puisque son amour la produit, et qu'elle sort de sa bouche, puisque sa parole toute-puissante lui donne l'être. Et c'est en cela qu'elle ressemble à la Sagesse incréée qui, selon l'expression de l'Ecriture, «procède de la bouche du Très-Haut.» (Deut. 8, 3 - Mt. 4, 4).» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome IV - p 367) Or, la Sagesse de Dieu n'est autre que la Personne du Verbe : «Filius ejus (Patris) sapientia ejus est» (En français : "Le Fils du Père est sa Sagesse.") (Saint Augustin - Rouët de Journel 1460) ; lequel Verbe est aussi l'Image du Père (cf. Saint Thomas, Summa Theologica, Ia, q. 35) Donc, l'homme, dans son principe suprême qui est l'âme, créé à l'image de Dieu, ressemble à l'Image du Père qui est le Verbe ou Parole de Dieu. On peut aussi conclure que l'homme peut non seulement recevoir de Dieu la communication de ses paroles, mais bien plus qu'il est créé pour recevoir en lui la Parole de Dieu, son Verbe de Vie.
Ajoutons que les paroles, c'est-à-dire ce que l'intelligence a conçu, ne peuvent être échangées ou communiquées que dans la mesure où la volonté intervient pour les exprimer et les transmettre. Or, en Dieu, il existe «duae processiones, una per modum intellectus, quae est processio Verbi, alia per modum voluntatis, quae est processio amoris» (En français : En Dieu, il existe "deux processions, l'une par mode d'intelligence, qui est la procession du Verbe, l'autre par mode de volonté, qui est la procession d'amour".) (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia, q. 37, a. 1, corp.) ; cette dernière est la procession de l'Esprit qui est "Amour". Donc, cet entretien de Dieu avec l'homme ne peut avoir lieu que dans une union d'amour, une union des deux volontés divine et humaine : «Comme le Père éternel, en contemplant son essence, produit le Verbe qui est son Fils, et qu'ensuite le Père et le Fils, par une complaisance mutuelle, produisent l'amour, qui est le Saint-Esprit ; ainsi notre âme, lorsqu'elle applique son entendement à regarder Dieu, forme en elle-même une espèce de Verbe, qui est une image, quoiqu'imparfaite, de ce grand objet ; et, lorsque par sa volonté elle tâche de s'unir à lui, elle produit cet amour chaste et spirituel dans lequel Saint Thomas fait consister sa principale perfection, parce que c'est ce qui la rend semblable à Dieu.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome IV - p 355)
Nous voyons ainsi que l'homme est capable de recevoir en lui l'Esprit de Dieu, c'est-à-dire son Amour, dans la mesure où le Père lui communique son Verbe-Parole.
Nous pouvons donc conclure que l'homme est créé à l'image de Dieu pour entrer en communion avec la Volonté de Dieu qui est son Esprit-Amour, dans la communication de son Verbe-Parole. Autrement dit, l'homme est cette créature capable de contracter avec Dieu une Alliance d'Amour fondée sur le don du Verbe ou Parole du Père. Ajoutons que cette même Alliance est tout à la ressemblance de celle qui unit entre elles les Trois Personnes divines : Dieu créa l'homme à son image afin de pouvoir lui dire sa Parole d'Amour qu'Il se dit éternellement à Lui-même dans la contemplation de son essence. Par la création de l'homme, le Mystère de la Trinité peut se réaliser «ad extra» (en dehors d'elle) et «in tempore» (dans le temps) tout comme il s'opère «ad intra» (en elle-même) et «ab aeterno» (de toute éternité). L'homme est donc créé à l'image de Dieu pour pouvoir participer à la Communion trinitaire, et pour être ainsi une image de toute la Trinité : «Dicendum est, in homine esse imaginem Dei, et quantum ad naturam divinam, et quantum ad Trinitatem personarum.» (En français : "On doit affirmer que, dans l'homme, il existe une image de Dieu, et selon la nature divine, et selon la Trinité des personnes.") (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia, q. 93, a. 5, corp.)

Page n° 8 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Nous avons vu la fois passée que l'Alliance entre Dieu et l'homme est une chose possible, en vertu du fait que Dieu a créé l'homme à son image afin, justement, de faire Alliance avec sa créature. Mais, non seulement cette Alliance entre Dieu et l'homme est possible, mais elle a commencé à se réaliser «lorsque vint la plénitude des temps» et que «Dieu envoya son Fils né d'une femme» (Ga. 4, 4) ; c'est-à-dire lorsque le Verbe du Père s'incarna et que fut édifié le fondement de cette Alliance, la «pierre vivante, rejetée des hommes, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu» (1 P. 2, 4) ; en un mot : lorsque vint celui qui était attendu, le Messie ou l'Oint de l'Esprit-Saint, celui sur qui repose la Personne-Don dans l'intention de la communiquer à ceux qui veulent le recevoir.
«Le Messie (plus que tout autre personnage oint dans l'Ancienne Alliance) est l'unique et grand Oint du Seigneur lui-même. Il est l'Oint en ce sens qu'il possède la plénitude de l'Esprit de Dieu. Et il sera lui-même le médiateur du don de cet Esprit au Peuple tout entier. Voici, en effet, (des) paroles du prophète (Isaïe) : «L'esprit du Seigneur Dieu est sur moi, car le Seigneur m'a consacré par l'onction ; il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres (...)» (Is. 61, 1) L'Oint est aussi envoyé «avec l'Esprit du Seigneur» : «Et maintenant le Seigneur Dieu m'a envoyé avec son esprit.» (Is. 48, 16) ... Le prophète présente le Messie comme celui qui vient dans l'Esprit-Saint, comme celui qui possède la plénitude de cet Esprit en lui et, en même temps, pour les autres, pour Israël, pour toutes les nations, pour toute l'humanité.» (S.S. Jean-Paul II, Encyclique sur l'Esprit-Saint "Dominum et vivificantem" - Ie partie - n. 16).
Le Christ est la Personne divine et humaine qui réalise en lui le fondement de l'Alliance entre Dieu et l'homme : par le Mystère de l'Incarnation du Verbe, l'Esprit-Saint est donné au monde entier. En tout premier lieu l'Esprit-Saint fut donné à Celle en qui le Verbe prit chair : la Vierge Marie. Dieu inaugura son Alliance avec la créature par excellence, Marie de Nazareth, Celle qui est Immaculée, sans péché, parfaite Image de Dieu. Le Père envoya son Fils, sa Parole d'Amour, à la Vierge Marie afin que, par la médiation de ce même Fils fait chair, sa créature bien-aimée soit sanctifiée pour toujours dans la Puissance de son Esprit-Saint. Mais, comme, au sein de la Divine Trinité, l'Esprit-Saint est non seulement celui qui procède du Père et du Fils, mais aussi et d'abord celui qui permet au Père d'engendrer son Fils-Verbe, l'Esprit-Saint est non seulement le Don qui est reçu par l'homme dans son Alliance avec Dieu, mais il est aussi et d'abord celui qui permet au Père de répandre dans le monde entier sa Parole d'Amour qui est son Fils. Nous allons voir tout cela en détails, distinguant dans cette action trois éléments : celui qui dit la Parole de Dieu, celui qui reçoit cette même Parole, et un intermédiaire entre celui qui dit et celui qui reçoit la Parole ou Verbe.
Ainsi «l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu ... auprès d'une vierge ... ; le nom de la Vierge était Marie ... L'ange lui dit : "L'Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. Aussi l'être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.» (Lc. 1, 26 & 27 & 35). Or, par le fait même que l'Ange Gabriel s'adresse à Marie en ces termes, Dieu dit sa Parole d'Amour à l'homme : c'est le premier élément, celui qui dit la Parole. En effet, on peut dire que tout Ange au service de Dieu est un organe de l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils par mode de volonté : «Celui de qui (l'annonce) vient, c'est Dieu même, qui n'ayant que faire de ses créatures, et désirant purement contenter l'inclination naturelle qu'il a de faire du bien aux hommes, se plaît à entretenir avec eux un commerce perpétuel par l'entremise des anges qui sont ses ministres. ... Aussi (l'archange Gabriel) met-il son honneur à faire ce que Dieu veut.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome I - p. 432-433). De plus, par le fait que ce n'est pas un autre ange que l'archange Gabriel, autrement dit celui qui se nomme "force de Dieu", qui est envoyé par Dieu à Marie, on peut dire également que, par le contenu même des paroles adressées à Marie, l'archange Gabriel est un organe de l'Esprit-Saint, considéré comme puissance (active et passive) permettant à l'homme de recevoir la Parole dite par le Père : «Celui qui est employé dans cette négociation, c'est un archange si considérable, qu'il se nomme Gabriel, c'est-à-dire la force de Dieu, pour marquer la vertu toute-puissante de ce Seigneur qui l'envoie, et de celui qui doit se faire Homme ; vertu qui paraîtra un jour plus visiblement dans les oeuvres miraculeuses du Verbe incarné, et dans les ministres qu'il choisira pour publier ses merveilles.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome I - p. 433)
Le deuxième élément, celui à qui la Parole est annoncée, ou celui qui reçoit la Parole d'Amour, c'est la Vierge Marie, celle que l'Archange Gabriel nomme d'un nom nouveau : «pleine de grâce» (Lc. 1, 28). En effet, par le fait que Marie est Immaculée dans sa Conception, ou "pleine de grâce", elle est semblable au Père céleste et donc image de toute la Trinité : «Dieu l'a choisie pour être pure et sans tache dans tous les degrés de la pureté dont une simple créature est capable. Jamais on n'a vu en elle ni aucun péché, ni l'ombre même du péché, parce que, comme dit saint Anselme (De Concept. Virg., c. XVIII), devant être Mère de celui qui est la pureté même, elle devait avoir une pureté qui ne cédât en perfection qu'à celle de Dieu. De même donc que son Fils, en tant que Dieu, a un Père qui est essentiellement pur et tout à fait impeccable, ainsi en tant qu'homme il fallait qu'il eût une mère qui, par une grâce spéciale, fût exempte des moindres défauts, afin que la mère qu'il a sur la terre ressemblât parfaitement au Père qu'il a dans le ciel.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome I - p. 403). Ce deuxième élément est proprement celui qui reçoit la Parole même de Dieu. C'est ce que nous constatons dans le fait que Marie reçoit la Parole du Père en donnant son consentement aux paroles de l'Ange et en les faisant siennes : «Portant sa pensée jusque dans le sein de la divinité, (Marie) adressa sa réponse non à l'ange, mais à Dieu le Père, à qui elle parla de cette sorte : "Qu'il me soit fait selon votre parole", c'est-à-dire non seulement selon l'ordre que l'ange me donne de votre part, mais encore selon le désir de votre Verbe, qui est votre parole éternelle, et qui étant votre Fils veut aussi être le mien. Que sa volonté soit en cela parfaitement accomplie.» (Vénérable Père Louis du Pont - Méditations - Tome I - p. 460)
Le troisième élément est l'élément médiateur entre le premier et le deuxième élément. Il doit être à la fois, au moins d'une certaine manière, la Parole dite par le Père à l'homme, et la Parole reçue du Père par l'homme. En effet, la communication de la Parole du Père à l'homme se réalise en vertu de la Puissance de l'Esprit-Saint. Or, cette Puissance est tant active que passive. Cependant, cette Puissance, en tant qu'active, ne convient qu'à Dieu, qui seul est Tout-Puissant. De même, cette Puissance, en tant que passive, ne convient qu'à l'homme, qui seul peut passer de la puissance à l'acte. Donc, dans la communication de la Parole de Dieu à l'homme, il est donc nécessaire qu'intervienne un élément médiateur qui soit tout à la fois Dieu et homme selon le rapport propre et exclusif de la Parole de Dieu donnée et reçue dans la Puissance de l'Esprit-Saint. Cet élément médiateur n'est autre que l'oeuvre incomparable conçue en Dieu de toute éternité : c'est le Christ, le Verbe incarné sur lequel repose en plénitude l'Esprit-Amour. Le Christ est cette Parole donnée et reçue en qui tous et chacun peuvent devenir enfants de Dieu pour une Alliance éternelle : "A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu." (Jn. 1, 12)
Ayant donc analysé ce qu'est l'homme, nous sommes parvenus à donner une notion très exacte du Christ : ce dernier est Médiateur, «le seul Médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Tim. 2, 5), Médiateur entre l'Esprit-Saint, porte-parole de toute la Divine Trinité, et Marie. Il est cette Personne absolument unique, à la fois divine et humaine, qui permet à Dieu de s'entretenir avec les hommes en se révélant lui-même à eux : «Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep. 1, 9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit-Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine ... Dans cette Révélation, le Dieu invisible ... s'adresse aux hommes en son immense amour ainsi qu'à des amis (cf. Ex. 33, 11 ; Jn. 15, 14-15), il s'entretient avec eux (cf. Bar. 3, 38) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie.» (Concile Vatican II, Constitution "Dei Verbum", n.2)

Page n° 9 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
La fois passée, nous avons vu que le Christ, dès sa conception, exerce sa médiation entre l'Esprit-Saint et la Vierge Marie. Aujourd'hui, nous allons découvrir que le Christ, parce qu'il est fils de Marie, confère à sa Mère une fonction semblable - mais non identique -à la sienne : Marie, parce qu'elle est Mère du Christ, devient médiatrice entre son Fils - le Fils de l'homme - et tous les hommes créés à l'image de Dieu.
Commençons par rappeler que la fonction propre du médiateur, c'est d'être une union, une Alliance entre les termes extrêmes au milieu desquels il se trouve : «Ad mediatoris officium proprie pertinet conjungere, et unire eos, inter quos est mediator, nam extrema uniuntur in medio.» (En français : A la fonction du médiateur, il appartient en propre d'unir ceux entre lesquels il est médiateur ; en effet, les extrêmes s'unissent en leur milieu.) (Saint Thomas, Summa Theologica, IIIa, q. 26, a. 1, corp.) Le Christ est donc à proprement parler l'Alliance entre Dieu et l'Homme, entre l'Esprit-Saint et Marie.
Ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est que cette Alliance est contractée en vue de la procréation d'un Fils commun à Dieu et à l'homme : celui qui s'appellera le «Fils de l'Homme» (Lc. 19, 10). Ainsi, l'Ange dit à Marie : «Tu vas concevoir et enfanter un fils ... Il sera grand : on l'appellera Fils du Très-Haut ... L'être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.» (Lc. 1, 31-32-35) Cette Alliance qui est le Christ constitue donc une Alliance sponsale (ou matrimoniale) entre l'Esprit-Saint et Marie. Aussi, cette dernière peut être appelée épouse de l'Esprit-Saint : «L'Esprit-Saint est déjà descendu sur elle ; elle est devenue son épouse fidèle à l'Annonciation.» (S.S. Jean-Paul II, Encyclique "Redemptoris Mater", sur le Mystère de Marie et de l'Eglise, n. 26) Au moment même où le Christ commence d'exister, l'Esprit-Saint et Marie sont donc unis par les liens indissolubles du mariage.
En tant qu'Epoux et Epouse, l'Esprit-Saint et Marie ne font «à eux deux qu'une seule chair.» (Gn. 2, 24 - Ep. 5, 31) : chacun des conjoints communique à l'autre ce qui lui est proprement personnel, quoique les conjoints demeurent deux personnes distinctes selon leur propre nature. Mais, comme l'Esprit, qui est Dieu, n'a pas de chair, on peut dire que ce même Esprit vient en Marie, pour lui communiquer ce qui lui est personnel. Or, l'Esprit-Saint est la Personne-Don, lequel Don n'est autre que le caractère de la Médiation de l'Esprit-Saint qui concilie le Père et le Fils sur le rapport de la génération. Donc, par le fait même que, dans la génération temporelle du Fils de Dieu, Marie devient l'épouse de l'Esprit-Saint, ce même Esprit communique à Marie le caractère du Don qui lui permet de concilier le Christ et les hommes sur le rapport de la génération. En d'autres termes : de même que le Verbe, dans sa génération éternelle par le Père, procure à l'Esprit-Saint le Don de soi pour l'exercice de sa médiation au sein de la Divine Trinité, ainsi, le Verbe, dans sa génération temporelle par Marie, procure à la même Vierge Marie le Don de soi pour l'exercice de sa médiation parmi les enfants de Dieu dans le monde. Remarquons ici que Marie reçoit ce caractère d'une manière «personnelle», tandis que le Christ, l'Oint de l'Esprit-Saint, reçoit ce même caractère d'une manière «essentielle» en vertu de l'union du Verbe essentiel avec son humanité.
Nous voyons donc que Marie exerce sa médiation dans la mesure où elle agit en épouse de l'Esprit-Saint. Mais tout mariage n'est validement contracté que si chacun des conjoints a l'intention formelle de procréer. L'exercice de la médiation de Marie repose donc sur cette intention de procréer. Cependant, au moment où l'Ange Gabriel se présente à Marie, celle-ci n'a pas cette intention ; au contraire, elle a fait voeu de virginité ; ce qui se prouve par sa question : «Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ?» (Lc. 1, 34) Les paroles par lesquelles l'Ange répond à Marie sont donc nécessaires pour qu'elle puisse concilier dans son esprit l'intention de rester vierge et celle de procréer. C'est d'ailleurs dans ces mêmes paroles (Lc. 1, 35) que l'Esprit-Saint est nommé par l'Ange pour être le principe de cette conception virginale. Ainsi, avant de devenir épouse de l'Esprit-Saint par la conception du Christ, Marie avait bien l'intention de procréer. Autrement dit, Marie conçut le Christ dans son esprit avant que de le concevoir en sa chair : «Congruum fuit Beatae Virgini annuntiari, quod esset Christum conceptura (...) ut servaretur congruus ordo conjunctionis Filii Dei ad Virginem ; ut scilicet prius mens ejus de ipso instrueretur, quam carne eum conciperet : unde Augustinus dicit in libro de Virginitate (cap. 3) : "Beatior est Maria percipiendo fidem Christi, quam concipiendo carnem Christi" ; et postea subdit : "Materna propinquitas nihil Mariae profuisset, nisi felicius Christum corde, quam carne gestasset."» (En français : Il était convenable qu'à la Bienheureuse Vierge fut faite l'annonce que le Christ allait être conçu (...) afin que soit observé un ordre convenable quant à l'union du Fils de Dieu à la Vierge ; c'est-à-dire que l'esprit de la Vierge devait être instruit de la conception du Christ avant que son corps la réalise ; c'est pourquoi Saint Augustin dit, dans son livre sur la Virginité : "Marie est plus heureuse en recevant la foi du Christ qu'en concevant le corps du Christ" ; et ensuite il ajoute : "La relation maternelle n'aurait rien apporté à Marie, si elle n'avait été plus heureuse de concevoir le Christ dans son coeur plutôt que dans sa chair.") (Saint Thomas, Summa Theologica, IIIa, q. 30, a. 1, corp.) Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est qu'au moment où Marie conçoit le Christ dans son esprit, le Christ lui-même n'existe pas encore : c'est en espérance que Marie a conçu le Christ dans son esprit. L'espérance de Marie est donc nécessaire pour que le Christ soit conçu réellement et que, par là, Marie devienne Médiatrice.
De tout ce qui précède, nous pouvons conclure que l'exercice de la médiation de Marie repose sur l'exercice de la vertu d'espérance par laquelle Marie reçoit et utilise le Don personnel de l'Esprit-Saint. Or, reçu dans la vie présente - temps d'épreuve pour l'espérance (cf. Rm. 5, 3-4) - l'Esprit-Saint est le gage ou les arrhes de la vie éternelle et bienheureuse, selon ces paroles de Saint Paul : «Vous avez reçu le sceau de l'Esprit-Saint qui avait été promis, cette caution de notre héritage.» (Ep. 1, 13) Donc, l'espérance est nécessaire pour recevoir ici-bas l'Esprit-Saint en tant qu'avant-goût ou gage du bonheur éternel. C'est ce que Saint Paul confirme en disant : «L'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné.» (Rm. 5, 5)
Ceci nous permet d'affirmer qu'il n'y a pas d'autre moyen d'exprimer notre espérance que le moyen de l'oraison ou la prière, car l'oraison «sert pour demander et pour obtenir les choses que l'on espère et l'on souhaite» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome I, p. 353) et car elle «fait sur la terre la béatitude de l'homme par un avant-goût qu'elle lui donne des plaisirs du ciel» (ibid., Tome IV, p. 594). C'est pourquoi, après avoir reçu de l'Ange les explications nécessaires (cf. Lc. 1, 35-37), Marie exprime par une prière son espérance de concevoir le Christ : «Qu'il me soit fait ...» (Lc. 1, 38) : «C'est comme si elle disait ... "Que cela se fasse", parce que tout mon plaisir est que sa volonté s'accomplisse.» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome I, p. 459) ; autrement dit, par son "fiat", Marie exprime tout le bonheur qu'elle ressent déjà ici-bas dans la communion de l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils par mode de volonté. L'espérance, et son mode d'expression qu'est la prière, nous apparaissent donc comme le fondement de la médiation de Marie.

Page n° 10 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
L'espérance, et son mode d'expression, la prière, nous sont apparus comme le fondement de la médiation de Marie. Néanmoins, par le fait même que l'espérance s'exprime par la prière et par des signes que sont les mots, qui composent la prière, l'espérance n'est que le fondement extérieur de la médiation de Marie. Car l'espérance repose elle-même sur la foi. En effet, Saint Paul nous dit que nous «espérons ce que nous ne voyons pas.» (Rm. 8, 25) Or, la foi est «une certitude au sujet de ce qu'on ne voit pas.» (Hebr. 11, 1) Donc, nous pouvons dire que l'espérance est fondée sur la foi, ou encore, que «la foi est le fondement de l'espérance.» (Hebr. 11, 1) Comme l'espérance procure un avant-goût du bonheur céleste, la foi exprimée par le moyen de la prière, c'est-à-dire la foi jointe à l'espérance, obtient la même fin.
Aussi, l'analyse de Hebr. 11, 1 permet à Saint Thomas d'Aquin de dire que «Fides est habitus mentis, quo inchoatur vita aeterna in nobis, faciens intellectum assentire non apparentibus.» (En français : "La Foi est un habitus de l'esprit, habitus par lequel la vie éternelle est commencée en nous, faisant en sorte que l'intellect adhère aux choses que l'on ne voit pas.") (Summa Theologica, IIa Iiae, q. 4, a. 1, corp.) Semblablement, l'Ecriture nous rapporte que, peu de jours après l'Annonciation, Marie est acclamée par sa cousine Elisabeth en ces termes : «Bienheureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui ont été adressées de la part du Seigneur !» (Lc. 1, 45) Le Concile Vatican II dit encore : «C'est dans sa foi et dans son obéissance que (Marie) a engendré sur la terre le Fils du Père, sans connaître d'homme, enveloppée par l'Esprit-Saint, comme une nouvelle Eve qui donne, non à l'antique serpent, mais au messager de Dieu, une foi que nul doute n'altère.» (Constitution "Lumen gentium", n. 63)
De ce dernier texte, il ressort clairement que c'est par sa foi que Marie, image parfaite du Père, a reçu la Parole d'Amour du Père. Or, cette communication de la Parole est une Alliance des deux volontés divine et humaine ayant pour fondement le Verbe ou Parole du Père. Donc, ici, la foi de Marie est l'expression de sa volonté. Mais la foi, en tant que telle, réside «in intellectu sicut in subjecto» (En français : "(la foi) réside dans l'intelligence" (Saint Thomas, Summa Theologica, IIa IIae, q. 4, a. 2, corp.). Aussi, pour que la foi soit une certaine expression de la volonté, il faut que la foi soit "informée" par la charité : «Actus fidei ordinatur ad objectum voluntatis, quod est bonum, sicut ad finem : hoc autem bonum, quod est finis fidei, scilicet bonum divinum, est proprium objectum charitatis ; et ideo charitas dicitur forma fidei, inquantum per charitatem actus fidei perficitur, et formatur.» (En français : "L'acte de foi est ordonné à l'objet de la volonté comme à sa fin, objet qui est un bien : or ce bien, qui est la fin de la foi, c'est-à-dire le bien divin, est l'objet propre de l'amour ; et c'est pourquoi la charité est dite "forme de la foi", en tant que, par la charité, l'acte de foi est parfait et formé.") (Saint Thomas, Summa Theologica, IIa IIae, q. 4, a. 3, corp.) L'exercice de la médiation de Marie s'accomplit donc par sa foi et sa charité exprimées sous forme de prière : par sa foi et sa charité, Marie utilise le Don de l'Esprit-Saint son époux. La foi vive de Marie est donc proprement le fondement intérieur de sa médiation.
«A Dieu qui révèle est due "l'obéissance de la foi" (Rm. 16, 26 ...), par laquelle l'homme s'en remet tout entier et librement à Dieu dans "un complet hommage d'intelligence et de volonté à Dieu qui révèle" (Concile Vatican I, Constitution "De fide catholica" - Denzinger n. 3008) et dans un assentiment volontaire à la révélation qu'il fait.» (Concile Vatican II, Constitution "Dei Verbum", n. 5) Cela veut dire que la foi, en tant qu'elle est manifestée par une prière, c'est-à-dire par une réponse faite à Dieu, est l'expression de toute la personne qui croit : «S'il est exact de dire que la foi consiste à croire ce que Dieu a révélé, le Concile a très opportunément mis en évidence qu'elle est aussi une réponse de tout l'homme, soulignant la dimension "existentialiste" et "personnaliste" de la foi (...) Dans la connaissance par le moyen de la foi l'homme accepte comme vérité tout le contenu surnaturel et salvifique de la Révélation ; ce fait, toutefois, l'introduit en même temps en un rapport profondément personnel avec Dieu lui-même qui se révèle. Si le contenu propre de la Révélation est l'"autocommunication" salvifique de Dieu, alors la réponse de la foi est correcte dans la mesure où, en même temps qu'il accepte comme vérité ce contenu salvifique, "l'homme s'en remet tout entier à Dieu." Seul un complet "abandon de l'homme à Dieu" constitue une réponse adéquate.» (S.S. le Pape Jean-Paul II - Enseignements - Audience générale du 27 mars 1985).
En vertu de la dimension personnelle de la foi, si Marie exerce sa médiation en vertu de sa foi, c'est plus encore sa propre personne, c'est-à-dire ce qui la distingue de tout autre être humain, qui permet à Marie d'être médiatrice, dans le Christ, entre la Divine Trinité et l'Eglise. En d'autres mots, toute la personne même de Marie, telle que Dieu a voulu qu'elle soit dans son immense Amour, donne une caractéristique propre, une dimension mariale, à la Vie divine trinitaire révélée par le Père en son Fils Jésus. Or, c'est proprement le nom d'une personne qui nous renseigne sur les caractéristiques de tel être humain, puisque le nom est un «mot ou groupe de mots servant à désigner un individu et à la distinguer des êtres de la même espèce.» (Dictionnaire Robert) Mais, bien que le nom de "Marie" puisse nous renseigner sur la personne de la Mère de Dieu, nous n'allons pas nous baser sur ce nom-là car il a été imposé à Marie par ses parents, Joachim et Anne, et, pour cette raison, il a une origine proprement humaine.
Comme Dieu est Créateur de l'homme, lui seul peut connaître parfaitement l'être qu'il a créé, et donc lui seul peut lui imposer son véritable nom, celui qui le désigne parfaitement. Ce nom donné par Dieu, en tant qu'il est un mot ou une parole, est fondé sur le Verbe ou Parole de Dieu, comme le dit Isaïe : «Tu recevras un nom nouveau, déterminé par la bouche du Seigneur» (Is. 62, 2), la bouche étant le symbole propre du «Fils» (Isaac de l'Etoile, Sermon 45 "Pour le jour de la Pentecôte" - PL 1843 C). Cependant, ce nom nouveau est dit spécialement par l'Esprit-Saint : «A bon entendeur d'écouter ce que l'Esprit dit aux Eglises : Au vainqueur je donnerai de la manne cachée, et je lui remettrai un caillou blanc sur lequel est écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sauf celui qui le reçoit.» (Ap. 2, 17) Ainsi, lorsque vint la plénitude des temps, lorsque vint le moment où le Père envoya son Fils, qui reçut un «nom qui est au-dessus de tout nom» (Phil. 2, 9), Marie entendit l'Esprit-Saint lui dire par le ministère de l'Ange Gabriel : «Réjouis-toi, pleine de grâce.» (Lc. 1, 28) Le nom nouveau de Marie est donc celui-ci : «pleine de grâce».
Notons la traduction : "réjouis-toi", qui met mieux en relief la présence de l'Esprit-Saint, celui qui, en un certain sens, est la «joie» du Christ (cf. Lc. 10, 21), celui qui est répandu dans nos coeurs afin de produire des fruits de «joie» (Ga. 5, 22) : «"Réjouis-toi". C'est donc par une invitation à la joie que débute la plus grande nouvelle que Dieu ait pu annoncer au monde. Et cette joie de l'Annonciation court tout au long de l'Evangile, des bergers de Bethléem (Lc. 2, 10) aux disciples du Christ : «Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.» (Jn. 15, 11) (...) La joyeuse salutation faite à Marie est l'aboutissement de toutes les annonces messianiques de l'Ancien Testament. En Marie, point culminant de l'attente du Sauveur, la joie atteint sa plénitude. La joie de Marie est d'autant plus vive que l'oeuvre de Dieu en elle est plus grande, miraculeuse : la maternité virginale comble d'allégresse celle qui est comblée de grâce.» (Roger Etchegaray, cardinal-archevêque de Marseille - 25 mars 1979 - Bulletin diocésain - page 245).
Nous continuerons la fois prochaine cette étude du nom de Marie et des circonstances dans lesquels il fut donné à la Mère du Sauveur.

Page n° 11 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Comme je le disais en terminant ma dernière page, afin d'envisager le contenu propre de ce nom "pleine de grâce", examinons toutes les circonstances dans lesquelles ce nom fut donné à Marie. «Au vainqueur je donnerai...» (Ap. 2, 17) : pour recevoir ce nom nouveau, il faut avoir combattu, il faut avoir remporté la victoire. Ce nom est donné «"à ceux qui sont victorieux", c'est-à-dire à ceux qui vainquent le démon, la chair et le monde ; qui triomphent des tyrans ; qui se surmontent eux-mêmes ; qui persistent jusqu'à la mort à dompter leur volonté propre, et à mortifier leurs passions.» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome IV, p 609) Autrement dit, ce nom nouveau est donné à celui qui, par la foi, «s'en remet tout entier et librement à Dieu dans un complet hommage d'intelligence et de volonté» (Concile Vatican II, Constitution "Dei Verbum", n. 5) ; c'est-à-dire à celui qui, par la foi, unit sa volonté à la volonté de Dieu manifestée à l'homme par l'Esprit-Saint. C'est pourquoi Saint Jean dit que notre victoire, c'est «notre foi» (1 Jn. 5, 4). Aussi, Saint Paul nous exhorte à tenir «le bouclier de la foi» (Ep. 6, 16) afin d'endurer «le bon combat de la foi» (1 Tim. 6, 12). Nous voyons donc que Marie reçoit un nom nouveau en raison d'un combat soutenu au moyen du bouclier de sa foi.
En effet, nous avons vu que Marie avait besoin d'explications pour se résoudre à accepter la maternité divine (voir page n. 9). Il s'agit donc d'un combat de mots, une joute oratoire, une lutte avec l'envoyé de Dieu qui se nomme à juste titre Gabriel ou "Force de Dieu". L'entretien portant sur la génération temporelle du Verbe de Dieu, et l'Ange étant le porte-parole de l'Esprit-Saint, nous voyons que le dialogue entre l'Ange et Marie est un combat entre la Volonté de Dieu et la volonté de l'homme, qui a pour cause le Verbe ou Parole de Dieu. Nous connaissons quels sont les adversaires de ce combat : l'Esprit-Saint, agissant par l'intermédiaire de l'archange Gabriel ; et Marie, «une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph.» (Lc. 1, 27) Il nous faut donc encore considérer trois éléments : premièrement, quel est l'obstacle proprement humain qui puisse être opposé à la toute-puissance divine ; deuxièmement, quel est l'enjeu, et le but de ce combat mené par Dieu contre l'homme, c'est-à-dire quel est «ce dessein mystérieux qui depuis toute éternité se trouvait caché en Dieu, le créateur de toutes choses» (Ep. 3, 9) ; troisièmement enfin, quel est le moyen employé par la Sagesse divine pour vaincre la résistance de l'homme et arriver à réaliser son «dessein éternel» (Ep. 3, 11). La considération de ces trois éléments va nous permettre de mettre en pleine lumière toute l'action, tout à fait personnelle, de Marie-Médiatrice dans cet acte mystérieux qu'est la participation de l'homme à la Vie divine trinitaire. C'est ce que nous allons voir aujourd'hui et les fois suivantes, poursuivant page après page notre étude sur la Très Sainte Trinité.
Premièrement, recherchons ce qui, en Marie, l'empêche de recevoir la Parole d'Amour du Père. En tant qu'élément qui reçoit la Parole, Marie est Image du Père : Marie, "pleine de grâce", réalise en elle tout ce que Dieu a voulu que la créature humaine soit dans son dessein éternel. Or, l'homme en tant qu'Image de Dieu n'a pas été créé directement pour s'unir d'une manière charnelle avec une «aide qui lui fût assortie» (Gn. 2, 20), mais bien pour entretenir avec Dieu un commerce, un entretien spirituel. Ainsi, après avoir rappelé que le mariage est «louable et nécessaire pour la propagation du genre humain» et que «l'usage en est de soi charnel et grossier», le Vénérable Père Louis du Pont explique pourquoi Adam et Eve ne furent pas créés en même temps : «Eve ne fut donc créée qu'après Adam, afin que l'homme connaît que sa principale occupation devait être de s'entretenir avec Dieu, de contempler ses grandeurs, de l'aimer, et de faire sur la terre ce que les anges font dans le ciel.» (Méditations, Tome IV, p. 371) Or, nous savons que Marie avait fait voeu de virginité. Plus précisément, Marie fit ce voeu alors qu'elle vivait en vraie religieuse dans le Temple de Jérusalem : «Dès que Marie entra dans le Temple, elle se prosterna à terre, adora la Majesté divine, et se dévoua pour toujours à son service. Elle ne fit pas comme d'autres filles qui ne s'y consacraient que pour un an, ou pour dix ; elle s'offrit d'y demeurer jusqu'à la mort (...) Cette glorieuse Vierge fit alors une chose aussi nouvelle qu'agréable à Dieu : elle lui consacra son corps par le voeu de virginité perpétuelle. L'auteur d'un dessein si inouï fut sans doute le Saint-Esprit ; mais elle l'exécuta avec une dévotion et une ferveur incroyables.» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome I, pp. 416 et 420)
Marie est donc image parfaite créée par Dieu. Aussi, lorsque l'Ange lui annonce qu'elle va «concevoir et enfanter un fils» (Lc. 1, 31), Marie lui oppose son voeu de virginité (cf. Lc. 1, 34). Or, opposer son voeu de virginité revient, en un certain sens, à opposer sa foi. En effet, nous obtenons dès ici-bas un avant-goût du bonheur céleste, d'une part, par la foi (ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut), et d'autre part, par le voeu de virginité ou par la profession religieuse en général, car «le grand saint Basile dit que la profession religieuse est un changement de vie, mais d'une vie naturelle et humaine, en une autre toute semblable à celle des bienheureux (Reg. VIII, ex fusis et de Constitut. Monast. C. XIX) ; de sorte que quiconque sait comment on vit au ciel, peut juger de quelle sorte on vit dans la religion. En effet, les religieux prennent dès cette vie possession "du royaume de Dieu", que l'Apôtre fait consister "dans la justice, dans la paix, et dans la joie qui nous est communiquée par le Saint-Esprit", duquel viennent toutes ces sortes de biens dont la religion comble ses enfants.» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome IV, p. 560) On peut donc dire que tout voeu de religion émis par une personne est la plus haute expression de sa foi : «On peut avec raison appliquer aux religieux ce que l'Apôtre dit des Saints de la loi ancienne. Les religieux "animés d'une vive foi, abandonnent", comme Abraham, "leur pays et leur parenté" ; ils sont étrangers au milieu du monde, "et ils ne font que soupirer après cette cité bienheureuse que Dieu a bâtie sur des fondements" inébranlables (Heb. 11, 8).» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome IV, p. 562)
Nous voyons ainsi que, lorsque Marie discute avec l'Ange, elle manifeste l'opposition de sa foi, qui l'empêche de recevoir la Parole d'Amour dite par le Messager céleste. Mais il faut remarquer ici que cette opposition de la foi de Marie comporte deux aspects différents quoique absolument inséparables. En effet, en tant qu'image parfaite créée par Dieu, Marie, par son voeu de virginité, s'est consacrée totalement à Dieu, c'est-à-dire corps et âme. C'est ce que l'Esprit-Saint disait dans l'Ecriture au sujet de sa future épouse : "Vous êtes un jardin fermé, ma soeur ; vous êtes un verger clos et une fontaine scellée." (Cant. 4, 12) «Il lui dit deux fois qu'elle est un jardin fermé, parce qu'elle est également pure en son corps et en son âme.» (Vénérable Père Louis du Pont, Méditations, Tome I, p. 420) Ainsi, la foi de Marie, qui est exprimée par son voeu de virginité, possède un double aspect : l'un, fondé sur la virginité de l'âme, est spirituel ; l'autre, fondé sur la virginité du corps, est corporel ; comme l'âme et le corps sont absolument inséparables, quoique différents l'un de l'autre, ces deux aspects de la foi de Marie sont aussi inséparables et ne peuvent exister l'un sans l'autre. Lorsque Marie oppose sa foi aux paroles de l'Ange, cette opposition doit donc toujours être considérée selon un double aspect, spirituel et corporel.
Nous continuerons la fois prochaine, s'il plaît à Dieu...

Page n° 12 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
La fois précédente, relativement à l'Incarnation du Fils de Dieu en Marie, nous avons recherché quel était l'obstacle proprement humain que Marie, simple créature, pouvait opposer à la toute-puissance divine. Aujourd'hui, nous allons voir quel est l'enjeu, et le but de ce combat mené par Dieu contre l'homme, c'est-à-dire quel est «ce dessein mystérieux qui depuis toute éternité se trouvait caché en Dieu, le créateur de toutes choses» (Ep. 3, 9).
Dans le mystère de l'Annonce faite à Marie, Dieu dit à l'homme sa Parole d'Amour. Une fois que le Fils de Dieu ait pris chair de la Vierge Marie, celle-ci devient, par participation, Parole de Dieu et enfant de Dieu par adoption. Dès l'instant de l'Incarnation du Verbe, Marie participe à la Vie divine trinitaire qui est le Verbe lui-même, le «Verbe de Vie» (1 Jn. 1, 1). Or, telle qu'elle nous est apparue dans les pages précédentes, la vie divine trinitaire est le propre des trois personnes divines selon deux relations distinctes (selon une distinction de notre esprit, avec fondement dans la chose) : une relation préalable d'amour, et une relation de génération (voir page n. 6). Ces deux relations se retrouvent donc dans la participation de la créature humaine - ici Marie - à la vie divine trinitaire. Comme Marie conçoit d'abord le Christ dans son esprit, et ensuite dans son corps (voir page n. 9), il est clair que Marie, dans le Mystère de l'Incarnation, participe à la vie divine trinitaire tant dans son esprit que dans son corps : Marie réalise en plénitude ce que l'Eglise opère chaque jour dans l'Eucharistie en communiant spirituellement et corporellement au Pain de Vie.
Cependant, on ne peut absolument pas nier que, pour pouvoir participer à la vie divine trinitaire, l'existence même du Christ-Médiateur est requise, car il est l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes. Donc, lorsque Marie participe spirituellement à la vie divine trinitaire avant même l'Incarnation du Verbe et l'existence du Christ-Médiateur, ce ne peut être que selon un certain rapport. Comme la participation spirituelle de Marie à la vie divine trinitaire, d'une part, et sa participation corporelle, d'autre part, se distinguent selon la notion de temps, on peut affirmer que, si Marie reçoit la Parole d'Amour du Père avant l'Incarnation du Verbe, ce ne peut être qu'en "espérance". Marie devient donc, dans le Christ, Parole de Dieu en espérance, d'abord, et en réalité, ensuite, lors de l'Incarnation du Verbe.
Dans la Divine Trinité, le Fils du Père est (selon une même distinction de notre esprit, avec fondement dans la chose) "d'abord" Image du Père, et "ensuite" Parole ou Verbe du Père : le Fils du Père est Image du Père selon la relation d'amour, et Parole du Père selon la relation de génération (voir page n. 6). Par conséquent, Marie, image parfaite - créée - du Père, reçoit la Parole du Père dans son esprit d'une manière proprement personnelle, manière qui correspond pleinement à son condition de créature et d'image de Dieu. Même si le corps de Marie reçoit la Parole de Dieu, ce même corps ne peut participer à la vie divine trinitaire que si l'âme et l'esprit de Marie y participent réellement. Il en est de même lors de la communion eucharistique : celui qui communie en ne mangeant le Pain de vie qu'avec son corps ne participe pas à la vie divine du Fils de Dieu, car seule la communion spirituelle peut apporter au corps, et d'abord à l'âme, le bienfait de la participation à la vie de Dieu. Par conséquent, dans la conception du Fils de Dieu selon la chair, Marie ne peut devenir Parole de Dieu qu'en "espérance", mode qui caractérise, de soi, son union spirituelle au Fils envoyé par le Père.
Dans le Mystère de l'Incarnation, Marie, image de Dieu, reçoit dans son esprit la Parole du Père en "espérance", elle devient enfant de Dieu, non par essence selon la génération éternelle, mais par participation selon la génération temporelle du «Fils de Dieu» (Lc. 1, 35) : Marie devient le «Corps du Christ», «un de ses membres» (1 Co. 12, 27). Mais, ainsi que nous venons de le rappeler, comme Marie est image parfaite du Père, elle devient un membre parfait du Corps mystique du Christ : Marie «est saluée comme un membre suréminent et absolument unique de l'Eglise, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité.» (Concile Vatican II, Constitution "Lumen gentium", n. 53) «L'Eglise, en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection sans tache ni ride.» (ibid., n. 65) En tant que personne humaine qui reçoit la Parole du Père, Marie réalise donc en elle un membre parfait de l'Eglise.
Mais il y a plus. En effet, tout en recevant la Parole du Père, Marie devient Médiatrice : par sa foi, fondement de sa médiation, Marie reçoit et utilise le caractère du Don de l'Esprit-Saint (voir pages n.9 et 10). Comme la foi de Marie est «une foi que nul doute n'altère» (Concile Vatican II, Constitution "Lumen gentium", n. 63), c'est-à-dire une foi parfaite, Marie reçoit le caractère du Don en perfection. Or, cette notion de Don renferme pleinement en elle la notion de la mission du Fils envoyé par le Père, selon ces paroles : «Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique.» (Jn. 3, 16) Donc, Marie, en recevant la Parole du Père, a reçu en perfection, par sa foi, la Mission du Fils envoyé par le Père. Mais, par le fait qu'une personne reçoit en elle, par la foi, la Mission du Fils, cette même personne devient l'Eglise : «De sa nature, l'Eglise, durant son pélerinage sur terre», c'est-à-dire dans la vision de foi, «est missionnaire, puisqu'elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père.» (Concile Vatican II, Décret "Ad gentes", n. 2) «Cette mission continue et développe au cours de l'histoire la mission du Christ lui-même.» (ibid., n. 5) C'est ce que confirment ces paroles que le Christ adressa à son Père en parlant des Apôtres, fondements de l'Eglise : «Ils ont vraiment admis que je suis venu de toi, et ils ont cru que c'est toi qui m'as envoyé.» (Jn. 17, 8) Donc, on peut dire que Marie, en recevant en perfection le caractère du Don, autrement dit en recevant en elle en perfection la Mission du Fils, Marie devient l'Eglise en perfection.
Mais ce qu'il importe de remarquer, c'est que Marie ne devient pas l'Eglise en perfection pour elle-même, mais pour les autres membres de l'Eglise. En effet, par la réception du caractère du Don, ou de la Mission du Fils, Marie devient Médiatrice. Marie, dans le Mystère de l'Incarnation, peut être appelée ambassadrice de tout le genre humain : elle représente effectivement tous et chacun des hommes et des femmes qui auront vécu sur terre depuis la création jusqu'à la fin des temps. A ce sujet, Saint Thomas d'Aquin déclare : «Congruum fuit Beatae Virgini annuntiari, quod esset Christum conceptura, (...) ut ostenderetur esse quoddam spirituale matrimonium inter Filium Dei, et humanam naturam : et ideo per annuntiationem expectabatur consensus Virginis loco totius humanae naturae.» (En français : "Il convenait que la conception du Christ fut annoncée à la Bienheureuse Vierge, (...) afin que soit mise en évidence l'existence d'un certain mariage spirituel entre le Fils de Dieu et la nature humaine ; c'est pourquoi, par l'annonciation, on attendait le consentement de la Vierge au nom de toute la nature humaine.") (Summa Theologica, IIIa, q. 30, a. 1, corp.) De plus, par sa nature propre, tout médiateur n'agit pas pour lui-même, mais bien pour les termes extrêmes qu'il unit. Enfin, comme Marie reçoit la Parole de Dieu spirituellement et en "espérance", Marie ne peut pas ne pas agir comme médiatrice pour toutes et chacune des personnes humaines dans l'attente de la rédemption jusqu'à la fin des temps : son espérance porte son intention jusqu'à cet instant ultime où il n'y aura plus de temps. Donc, Marie, en recevant en perfection le caractère du Don, devient l'Eglise en perfection pour les autres membres de l'Eglise qu'elle unit au Christ et entre eux : Marie, en devenant Médiatrice, réalise en elle toute l'Eglise en perfection, l'Eglise comprise comme la plénitude et la totalité des membres du Corps mystique du Christ.
Nous voyons donc que la révélation que Dieu fait de lui-même en Luc 1, 35, révélation qui est une explication donnée à Marie pour réduire l'opposition de sa foi, a pour but non seulement la conception du corps du Christ, conception proprement corporelle, mais encore et surtout la conception du corps mystique du Christ, conception proprement spirituelle. C'est donc la conception du Christ Total, Tête et Corps, que l'Esprit-Saint veut accomplir avec Marie son Epouse. C'est là l'enjeu et le but de ce combat mené par Dieu contre l'homme, c'est là «ce dessein mystérieux qui depuis toute éternité se trouvait caché en Dieu, le créateur de toutes choses» (Ep. 3, 9).
Pour conclure, nous pouvons maintenant comprendre d'une manière plus approfondie cette sentence de Saint Augustin, que nous avons déjà citée : «Beatior est Maria percipiendo fidem Christi, quam concipiendo carnem Christi.» (En français : "Marie est plus heureuse en recevant la foi du Christ qu'en concevant le corps du Christ") (Lib. De Virginitate, cap. 3 - cité par Saint Thomas - voir page 9). Marie a été plus heureuse en concevant dans son esprit «une multitude de frères» (Rm. 8, 29), «enfants de Dieu et cohéritiers du Christ» (ibid. 8, 17), qu'en concevant l'unique «Fils de Dieu» (Lc. 1, 35).

Page n° 13 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Dans mon avant-dernière page sur la Très Sainte Trinité, c'est-à-dire la page n. 11, j'écrivais : "Il nous faut donc encore considérer trois éléments : premièrement, quel est l'obstacle proprement humain qui puisse être opposé à la toute-puissance divine ; deuxièmement, quel est l'enjeu, et le but de ce combat mené par Dieu contre l'homme, c'est-à-dire quel est «ce dessein mystérieux qui depuis toute éternité se trouvait caché en Dieu, le créateur de toutes choses» (Ep. 3, 9) ; troisièmement enfin, quel est le moyen employé par la Sagesse divine pour vaincre la résistance de l'homme et arriver à réaliser son «dessein éternel» (Ep. 3, 11)."
Parmi les trois éléments qui viennent d'être mentionnés, deux ont été considérés, respectivement, au cours de la page n. 11, et au cours de la page n. 12. Nous allons maintenant envisager le troisième élément, dans cette page, ainsi que dans les suivantes, donnant au lecteur, par la même occasion, l'opportunité de se rappeler tout ce qui a été dit précédemment au sujet de la médiation de Marie relativement à la participation de la créature humaine à la vie divine trinitaire.
Disons tout de suite que ce moyen employé par la Sagesse divine pour vaincre la résistance humaine de Marie qui objectait son voeu de virginité lorsque Dieu, par l'entremise de l'Ange Gabriel, lui proposait de devenir la Mère du Sauveur, ce moyen n'est autre que ces autres paroles de l'Ange Gabriel qui, au nom du Seigneur, dit à Marie : «L'Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. Aussi l'être saint qui naîtra de toi sera-t-il appelé Fils de Dieu.» (Lc. 1, 35)
Cette traduction française de Luc 1, 35 est très correcte, car elle rend très bien le texte de Saint Jérôme, dans la Vulgate : «Spiritus sanctus superveniet in te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te Sanctum, vocabitur Filius Dei.» Notons que Saint Jérôme a opté pour la version grecque complémentaire «EK SOU» (qu'il a traduit en latin par "ex te"), qui ne se trouve pas dans tous les manuscrits. Cependant, elle a son importance : nous le verrons ci-dessous.
Luc 1, 35 comporte deux phrases distinctes reliées entre elles par une conjonction : «Aussi» (En latin : "Ideo"), qui veut dire ici : «C'est pourquoi». Le choix de ce petit mot est très à propos : il veut dire que la deuxième phrase est l'explication de la première. En effet, la première phrase nous parle surtout de l'Esprit-Saint et de Marie, c'est-à-dire des principes ou causes entrant en action pour la conception du Christ. La deuxième phrase nous décrit quel sera le résultat, ou l'effet, des principes ou causes mentionnés dans la première phrase : cette deuxième phrase nous parle presqu'exclusivement du Christ. Or, toute cause est connue par ses effets. Il s'ensuit que la connaissance du contenu de la deuxième phrase est destinée à expliquer et à mettre en lumière le contenu de la première phrase. C'est donc par l'analyse des mots de la deuxième phrase que nous allons commencer ce commentaire de Luc 1, 35.
Saint Jérôme a mis en relief, par une majuscule, le mot principal de la deuxième phrase de Luc 1, 35 : «Sanctum», «l'être Saint». Nul doute sur l'identité de ce «Saint» : c'est le Christ, le Verbe incarné. Mais ce mot principal est qualifié d'un complément : «qui naîtra de toi», expression assez surprenante, à première vue, pour les circonstances présentes. En effet, Marie vient de faire remarquer à l'Ange qu'elle «ne connaît point d'homme» (Lc. 1, 34). Or, l'homme est nécessaire à la femme pour que celle-ci conçoive en elle un enfant, et non pour qu'elle mette au monde sa progéniture. La réponse de l'Ange ne semble donc pas correspondre à la demande de Marie, puisque le contenu de cette réponse nous avance dans le temps et nous conduit directement au mystère de la Nativité du Christ.
Voyons donc ce qui se passa neuf mois après l'événement de l'Incarnation. «En ce temps-là, ... Joseph quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée vers la ville de David, nommée Bethléem ... pour se faire inscrire avec Marie devenue son épouse, alors enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, son terme arriva, et elle mit au monde son fils premier-né.» (Lc. 2, 1-7) Dans le mystère de la Nativité, Marie «met au monde son fils», c'est-à-dire que Marie donne le Christ au monde, à ce monde qui est «tout le peuple» de Dieu dont parle l'Ange dans son discours aux bergers des environs de Bethléem : «Je vous porte la bonne nouvelle d'une grande joie qui va toucher tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur.» (Lc. 2, 10-11) Autrement dit, le Christ vient au monde par Marie : il se donne à son Peuple par la médiation de sa Mère. Dans le mystère de la Nativité, Marie agit donc en Médiatrice entre le Christ et le Peuple de Dieu : la personne même de Marie, dans le sein de laquelle le Christ était renfermé, sert de moyen et d'intermédiaire entre le Fils de Dieu fait chair et tout le Peuple de Dieu. Nous voyons donc pourquoi Saint Jérôme a cru bon d'ajouter l'expression «EK SOU» (de toi) dans la deuxième phrase de Luc 1, 35 : la Nativité du Seigneur met en lumière la personne même de Marie.
Par le fait que le Père envoie son Fils dans le monde, l'Alliance entre la Divinité et la nature humaine est conclue et existe dans la Personne du Christ. Aussi, dans le Mystère de la Nativité, en mettant le Christ au monde, on peut dire que Marie transmet, de la Tête aux membres du Corps mystique du Christ, l'Alliance entre Dieu et son Peuple. Autrement dit, par Marie, l'Alliance entre la Divinité et la nature humaine s'étend de la Personne du Christ à chacune des personnes qui forment le Peuple de Dieu. Ceci détermine par le fait même quel est le fondement de la médiation de Marie : il s'agit de l'Alliance dans le Christ. Considéré comme «unique médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Tim. 2, 5), le Christ est le fondement ou le terme initial de la médiation de Marie.
Ce fondement existe depuis l'Incarnation du Verbe, depuis qu'est arrivée «la plénitude du temps» (Ga. 4, 4). Mais ce même fondement ne fut révélé et manifesté au monde qu'au moment de la naissance du Christ. Ainsi, l'Annonce faite à Marie seule lors de l'Incarnation, reçoit son extension lors de la Nativité. C'est ce dont la Liturgie de Noël témoigne par l'antienne suivante : «Angelus ad pastores ait : Annuntio vobis gaudium magnum : quia natus est vobis hodie Salvator mundi, alleluia.» (En français : "L'Ange dit aux bergers : Je vous annonce une grande joie : aujourd'hui, le Sauveur du monde est né pour vous, alleluia.")
Mais ce qu'il importe de remarquer ici, c'est qu'au moment précis où le Christ est né, il n'y a qu'une seule personne présente : Joseph, «de la maison et de la famille de David» (Lc. 2, 4). C'est la première personne qui bénéficie de la médiation de Marie : Joseph reçoit le premier, par Marie, l'Alliance entre Dieu et l'homme réalisée dans le Christ. Et s'il est le premier, c'est parce que Marie est devenue son épouse (Lc. 2, 5) et lui, l'époux de Marie : Joseph a ainsi le droit et le devoir d'assister Marie et d'être présent auprès d'elle en ce moment suprême où «elle mit au monde son fils premier-né» (Lc. 2, 7).
Joseph, époux de Marie, est la première personne à recevoir en elle l'Annonce faite à Marie. Autrement dit, Joseph est le premier ou le «prince de ses frères» (Gn. 49, 26). Comme il appartient en propre aux Apôtres d'avoir été établis «princes sur toute la terre» (Ps. 44, 17), Joseph est en quelque sorte semblable aux Apôtres, bien qu'il n'ait jamais reçu les pouvoirs qui furent propres aux Apôtres eux-mêmes. Mais, considéré comme le premier appelé à participer, par Marie, à l'Alliance dans le Christ, nous pouvons considérer Joseph comme faisant partie intégrante du collège apostolique.
Cependant, comme Joseph est absolument la seule personne présente lors de la Nativité du Christ, Joseph vient avant tous les autres Apôtres, et, en ce sens, il peut être dit le modèle des Apôtres. Tout ce qui s'applique aux Apôtres, convient donc d'abord à Joseph, et en particulier, le texte suivant : «Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et palpé de nos mains touchant le Verbe de vie - car la vie est apparue et nous l'avons vue ; nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous est apparue - ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons afin que vous soyez, vous aussi, en communion avec nous.» (1 Jn. 1-3) Enfin, comme l'Eglise est fondée «sur les Apôtres» (Ep. 2, 20), nous voyons que Joseph, époux de Marie, est le modèle de tous les membres du Peuple de Dieu qui, par Marie, reçoivent en eux l'Annonce faite à Marie. Joseph doit donc être considéré comme le terme final de la médiation de Marie.

Page n° 14 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Les mots «l'être saint qui naîtra de toi» (Lc. 1, 35) nous ont permis de déterminer le terme initial et le terme final de la médiation de Marie : le Christ-Médiateur et Joseph, époux de Marie (voir page n. 13). Comme tout médiateur, en raison de sa position milieu, est défini par les termes extrêmes qu'il unit, «l'être saint qui naîtra de toi» sont l'expression pleine et entière de la médiation de Marie. Or, ces mêmes mots sont le sujet grammatical de la deuxième phrase de Luc 1, 35. On peut donc considérer que toute cette deuxième phrase traite de la médiation de Marie. Mais, comme la deuxième phrase de Luc 1, 35 n'est que l'explication de la première phrase, c'est tout le passage scripturaire de Luc 1, 35 qui traite de la médiation de Marie : c'est le texte le plus clair et le plus explicite relatif au rôle de Marie dans l'economie du salut en Christ Sauveur, dans l'Esprit, pour la Gloire du Père.
La deuxième phrase de Luc 1, 35, en tant qu'explication de la première, peut être dite le fondement de l'action décrite dans cette même première phrase. Or, le Christ est le «seul médiateur entre Dieu et les hommes» (1 Tim. 2, 5) : il est l'Alliance entre la Divinité et l'humanité, il est tout à la fois Dieu et homme. En ce sens, le Christ est Celui qui permet l'union entre Dieu et tout homme, quel qu'il soit. Ici, en particulier, le Christ est Celui qui permet à l'Esprit-Saint et à Marie de s'unir entre eux : il est le fondement de l'Alliance entre l'Esprit-Saint et Marie. Comme le Christ, dans sa relation à Marie sa Mère, est décrit dans la deuxième phrase de Luc 1, 35, et comme nous considérons cette même deuxième phrase en tant que fondement de la première phrase, il s'ensuit que l'action décrite dans la première phrase n'est autre que l'Alliance contractée dans le Christ entre l'Esprit-Saint et Marie. Ainsi, cette analyse de Luc 1, 35, montre, entre autres, ce que nous avons déjà énoncé antérieurement, savoir : que Marie est Médiatrice dans la mesure où elle est épouse de l'Esprit-Saint et dans la mesure où le Christ-Médiateur est le fondement de sa médiation.
La personne du Christ réalise en elle l'Alliance entre la nature Divine et la nature humaine : le Christ est à proprement parler l'Alliance ou le mariage contracté entre l'Esprit-Saint et Marie. On voit par là que, tout en oeuvrant pour la conception du Christ, les principes de cette conception, c'est-à-dire l'Esprit-Saint et Marie, agissent également pour contracter Alliance entre eux. Cela veut dire que, aussitôt que le Christ est conçu, autrement dit dès qu'il existe entre le Christ et Marie, un lien vital et organique, l'Alliance entre l'Esprit-Saint, qui repose en plénitude sur le Christ, et Marie est conclue d'une manière absolument indissoluble : l'Esprit-Saint et Marie «ne sont plus deux, mais une seule chair» (Mt. 19, 6), laquelle a été assumée par le Verbe lorsqu'il «s'est fait chair» (Jn. 1, 14). Il faut donc considérer le Christ comme étant tout à la fois, d'une part, le fruit génital ou l'effet résultant de l'action des deux principes ou causes que sont l'Esprit-Saint et Marie, et d'autre part, l'Alliance légitime et indissoluble entre ces mêmes principes.
Dans ce que nous venons de dire, il faut surtout remarquer que, au moment où l'Esprit-Saint et Marie s'adressent réciproquement leur consentement pour la conception du Christ, ils ne sont pas encore mariés, puisque le Christ, leur Alliance, n'est pas conçu. Les consentements des deux parties ne peuvent être prononcés qu'en espérance, et non en réalité, sinon l'enfant qui aurait été conçu serait illégitime. La note d'espérance est donc fondamentale pour comprendre et expliquer les consentements échangés avant l'Incarnation du Verbe. En voici les conséquences.
Premièrement, quant au consentement de l'Esprit-Saint exprimé en Luc 1, 35, les verbes utilisés sont tous au futur : «viendra (superveniet)», «couvrira de son ombre (obumbrabit)», «sera appelé (vocabitur)». Il s'agit bien d'une promesse formelle concernant un événement non encore réalisé. Or, ce qui doit advenir, ce qui est promis, c'est la conception du Christ, Fils de Dieu. Donc, le consentement de l'Esprit-Saint exprime la génération charnelle du Fils de Dieu en espérance. Mais, comme le Corps mystique du Christ tout entier est conçu en même temps que le Christ lui-même (voir page n. 12), le consentement de l'Esprit-Saint exprime aussi la conception mystique du Christ en espérance. Or, «per gratiam regeneramur in filios Dei» (En français : "C'est par la grâce que nous sommes régénérés en fils de Dieu.") (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia IIae, q. 110, sed contra), non pas encore en certitude, mais seulement en espérance. Donc, quant au consentement de l'Esprit-Saint, Luc 1, 35 exprime aussi bien la promesse formelle de la conception du Christ-Tête que la grâce sanctifiante nécessaire à la conception de tout le Corps mystique du Christ.
Deuxièmement, quant au consentement de Marie, exprimé en Luc 1, 38, le mode utilisé pour la réponse à l'Ange est celui du souhait et de la prière : «qu'il me soit fait...» (Lc. 1, 38) Comme la prière est le moyen privilégié pour exprimer ce que l'on espère, la note d'espérance se retrouve en plénitude dans le consentement de Marie en Luc 1, 38. Mais, comme l'espérance repose sur la foi informée par la charité, Marie, par sa prière, exprime aussi sa foi : «Par sa foi et son obéissance qu'elle a engendré sur la terre le Fils du Père, sans perdre sa virginité, enveloppée par l'Esprit-Saint, comme une nouvelle Eve qui donne, non à l'antique serpent, mais au Messager de Dieu, une foi que nul doute n'altère.» (Concile Vatican II, Constitution "Lumen gentium", n. 63) Ainsi, par son consentement ou réponse donnée à la parole de l'Ange, Marie exprime sa foi, une foi parfaite, «une foi que nul doute n'altère». Autrement dit, Marie accueille en perfection la parole de l'Ange, qui est l'expression de la vérité parfaite ou objective révélée par Dieu. Marie, par son consentement, reçoit donc tout ce que la parole de l'Ange signifie, notamment les grâces nécessaires à la conception de tout le Corps mystique du Christ. Or la foi elle-même est nécessaire à la conception des enfants adoptifs de Dieu, selon ces paroles : «A tous ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en lui, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.» (Jn. 1, 12) Notons qu'il s'agit d'un "pouvoir de devenir enfants de Dieu" : la foi est nécessaire pour la conception du Corps mystique "en espérance". Il s'ensuit que Marie, en Luc 1, 38, exprime tant son consentement à la conception du Christ-Tête que sa foi parfaite nécessaire à la conception de tout le Corps mystique du Christ.
Ajoutons encore, qu'en vertu de cette note d'espérance qui accompagne les consentements de l'Esprit-Saint et de Marie, ces mêmes consentements ne réalisent rien au moment même où chacun d'eux est prononcé, pour ce qui regarde le Christ-Tête ; mais que, par contre, pour ce qui concerne le Corps mystique du Christ, les deux consentements produisent chacun une réalité distincte et propre. En effet, le Christ est conçu après que les deux consentements ont été échangés : la conception du Christ-Tête ne possède qu'une seule perfection qui est d'exister en réalité. La note d'espérance, en ce qui concerne le Christ-Tête, transforme chaque consentement en une simple promesse. Ainsi, lorsque l'Esprit-Saint exprime, en Luc 1, 35, la conception du Christ en espérance, il ne réalise rien : il promet seulement.
Mais, pour ce qui regarde la conception du Corps mystique du Christ, il en va tout autrement. En effet, le Corps mystique du Christ possède deux modes d'existence : un mode parfait, par la grâce seule, et un mode plus parfait, par la grâce et les sacrements qui impriment un caractère. C'est-à-dire que le Corps mystique du Christ peut exister en espérance, par la grâce, et en réalité, par la grâce et le caractère sacramentel. Il s'ensuit, premièrement, quant au consentement de l'Esprit-Saint, que, lorsque ce même Esprit annonce la conception du Christ mystique en Luc 1, 35, il la réalise effectivement, quoiqu'en espérance, car «il a dit, et tout a été fait» (Ps. 148, 5). Autrement dit, les paroles de l'Esprit-Saint signifient et réalisent les grâces destinées à la conception du Corps mystique du Christ : elles sont vraiment des «paroles de grâce» (Lc. 4, 22). Nous pouvons donc considérer Luc 1, 35 comme les paroles de Dieu qui contiennent réellement le don de la grâce de l'Esprit-Saint.
Nous verrons la fois prochaine, par mode de complément, tout ce qui peut encore être dit quant au consentement de Marie qui répond au consentement de l'Esprit-Saint.

Page n° 15 sur la Très Sainte Trinité
Chers amis,
Voici les dernières constatations que nous pouvons tirer de notre analyse du passage scripturaire de Luc 1, 35, analyse destinée à mettre en lumière l'économie divine quant à la participation de sa propre vie que Dieu réserve à l'homme, et notamment ici à Marie, la Mère de Jésus.
Après que l'ange a fait son premier discours servant d'introduction (Lc. 1, 30-33), Marie fait observer qu'elle «ne connaît point d'homme» (Lc. 1, 34), c'est-à-dire qu'elle a fait voeu de virginité. Or, le voeu de virginité ou de chasteté n'est pas autre chose qu'une offrande de soi, corps et âme, et, par là même, ce voeu est l'expression la plus haute et la plus profonde de la foi de celui qui s'offre ; nous en avons déjà parlé précédemment. Donc, Marie, en objectant son voeu de virginité, manifeste qu'elle a déjà donné sa foi à Dieu, sa foi complète, corps et âme. Or, nous venons de voir que le consentement de Lc. 1, 38 est aussi une expression de la foi de Marie par laquelle elle s'en remet tout à Dieu (voir page n. 14). Par conséquent, notre dernière considération de Lc. 1, 35 va consister à comparer les deux consentements de Marie : le premier, qui précède Lc. 1, 35, est le consentement par lequel Marie exprime son voeu de virginité ; le second, qui suit Lc. 1, 35, est le consentement par lequel Marie exprime tout à la fois son voeu de virginité et son intention d'être Mère du Christ.
Par son premier consentement ou voeu de virginité, Marie offre à Dieu toute sa personne. Considéré comme expression de sa foi, qui est d'ordre proprement spirituel, le consentement de Marie se réduit à l'offrande de son âme. Or, «la Vierge de Nazareth est saluée, par l'ange de l'Annonciation, qui parle au nom de Dieu, comme "pleine de grâce" (cf. Luc 1, 28)» (Concile Vatican II, Constitution "Lumen gentium", n. 56) : Marie reçoit de Dieu son nom, c'est-à-dire ce qui caractérise toute sa personne. Comme la grâce est proprement un don pour l'âme, et que Marie reçut la grâce dès sa conception, on peut dire que Marie qui offre son âme à Dieu, lui remet tout en même temps sa "plénitude de grâce" : depuis sa conception, Marie rend librement grâce à Dieu, elle lui offre sa liberté agréable.
En effet, comme Marie est "sans péché", on trouve dans l'âme de Marie, tout comme en Adam, la notion d'image et de ressemblance de Dieu (cf. Gn. 1, 26) : «In homine invenitur Dei similitudo per modum imaginis secundum mentem.» (En français : "Dans l'homme, la ressemblance de Dieu par mode d'image se trouve dans son esprit.") (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia, q. 93, a. 6, corp. in fine) De plus, comme tout ce qui est esprit, est simple, la notion d'image se trouve dans l'âme tout entière. Donc, en offrant son âme, Marie offre à Dieu l'image de Dieu qui est dans son âme : elle rend «à Dieu ce qui est à Dieu» (Mt. 22, 21). Or, l'image de Dieu, qui est dans l'homme, est «constituée par la rationalité et la liberté» (S. S. le Pape Jean-Paul II, Encyclique sur l'Esprit-Saint "Dominum et vivificantem", n. 36). Comme le voeu de virginité est un acte surnaturel, l'image de Dieu offerte par Marie se réduit donc à la liberté de Marie. Enfin, comme la liberté est une propriété de la volonté, nous voyons donc que Marie, par un acte de sa volonté, offre à Dieu sa liberté.
Mais, pour être reçue par Dieu, l'âme de Marie doit être agréable à Dieu. Autrement dit, l'âme de Marie doit posséder la grâce de Dieu, car c'est elle qui rend l'homme agréable à Dieu : «Secundum communem modum loquendi tripliciter gratia accipi consuevit : uno modo pro dilectione alicujus : sicut consuevimus dicere, quod iste miles habet gratiam regis, idest rex habet eum gratum.» (En français : "Selon la mode commun de parler, on a l'habitude d'utiliser le mot grâce de trois manières : la première, en raison de l'amour porté à quelqu'un : ainsi, nous avons l'habitude de dire que ce soldat a la grâce du roi, c'est-à-dire que le roi le trouve aimable.") (Saint Thomas, Summa Theologica, Ia IIae, q. 110, a. 1, corp.) Comme l'offrande de l'âme de Marie peut se réduire à l'offrande de la liberté de Marie par un acte de sa volonté, on peut dire que la grâce de Dieu rend agréable à Dieu la liberté de Marie : par son voeu de virginité, Marie offre à Dieu sa liberté "agréable", ou sa liberté avec la grâce de Dieu. Autrement dit, Marie rend librement "grâce à Dieu".
La grâce, qui est un don de Dieu, est une sorte de «parole» (cf. Lc. 4, 22). La grâce est donc une sorte de parole de Dieu. Or, la parole de Dieu possède une «puissance» (Hebr. 1, 3). Ainsi, Marie, qui offre à Dieu sa propre personne avec sa plénitude de grâce, s'offre avec la puissance de Dieu en plénitude : par grâce, Marie est toute-puissante pour offrir sa propre personne à Dieu. Mais, comme Dieu est le principe de tout acte, nulle créature ne peut s'offrir en réalité à Dieu d'une manière personnelle tant que Dieu ne s'est pas offert à l'homme d'une manière personnelle, tant que l'Esprit-Saint, qui est la Personne-Don, ne s'est pas communiqué à la créature. Or, c'est précisément ce que Lc. 1, 35 exprime : par ces paroles de l'ange Gabriel (Gabriel veut dire "force de Dieu"), l'Esprit-Saint, qui est la Puissance de Dieu, se donne lui-même à la créature qu'il s'est choisie pour épouse en vue de la conception du Christ-Homme : Marie. Par conséquent, le consentement de Marie après Lc. 1, 35 peut désormais s'opérer avec la plénitude de la Puissance de Dieu, fait qui était impossible avant.
Pour résumer ce qui précède, rappelons d'abord que «pleine de grâce» (Lc. 1, 28) est le nom donné par Dieu à Marie, puisque c'est par ce vocable que l'Ange lui adresse la parole. Or, le nom est proprement ce qui désigne la personne. Donc, c'est la personne de Marie considérée en "plénitude" qui possède la grâce. Par conséquent, lorsque Marie rend grâce à Dieu, c'est toute la personne de Marie qui rend grâce à Dieu : Marie offre à Dieu sa personne en plénitude. Mais, comme la grâce est un bien surnaturel et divin, nous voyons que Marie, par son voeu de virginité et donc par sa foi devenue toute-puissante sous l'action de l'Esprit-Saint, offre en plénitude à Dieu sa personne surnaturelle ou divine (par grâce, et non par nature).
Comme Dieu est Trine en personnes, nous n'hésitons pas à affirmer que Marie, en offrant divinement sa personne en plénitude, entre, d'une manière pleine et équivalente, dans la communion Trinitaire. Ainsi, les Trois Personnes Divines par essence et Marie, divinisée par adoption et par grâce, forment la Trinité au grand complet. Saint Maximilien Kolbe, s'appuyant sur le témoignage d'un Père de l'Eglise, concluera notre étude trinitaire par ces mots : «Marie, insérée dans l'amour de la très Sainte Trinité, devient dès le premier moment de son existence et pour toujours le "complément de la Sainte Trinité".» (Sur l'Immaculée Conception, 17 février 1941)
