UNE PIERRE
DANS L'ÉGLISE DE DIEU :
KÉPHAS
par
DANIEL MEYNEN
Chanoine de Saint-Aubain
© Daniel Meynen, 1996-2007
ISBN 2-84094-224-0
ÉTUDE DU MÉDIATEUR
D'ORDRE CORPOREL
Pierre a persévéré dans la foi jusqu'au
bout.
C'est ainsi qu'il est devenu la «pierre»
inébranlable,
même si en tant qu'homme il n'était que
sable mouvant.
S.S. Jean-Paul II
TABLE DES MATIÈRES
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Pour mémoire
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Préambule
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Chapitre I
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Un seul Corps du Christ : Képhas
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Chapitre II
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L'unique médiation du Corps du Christ
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Chapitre III
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L'Ordre et l'Eucharistie
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Chapitre IV
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Hoc facite in meam commemorationem
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Chapitre V
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L'action de Marie-Médiatrice dans la Divine Trinité
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Chapitre VI
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Marie : Épouse de l'Esprit-Saint pour Képhas
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Conclusion
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Dans un précédent
ouvrage intitulé L'Eucharistie : l'Église dans le
Coeur du Christ, j'ai relaté ce que l'Esprit de Dieu
n'a permis de comprendre, dans la foi touchant le sacrement du Corps du
Christ, c'est-à-dire le moyen ou le médiateur d'ordre corporel institué par
le Seigneur, pour que Marie, sa Mère, puisse exercer son universelle
médiation.
Marie étant
l'Épouse du Pape, le Vicaire du Christ sur la terre, il me faut aussi
parler, pour être complet, de la relation existant entre le
Christ-Eucharistie et le Pontife Romain, qui sont tous deux, chacun pour sa
part, médiateurs d'ordre corporel. C'est le thème que je me propose de
développer dans le présent ouvrage, suivant toujours dans la foi ce que le
Seigneur me communique de sa Lumière.
Ce livre, comme
son contenu, sera donc directement en relation avec le précédent.
Pratiquement, lorsqu'il faudra se référer à
L'Eucharistie : l'Église dans le Coeur du Christ,
l'abréviation EECC, suivie du
numéro du paragraphe concerné, ou bien suivie du chiffre de la page (s'il
s'agit d'un texte sans numéro), sera insérée dans la logique du
raisonnement. Ainsi, étroitement liés l'un à l'autre, ces deux livres
constitueront l'un, le premier, et l'autre, le deuxième volume d'une Oeuvre
unique.
Arrivé sur le
territoire de Césarée de Philippe, Jésus questionna ses disciples : Au dire des gens, dit-il, qui est le Fils de l'Homme? Ils répondirent : Pour les uns, c'est
Jean-Baptiste ; pour d'autres, Élie; pour d'autres, Jérémie ou l'un des
prophètes. - Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?
Simon-Pierre prit la parole : Tu es le Christ,
dit-il, le Fils du Dieu vivant ! Alors Jésus prit la
parole à son tour et lui dit : Tu es heureux, Simon,
fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela,
mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon Église. (Mt. 16, 13-18)
1. Simon-Pierre, le Prince des Apôtres,
s'adresse au Christ, le Fils de Dieu qui s'est fait
chair (Jn. 1, 14), lui disant :
Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. (Mt. 16, 16)
Et ce qu'il dit, il le pense - au même moment - dans son esprit : il a
l'image du Christ en lui, selon un mode de connaissance spirituelle. Aussi,
lorsqu'il prononce ces paroles Tu es le Christ..., Pierre est en union spirituelle avec le Christ, par voie de
connaissance. Mais, avant l'événement de Césarée, et dès leur première
rencontre, le Christ lui-même avait créé une union spirituelle, par la même
voie de connaissance, entre lui et le futur Apôtre, en déclarant : Tu es Simon, fils de Jean. (Jn. 1, 42)
Cependant, en ce point de départ, Jésus donna à Simon un nom nouveau : Tu t'appelleras Képhas (ce mot signifie Pierre). (ibid.) Ce qui veut dire que le Christ connaît spirituellement
Simon par le moyen et par l'intermédiaire d'une appellation exclusivement
matérielle, ou corporelle, celle de la pierre, qui, en langue araméenne, se traduit par
Képhas. Par le fait même, dès son origine, l'union
créée par le Seigneur entre lui-même et Simon-Pierre,
quoiqu'essentiellement spirituelle, est et ne peut pas ne pas être aussi et
tout en même temps corporelle, et ce, mystiquement, c'est-à-dire, selon
l'ordre de la volonté divine. Et tout ceci vaut nécessairement lorsque
Pierre s'adresse au Christ pour lui dire : Tu es le
Christ..., puisque, juste après la profession de foi
de Pierre, le Seigneur lui réplique, pour le confirmer intérieurement : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. (Mt. 16, 18)
2. Ce qui est important à remarquer
ici, c'est que, en prononçant ces paroles Tu es le
Christ..., Pierre n'est pas seulement en union
spirituelle, et aussi corporelle, avec le Christ il est aussi, en vertu du
témoignage du Christ lui-même, en union spirituelle avec le Père, Celui
qui, éternellement, engendre le Verbe de vie. (1 Jn. 1, 1) Le Christ dit en effet, après les paroles de Pierre
: Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé
cela, mais mon Père qui est dans les cieux. (Mt. 16,
17) Ainsi, lorsque Pierre prononce ces paroles Tu es
le Christ..., le Père est en lui, qui lui parle par
mode de révélation, ou de connaissance, spirituelle et intérieure. Or, si
le Christ-Homme reçoit immédiatement du Verbe, qui est Dieu en Personne,
toute connaissance ou révélation d'ordre divin, par contre, tout autre
homme - et donc Pierre - ne peut recevoir de révélation divine que par
l'intermédiaire du Christ, le seul médiateur entre
Dieu et les hommes. (1 Tm. 2, 5) C'est d'ailleurs
pour cette raison que l'union spirituelle, par voie de connaissance, entre
le Père et Pierre, est révélée à ce dernier par le Christ en personne. Et
finalement, étant donné qu'entre le Christ et Pierre il existe - au moment
même où Pierre prononce ces paroles Tu es le Christ... - une union spirituelle, et aussi corporelle, par voie de
connaissance ou de révélation, tout ceci permet de dire que, entre le Père
et Pierre, il existe une union spirituelle, par voie de révélation, qui est
aussi et nécessairement corporelle.
3. Si, lorsque Pierre prononce ces
paroles Tu es le Christ..., il
existe une union spirituelle et corporelle entre le Père et Pierre, et
entre le Christ - qui est le Fils de Dieu incarné - et Pierre, alors il
doit aussi exister, au même moment, une union spirituelle et corporelle
entre l'Esprit-Saint et Pierre : si Pierre fait un avec le Père et un avec
le Fils, il doit nécessairement faire aussi un avec l'Esprit du Père et du
Fils. Autant dire qu'entre la Très Sainte Trinité et le Prince des Apôtres,
il existe - dans le Christ et par sa médiation - une union, qui est, quant
à son mode (de l'ordre de la connaissance ou de la révélation), tant
spirituelle que corporelle ; et que, par le fait même, toute la personne de
Pierre, considéré corps et âme dans son union au Christ, manifeste et
révèle la Très Sainte Trinité tout entière, la rendant visible et
connaissable à l'Église et au monde (et donc aussi à lui-même) par la
proclamation publique de sa foi à la parole du Père dite sans cesse dans
son Fils, sous l'action de l'Esprit-Saint. C'est là ce que nous pouvons
appeler le ministère trinitaire de Pierre en particulier, et du Pape en
général. C'est aussi là tout le sujet de notre livre, sujet qui est
pleinement contenu dans le titre que nous lui avons donné : Une pierre dans l'Église de Dieu : Képhas.
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4. Képhas est le nom donné par Jésus à Simon, le Prince des Apôtres, nom
qui - parce qu'il signifie pierre - est l'expression verbale de l'union corporelle et spirituelle
existant entre le Christ et Simon-Pierre. Et dans ce nom Képhas réside toute la racine et le
fondement du ministère trinitaire de Pierre en particulier, et du Pape en
général. Or, pour ce qui regarde l'union corporelle existant entre le
Christ et Pierre, union exprimée par le mot Képhas, c'est proprement et uniquement par le biais de la communion
eucharistique que cette union corporelle peut exister et existe réellement,
puisque, d'une part, la personne humaine étant incommunicable, on ne peut
envisager ici le Christ sous son apparence corporelle humaine, tel qu'il
est in via, et plus
précisément, tel qu'il est dans son acte d'élocution temporelle à
Simon-Pierre; et que, d'autre part, l'Eucharistie considérée comme
communion possède, de soi, un aspect proprement corporel, permettant -
relativement à la médiation de Marie (se référer à EECC, n° 103) - une
union corporelle, d'ordre mystique, entre le Christ et la personne humaine
qui communie. Ainsi, le ministère trinitaire de Pierre s'exerce pleinement
et uniquement par le biais de la communion corporelle et spirituelle au
Christ-Eucharistie (à ce sujet, voir EECC, n° 74).
5. Cependant, on ne peut absolument pas
nier que, lorsque le Christ dit à Simon Tu es Pierre
(ou Képhas) (Mt. 16, 18), le même Christ est présent,
vis-à-vis de Simon-Pierre, et ce, dans son apparence humaine, avec son
corps historique. Aussi, si l'union corporelle, et spirituelle, exprimée
par le mot Képhas, entre le
Christ et Simon-Pierre trouve sa réalisation dans la communion
eucharistique, ce ne peut être - au moment même où la parole Képhas est proférée par le Christ - selon le
mode de l'acte, mais bien selon le mode de la puissance, ou encore selon un
mode relatif à un temps futur, et non présent, ainsi que le contexte dans
lequel la parole Képhas est
dite le confirme : Sur cette pierre, je bâtirai (Mt. 16, 18), et non je bâtis ; Tu
t'appelleras Képhas (Jn. 1, 42), et non tu t'appelles. Par le fait même, dans la
mesure où la parole Képhas est
l'expression verbale de l'union corporelle, et spirituelle, entre le
Christ-Eucharistie et Simon-Pierre, cette même parole
Képhas signifie par elle-même et en elle-même, de par
la volonté du Christ - qui est Dieu - que cette parole manifeste
extérieurement, que le Prince des Apôtres est et ne peut pas ne pas être,
en ce moment même où le Christ lui parle, en puissance par rapport à l'acte
sacramentel - corporel et spirituel - de la communion eucharistique. Mais,
étant donné le caractère extérieur de la parole Képhas considérée dans son essence de parole vocale ; et étant donné
aussi, et plus encore, le caractère corporel et matériel de la parole Képhas considérée dans son rapport essentiel
avec la réalité corporelle de la pierre que cette même parole exprime; il faut affirmer nettement que la
parole Képhas, dite par le
Christ à Simon-Pierre, ne peut pas ne pas signifier et exprimer, de soi,
que Simon-Pierre est - par rapport à l'acte de la communion eucharistique -
en puissance, qui est, spirituellement passive et corporellement active, et
ce, d'une manière une et indissociable, en vertu du caractère simple et un
de la personne humaine, dont la parole Képhas est l'expression en tant que nom. Ceci revient à dire que, en
disant à Simon : Tu es Pierre (ou Képhas) (Mt. 16, 18), le Christ lui confère le pouvoir ministériel et
sacerdotal relatif à l'acte de la communion eucharistique, pouvoir qui est
de l'ordre de la grâce, puisque le Christ vient de dire : Tu es bienheureux, Simon. (Mt. 16, 17)
6. Képhas est l'expression verbale en vertu de laquelle Simon-Pierre est en
puissance de communier corporellement et spirituellement au
Christ-Eucharistie. Or, étant donné que ce que Dieu dit dans le Christ, qui
est le Verbe incarné, il le fait (puisqu'il est écrit : Il a dit, et tout a été fait (Ps. 32, 9 -
148, 5 - consulter EECC, n° 37)), on doit penser et croire sans aucun doute
que, par le moyen et par l'interrmédiaire de la parole Képhas, le Christ - qui est Dieu - réalise
effectivement, quoique mystiquement (voir n° 1), une union corporelle, et
spirituelle, entre lui-même, considéré dans son Eucharistie, et la personne
de Simon-Pierre. Autrement dit, il apparaît clairement que Képhas est l'expression verbale en vertu de
laquelle Simon-Pierre est en acte de communion corporelle et spirituelle au
Christ-Eucharistie. Par conséquent, étant donné que la vie divine, telle
qu'elle nous est révélée dans le Christ, et telle qu'elle nous est
communiquée dans l'Eucharistie, est tout à la fois et indissociablement
acte et puissance (se référer à EECC, n° 43), il faut conclure finalement
que Képhas est l'expression
verbale en vertu de laquelle Simon-Pierre est tout à la fois et
indissociablement en acte et en puissance de communier corporellement et
spirituellement au Christ-Eucharistie.
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7. Dans le cadre du ministère
trinitaire de Pierre, Képhas
est l'expression verbale de l'union corporelle et spirituelle entre le
Christ-Eucharistie et Simon-Pierre, union qui est tout à la fois en acte et
en puissance. Or, l'Eucharistie étant corporellement une nourriture, et
toute nourriture étant unie d'une manière absolument simple et une - par le
principe de la vie - au sujet qui se nourrit, on peut affirmer sans hésiter
que, dans l'acte d'union corporelle, et spirituelle, entre le
Christ-Eucharistie et Simon-Pierre, l'expression verbale Képhas. Si elle s'attribue à Simon-Pierre,
elle doit s'attribuer aussi et nécessairement au Christ-Eucharistie,
c'est-à-dire au Christ considéré tant comme Parole de Dieu, que comme
nourriture (voir notre livre EECC, n° 49). C'est pourquoi Pierre dit
lui-même du Christ qu'il est la pierre vivante (1 P. 2, 4), ou encore la pierre qui, parce quelle est
nourriture, donne la vie sous un mode proprement corporel. Donc, Képhas ne peut pas ne pas être l'expression
verbale de l'union corporelle réciproque entre le Christ-Eucharistie et
Simon-Pierre : Képhas exprime
ensemble et tout en même temps l'union corporelle, et spirituelle, du
Christ - considéré dans l'Eucharistie - avec Simon-Pierre, et l'union
corporelle, et spirituelle, de Simon-Pierre avec le Christ-Eucharistie.
8. Si le mot
Képhas sert d'expression verbale de l'union
corporelle, et spirituelle, réciproque entre le Christ-Eucharistie et
Simon-Pierre, il sert aussi, semblablement, d'expression verbale de l'union
corporelle entre le Pape et l'Église considérée en la personne des
Cardinaux lors du conclave d'élection, et en l'universalité du Peuple de
Dieu dans la reconnaissance du nouveau Pontife. Or, par le fait que le Pape
reçoit de l'Église le nom de Képhas, c'est-à-dire le même nom que Simon-Pierre, le premier Pape, il
est permis de dire que le Pape, dans l'exercice de son ministère, est
personnellement semblable à Simon-Pierre, et ce, en vertu du caractère
individuel de la personne humaine dont le nom est, de soi, toute
l'expression. Par le fait même, il est clair que le Pape, dans l'acte de
son élection, est et ne peut pas ne pas être uni au Christ-Eucharistie,
selon le mode de la puissance en vertu de l'action de l'Église qui lui
impose le nom de Képhas, et
aussi - d'une manière une et indissociable (voir n° 6) - selon le mode de
l'acte en vertu de l'action du Christ, qu'il faut nécessairement supposer
agir ici, en tant que Dieu, en union simple et une avec l'Église, et ce, en
raison du même fait de l'absolue indissociabilité de la puissance et de
l'acte relativement à la communion eucharistique du Pape en général, et de
Pierre en particulier (voir n° 6). Ainsi, on doit affirmer nettement que,
lorsque l'Église impose au Pape le nom de Képhas, elle l'impose aussi et nécessairement au Christ considéré dans
son Eucharistie, le Pape et le Christ-Eucharistie étant alors unis
simplement entre eux. Mais, c'est le propre du Pape, en tant qu'il est
ministériellement semblable à Simon-Pierre, d'imposer au Christ - dans la
communion eucharistique - le nom de Képhas (voir n° 7). Par conséquent, lorsque l'Église impose au Pape le
nom de Képhas, en l'imposant
aussi au Christ-Eucharistie, elle agit comme le Pape, et en son nom. Ce qui
revient à dire que, lorsque l'Église impose au Pape le nom de Képhas, le Pape, lui, impose à l'Église le
même nom de Képhas, qui est le
sien propre. C'est pourquoi Pierre appelle les fidèles chrétiens pierres vivantes (1 P. 2, 5), tout comme le
Christ pierre vivante (1 P. 2,
4). Par le fait même, Képhas
est l'expression verbale de l'union corporelle, et spirituelle, réciproque
entre le Pape, semblable - quant à son ministère - à Simon-Pierre, et
l'Église : Képhas exprime
ensemble et tout en même temps l'union corporelle, et spirituelle, de
l'Église avec Simon-Pierre (en la personne du Pape, Vicaire du Christ), et
l'union corporelle, et spirituelle, de Simon-Pierre avec l'Église.
9. De tout ce qui précède, il est aisé
de conclure que, si Képhas est
l'expression verbale de l'union corporelle, et spirituelle, réciproque
entre le Christ-Eucharistie et Simon-Pierre, et si cette même appellation
est l'expression verbale de l'union corporelle, et spirituelle, réciproque
entre Simon-Pierre et l'Église, alors, par le moyen et par l'intermédiaire
de l'expression verbale Képhas,
les deux unions susdites sont simplement semblables entre elles, et par le
fait même, le Christ-Eucharistie et l'Église sont, eux aussi, simplement
semblables corporellement, c'est-à-dire relativement à l'appellation
corporelle Képhas, l'Église est le corps du Christ (1 Co. 12, 27). Et
finalement, comme l'appellation Képhas n'est autre que le propre nom du premier Pape, et donc, tout ce
qui exprime son être personnel, il est hors de doute que la personne de
Simon, en tant que Pierre, ou Képhas (c'est-à-dire considéré dans
l'exercice de son ministère trinitaire), est médiateur d'ordre corporel,
d'une manière mystique (relativement à la volonté de Dieu manifestée par le
Christ en personne - voir n° 1), entre le Christ-Eucharistie (qui suppose,
de soi, la personne du Christ historique) et l'Église, selon un mode
pleinement réciproque, du Christ-Eucharistie vers l'Église, et de l'Église
vers le Christ-Eucharistie. C'est là tout le sens du sous-titre de notre
livre : étude du médiateur d'ordre corporel. C'est aussi là
l'accomplissement de ce que nous avons annoncé dans notre premier volume,
au n° 4.
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10. Tel qu'il apparaît dans l'épisode
de Césarée, le ministère trinitaire de Képhas s'exerce, tout à la fois et
indissociablement, par le moyen de son corps matériel et organique et par
celui de son âme spirituelle sanctifiée par la grâce (voir n° 3).
C'est-à-dire que l'Apôtre Pierre participe corps et âme au mystère du Dieu
un et trine révélé aux hommes dans le Christ, et notamment à lui, Pierre,
lors de l'épisode de Césarée. Or, il est hors de doute que Pierre, qui fait
partie de tous ceux qui - en Adam - ont péché (cf. Rm. 5, 12), ne peut
entrer corporellement en participation au mystère trinitaire que dans la
mesure où son corps est réunifié par sa résurrection, devenu ainsi de
nouveau semblable à la Trinité des Personnes en un seul Dieu (à ce sujet,
consulter EECC, n° 33). C'est ce que le Seigneur lui-même a parfaitement
déclaré à Pierre, lorsqu'il lui a dit, relativement à son ministère
trinitaire : Ce n'est pas la chair et le sang qui
t'ont révélé cela (Mt. 16, 17), voulant manifester
par là que le corps vivant (contenant le sang) de Pierre est alors dans
l'impossibilité de révéler, par ce qu'il est, l'image de Dieu-Trinité, dont
il est l'expression dès la Création, mais expression qui, depuis le péché
originel, est défigurée et obscurcie. Ainsi, il est tout à fait clair que
le ministère trinitaire de Képhas ne peut s'exercer d'une manière
pleinement corporelle (selon un mode manifeste et visible, correspondant
pleinement à la notion de corps)
qu'à la fin des temps, au temps de la Résurrection des Corps.
Mais, étant donné
que Marie-Médiarice (parce qu'Elle est simplement semblable, corps et âme,
à Dieu-Trinité - voir EECC, nos
32 et 33) ne fait absolument qu'un avec la Très Sainte Trinité, lorsque
Képhas, à la fin des temps, révèle corporellement le Dieu un et trine, il
ne peut pas ne pas révéler aussi et tout en même temps Marie-Médiatrice, et
ce, d'une manière pleinement corporelle. Or, relativement à la Divine
Trinité (que Marie-Médiatrice révèle par le biais de l'acte de la communion
eucharistique - consulter EECC, n° 26), la même Marie-Médiatrice doit être
considérée, de soi, comme l'Épouse du Pontife Romain, et donc, comme
l'Épouse de Képhas (voir EECC, nos 69 et 74). Donc, comme, d'une part, Marie-Médiatrice est révélée
corporellement par Képhas, lorsqu'il exerce son ministère trinitaire à la
fin des temps ; et comme, d'autre part, l'époux et l'épouse ne font plus
entre eux, de soi, qu'une chair
(Gn. 2, 24) ; il est clair que Képhas, en tant que médiateur d'ordre
corporel à la fin des temps, révèle et Marie-Médiatrice, et lui-même (tous
deux étant époux et épouse l'un de l'autre), et ce, dans l'exercice en acte
de son ministère trinitaire. Par le fait même, Képhas, à la fin des temps,
manifeste au grand jour, d'une manière visible et matérielle, dans
l'exercice de son ministère trinitaire, l'union sponsale, d'ordre mystique,
existant entre le Pontife Romain et Marie-Médiatrice.
11. Mais l'action ministérielle
trinitaire de Képhas, telle que nous venons d'en parler (voir n° 10), s'est
déjà réalisée dès avant la fin des temps proprement dite : l'union sponsale
mystique entre le Pape et Marie-Médiatrice a déjà reçu un certain caractère
matériel, ou corporel, et donc, visible et manifeste par la publication
d'un livre qui en parle, celui que nous avons écrit et qui s'intitule : L'Eucharistie : l'Église dans le Coeur du Christ (voir, entre autres, le n° 71). Aussi peut-on affirmer que ce que
nous avons rédigé concernant cette union sponsale entre le Pontife Romain
et Marie-Médiatrice est l'Oeuvre de Képhas en personne, et pareillement,
que ce que nous disons en général de Marie-Médiatrice elle-même, ou du Pape
en tant que tel, est aussi son Oeuvre, puisque l'union sponsale est
relative à ce qu'il y a de plus intime dans la personne humaine, et que
celui qui révèle ce qu'il y a de plus intime dans une personne est le même
qui révèle ce qu'il y a de plus général dans cette personne, étant alors
celui qui en a pénétré toute l'individualité.
Partant, le
présent livre (qui ne fait qu'une unique Oeuvre avec notre premier volume),
livre dans lequel nous étudions le ministère trinitaire de Képhas considéré
comme médiateur d'ordre corporel, est l'Oeuvre de Pierre, le Prince des
Apôtres, celui que le Christ a choisi pour être, en tant que Képhas, le fondement de son Église (cf. Mt.
16, 18) : nous allons voir dans cet ouvrage tout ce que Képhas dit de Marie
et de lui, dans leur relation commune avec l'Église, tous deux étant les
ministres de cet édifice mystique dont ils font en même temps partie.
Ainsi, dans les
deux premiers chapitres, la fonction de Marie-Médiatrice touchant, de soi,
l'édification de l'Église dans le Christ apparaîtra sous l'angle de vue de
Képhas, c'est-à-dire jouissant, d'une manière simple et une, du caractère
papal : nous verrons ce que dit Pierre au sujet de Marie-Médiatrice
exerçant papalement sa médiation. Dans les deux chapitres suivants, le
ministère trinitaire de Képhas ordonné, de soi, à l'union du
Christ-Eucharistie et de l'Église, union qui donne naissance à un nouveau
membre du Corps mystique du Christ, se verra sous un jour intime et
personnel, celui du Pape Époux de Marie dans le Christ : nous découvrirons
ce que dit Pierre au sujet de lui-même lorsqu'il exerce marialement son
ministère trinitaire par le biais de l'acte de la communion eucharistique.
Et dans les deux derniers chapitres, Képhas nous révélera quelle est
l'activité de Marie-Médiatrice au sein de la Divine Trinité : celle de
l'introduire, lui, le ministre de l'Eucharistie, au coeur des Trois
Personnes divines, afin d'en faire éternellement son Époux dans le Christ.
Finalement, dans notre conclusion, la fonction propre du diacre sera mise
en pleine lumière, comparativement au ministère trinitaire de Képhas, et à
la médiation corporelle de Marie.
UN SEUL CORPS DU CHRIST : KÉPHAS
ou
Comment Marie exerce papalement sa
médiation
12. Cette Oeuvre de Képhas, dans son
ensemble, traite de l'acte sacramentel de la communion eucharistique (voir
EECC, pp. 22 et 26). Et la conclusion de notre premier volume a été que ce
même acte de la communion eucharistique possède, de soi, un aspect
proprement corporel (EECC, n° 103). En ce sens, le sacrement de
l'Eucharistie envisagé comme communion est le sacrement qui permet à la
personne humaine d'obtenir, par la grâce de Dieu tout-puissant et
miséricordieux, la réalité anticipée du salut éternel (à ce sujet, voir
EECC, nos 92 à 95). De plus,
c'est relativement au ministère trinitaire du dernier Pape que
l'Eucharistie peut être considérée telle que nous venons de la décrire
(voir EECC, n° 75). Ainsi, il apparaît clairement que l'étude approfondie -
qui est le propre de ce livre - du médiateur d'ordre corporel, actualisé en
la personne corporelle du Pape, qui exerce son ministère par l'acte
corporel de la communion eucharistique, doit se placer - en sa phase
initiale - dans le contexte propre de la fin des temps, ou encore de celui
de la plénitude des temps (voir n° 10).
13. D'après ce que nous venons de dire,
on pourrait penser, a priori, que la notion de plénitude des temps concerne
proprement l'acte de la communion eucharistique. Si nous considérions que
la notion de plénitude des temps signifie que le temps est plein car il
touche à l'éternité de Dieu et participe à la plénitude de l'Etre qui ne
manque de rien que ce soit, alors la proposition énoncée ci-dessus serait
vraie (se référer à EECC, n° 71). Mais si, dans un cadre plus restreint,
nous mettons sous les termes "plénitude des temps" le fait que
les temps sont pleins car ils sont accomplis et qu'il n'y en a plus, alors
il nous faut affirmer sans hésiter que la notion de plénitude des temps ne
concerne nullement l'acte de la communion eucharistique. En effet, à la fin
des temps, lorsqu'il n'y a plus de temps, le voile se déchire, Dieu
apparaît au grand jour sous son apparence humaine, dans le Christ, et tous
les signes temporels sont abolis en présence de la réalité éternelle. Or,
sans signe, il n'y a pas de sacrement, et donc pas d'Eucharistie. Et ainsi,
la notion de plénitude des temps, recouvrant la notion de fin des temps, ne
concerne pas et ne peut nullement concerner l'acte sacramentel de la
communion eucharistique.
14. A la fin des temps, ou dans la
plénitude des temps, on ne peut faire référence à l'acte de la communion
eucharistique (voir n° 13). Par le fait même, le dernier Pape, à la fin des
temps, doit être considéré comme étant tout à fait incapable d'exercer son
ministère trinitaire, faute de moyen pour le faire. Mais, le dernier Pape,
puisqu'il est Époux de Marie dans le Christ (ainsi qu'il a été dit - voir
n° 10), et que, par le fait même, il ne fait - mystiquement (le corps du
Pape et celui de Marie étant spiritualisés - voir EECC, n° 70) - qu'un
corps et qu'une âme avec Marie-Médiatrice, le dernier Pape, disions-nous,
n'agit jamais seul dans l'exercice de son ministère trinitaire :
Marie-Médiatrice est toujours agissante conjointement et simultanément avec
lui. De plus, étant donné que le dernier Pape est éternellement sauvé -
relativement à la médiation de Marie - tant naturellement (corporellement
et spirituellement) que surnaturellement (se référer à EECC, nos 70 et 75), et que la médiation de Marie
est régie, de soi, par la règle d'association simple et une entre la
Révélation divine et la philosophie humaine, association dont la règle de
base est la philosophie humaine (à ce sujet, voir EECC, nos 39 et 40) ; il faut certainement penser
et croire que, à la fin des temps, si le dernier Pape est naturellement
agissant (et c'est précisément le cas puisqu'il est alors vivant), il est
aussi et tout en même temps surnaturellement agissant. Par conséquent, de
ce qui précède, il est tout à fait permis de dire que le dernier Pape, à la
fin des temps, est et ne peut pas ne pas être en acte de médiation par
rapport à sa propre personne, et ce, par et pour Marie-Médiatrice, son
Épouse dans le Christ.
Cependant, ainsi
que nous l'avons affirmé en commençant, le dernier Pape, à la fin des
temps, est dans l'incapacité d'exercer son ministère trinitaire, faute de
moyen pour cela. Donc, finalement, il faut conclure que, à la fin des
temps, c'est proprement et uniquement Marie-Médiatrice qui exerce le
ministère trinitaire du dernier Pape, son Époux mystique, et que, par le
fait même, Marie-Médiatrice considérée à la fin des temps comme médiateur
d'ordre corporel accomplit sa médiation d'une manière papale. C'est ce que
nous avions annoncé précédemment (voir n° 11) : c'est aussi ce que nous
allons voir ci-après.
*
* *
15. L'étude du médiateur d'ordre
corporel considéré en lui-même dans la plénitude des temps (c'est-à-dire à
la fin des temps) revient à envisager Marie-Médiatrice agissant, en tant
que médiateur d'ordre corporel, d'une manière papale (voir n° 14). Or,
Marie-Médiatrice possède, par la disposition de la Divine Providence, deux
moyens pour exercer sa médiation : la Sainte Écriture, et la Sainte
Eucharistie considérée comme communion. Comme on ne peut faire référence à
l'acte de la communion eucharistique dans le contexte de la plénitude des
temps (voir n° 13), Marie-Médiatrice ne dispose donc ici que d'un seul
moyen pour l'exercice de sa médiation : le livre de
vie (Ap. 21, 27), qui est la Sainte Écriture.
Cependant, nous savons que l'acte de proclamation de la Parole de Dieu
consignée par écrit, qui est l'acte de la médiation de Marie accompli par
le biais de la Sainte Écriture, se réalise nécessairement par
l'intermédiaire de l'acte de la communion eucharistique (se référer à EECC,
n° 56). Par conséquent, étant donné que l'acte de la communion
eucharistique ne peut être pris en considération dans le contexte de la
plénitude des temps, et que, par le fait même, on ne peut se référer qu'à
la réalité que ce même acte de la communion eucharistique exprime et
réalise sacramentellement, savoir l'acte de la Nativité du Christ (voir
EECC, nos 47 et 73 - voir
aussi n° 82) ; nous devons finalement affirmer sans aucun doute que
Marie-Médiatrice, si elle exerce papalement sa médiation, ce ne peut être
que dans l'acte de proclamation de la Sainte Écriture accompli par le biais
de l'acte de la Nativité du Christ.
16. L'acte de proclamation de la Sainte
Écriture en général est un acte accompli par l'Église, agissant
conjointement avec le Christ, par l'intermédiaire de Marie-Médiatrice, et
pour elle (se référer à EECC, nos 51 et 52). Autrement dit, en prononçant ensemble les paroles de
la Sainte Ecriture, le Christ et l'Église donnent naissance à leur
médiateur corporel commun, qui est Marie-Médiatrice (ibid.). Par le fait
même, il s'établit entre le Christ et l'Église une union corporelle d'ordre
mystique, c'est-à-dire relativement à la médiation de Marie (consulter
EECC, n° 23). Cependant, étant donné que tout ceci se réalise au moyen des
paroles de la Sainte Ecriture, paroles qui doivent être considérées comme
une nourriture d'ordre corporel (voir EECC, n° 49), il est hors de doute
qu'entre le Christ et l'Église, il s'établit un contact simple et un
(consulter EECC, n° 50). Donc, comme Marie-Médiatrice, lors de sa médiation
par le biais de la Sainte Écriture, doit être considérée uniquement selon
son corps (voir et lire EECC, n° 32), et comme, par le fait même, l'union
entre le Christ et l'Église ne peut pas ne pas être considérée
fondamentalement et principalement comme corporelle (quoique mystiquement)
; on doit conclure de tout ceci que l'union entre le Christ et l'Église,
union qui donne naissance au médiateur corporel, qui est Marie-Médiatrice,
est de l'ordre du corps spiritualisé ou simplifié.
17. Lorsque nous examinons en détail
cet ordre du corps spiritualisé ou simplifié, nous voyons qu'il se rapporte
à deux réalités distinctes mais indissociables entre elles. Ainsi,
premièrement, relativement au fait que l'union du Christ et de l'Église
dans l'acte de proclamation de la Sainte Écriture donne naissance à leur
médiateur corporel commun, qui est Marie-Médiatrice, étant donné que le
moyen utilisé par Marie-Médiatrice est celui de la Sainte Écriture, et que
ce moyen est, de soi, composé et non-simple, et encore que ce même moyen,
parce qu'il est un moyen (ou un intermédiaire) ne peut pas ne pas concerner
pleinement Marie en tant que médiateur ou intermédiaire d'ordre corporel,
il faut affirmer nettement que cette union entre le Christ et l'Église ne
peut en aucun cas donner naissance au corps spiritualisé de
Marie-Médiatrice, mais bien et uniquement au corps de Marie-Médiatrice
considéré d'une manière décomposée et fragmentaire, et selon un ordre
corporel tendant vers l'infiniment petit. Autrement dit, lors de la
proclamation des multiples paroles de la Sainte Écriture, l'action
conjointe et commune du Christ et de l'Église donne naissance,
mystiquement, à un élément corporel simple, infiniment petit, entrant dans
la composition du corps même de Marie-Médiatrice.
18. Deuxièmement, relativement au fait
que l'union du Christ et de l'Église dans l'acte de proclamation de la
Sainte Écriture, tout en donnant mystiquement naissance au corps de
Marie-Médiatrice, donne naissance, tout en même temps et tout aussi
mystiquement, à un nouveau membre du Corps mystique du Christ, par et pour
Marie-Médiatrice (se référer à EECC, nos 51 et 52), étant donné que le moyen utilisé par l'Église est le
même que celui utilisé par Marie-Médiatrice, savoir celui de la Sainte
Écriture, mais que ce même moyen, parce qu'il est un moyen (ou un
intermédiaire) ne peut en aucun cas concerner l'Église qui n'est pas
intermédiaire ou médiateur, mais bien un des termes extrêmes de la
médiation de Marie, il faut affirmer sans doute possible que l'union du
Christ et de l'Église dans l'acte de proclamation de la Sainte Écriture,
tout en donnant mystiquement naissance à un élément corporel simple,
infiniment petit, entrant dans la composition du corps de Marie-Médiatrice
(voir n° 17), donne aussi naissance, tout en même temps, et d'une manière
mystique, au corps spiritualisé d'un nouveau membre de l'Église considéré
dans toute son individualité personnelle. Cela revient à dire que, par
Marie et pour Marie, l'édification de l'Église se réalise aussi en Marie
considérée comme médiateur d'ordre corporel.
19. Un beau texte de Saint Louis-Marie
Grignon de Montfort vient illustrer ce que nous venons d'énoncer : Il faut faire ses actions en Marie. Pour bien comprendre cette
pratique, il faut savoir que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis
terrestre du nouvel Adam, et que l'ancien paradis terrestre n'en était que
la figure. Il y a donc, dans ce paradis terrestre, des richesses, des
beautés, des raretés et des douceurs inexplicables, que le nouvel Adam,
Jésus-Christ, y a laissées. C'est en ce paradis qu'il a pris ses
complaisances pendant neuf mois, qu'il a opéré ses merveilles, et qu'il a
étalé ses richesses avec la magnificence d'un Dieu. Ce très saint lieu
n'est composé que d'une terre vierge et immaculée, dont a été formé et
nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l'opération du
Saint-Esprit, qui y habite. (Traité de la vraie
dévotion à la Sainte Vierge, n° 261) Il faut demeurer
dans le bel intérieur de Marie avec complaisance, s'y reposer en paix, s'y
appuyer avec confiance, s'y cacher en assurance et s'y perdre sans réserve,
afin que dans ce sein virginal, l'âme y soit nourrie du lait de sa grâce et
de sa miséricorde maternelle (...) afin qu'elle soit formée en Jésus-Christ
et que Jésus-Christ soit formé en elle : parce que son sein est, comme
disent les Pères, la salle des sacrements divins où Jésus-Christ et tous
les élus ont été formés : Homo et homo natus est in
ea, Cet homme-ci et cet homme-là y sont nés (Ps. 86,
5). (ibid., n° 264)
20. Relativement à la médiation de
Marie par le biais de la Sainte Écriture, l'union conjointe et commune du
Christ et de l'Église donne mystiquement naissance, d'une part, à un
élément corporel simple entrant dans la composition du corps de
Marie-Médiatrice, et d'autre part, à un nouveau membre du Corps mystique du
Christ considéré dans la spiritualisation ou la simplification de son
corps. Or, quant à cette dernière réalité, étant donné qu'un corps
spiritualisé ou simplifié doit être assimilé à une réalité de l'ordre
spirituel, qui est, de soi, caractérisé par la note de simplicité et
d'unité, il est tout à fait clair que l'union qui donne naissance à un
nouveau membre de l'Église est elle aussi caractérisée par la même note de
simplicité et d'unité. Par conséquent, en vertu du caractère simple et un
dont jouit l'union du Christ et de l'Église dans l'acte de proclamation de
la Sainte Écriture par et pour Marie-Médiatrice, les deux réalités issues
de ladite union ne font qu'un entre elles. Autrement dit, par le biais des
paroles de la Sainte Écriture, l'édification de l'Église réalise
mystiquement, de soi, un élément corporel simple qui entre dans la
composition du corps de Marie-Médiatrice, et donc, étant donné le caractère
individuel de la personne humaine, chacun des nouveaux membres de l'Église
réalise mystiquement un élément déterminé du corps de Marie-Médiatrice.
21. Dans le contexte de la fin des
temps, ou de la plénitude des temps, contexte que requiert, de soi, le
concept de corps spiritualisé ou simplifié (relativement au dernier Pape,
modèle des fidèles - se référer à EECC, nos 70 et 75), il faut penser et croire, en vertu de tout ce qui
précède, que la totalité des membres du Corps mystique du Christ, totalité
stable et définitive en raison de l'absence absolue de temps, réalise
mystiquement autant d'éléments simples du corps de Marie-Médiatrice qu'il y
a alors de personnes élues de Dieu composant le Corps mystique du Christ.
Mais, étant donné que Marie-Médiatrice - parce qu'elle est la première des
fidèles - possède, dès le commencement de l'édification de l'Église, son
corps tout entier, et ce, d'une manière pleinement naturelle ; et étant
donné aussi que la médiation de Marie est régie, de soi, par la règle
d'association simple et une entre la Révélation divine et la philosophie
humaine, association dans laquelle la référence de base est la philosophie
humaine (se référer à EECC, nos
39 et 40) ; il apparaît clairement que, si Marie-Médiatrice possède
naturellement son corps tout entier, alors elle doit aussi et
nécessairement posséder mystiquement ce même corps dans son intégralité
totale et pleine.
Ainsi, en vertu
du caractère stable et définitif de la quantité des membres du Corps
mystique du Christ considéré à la fin des temps, ou dans la plénitude des
temps, il est permis de conclure finalement que la quantité d'éléments
corporels simples, entrant dans la composition du corps de Marie-Médiatrice
et réalisés mystiquement par chacun des membres du Corps mystique du Christ
considéré dans sa plénitude, n'est autre que celle qui compose, sans aucune
variation de nombre possible, le corps tout entier de Marie-Médiatrice, et
ce, d'une manière mystique, pleinement relative à la médiation de Marie.
Cela revient à
dire que, dans la plénitude des temps, il y a identification mystique entre
la plénitude des membres du Corps mystique du Christ et le corps de
Marie-Médiatrice, considérée mystiquement comme médiateur d'ordre corporel
agissant dans l'acte de proclamation des paroles de la Sainte Écriture, et
que, par le fait même, l'Église se trouve en Marie,
et Marie dans l'Église et comme Église. (S.S.
Jean-Paul II, Allocution du 4 décembre 1991)
*
* *
22. Dans la plénitude des temps, il y
a, relativement à la médiation de Marie par le biais de la Sainte Écriture,
identification mystique entre le corps de Marie-Médiatrice et la plénitude
des membres qui composent le Corps mystique du Christ (voir n° 21). Or,
tout ceci suppose, de soi, qu'entre le Christ et l'Église - qui sont les
termes extrêmes de la médiation de Marie - il existe un contact absolument
simple et un, et ce, relativement à la médiation de Marie par le biais de
la Sainte Écriture (voir n° 16). Ainsi, on doit affirmer sans aucun doute
qu'entre le corps de Marie-Médiatrice et la plénitude des membres de
l'Église, il y a identification simple, d'ordre mystique, c'est-à-dire
relativement à la médiation de Marie. Par le fait même, il est tout à fait
clair que, dans la plénitude des temps, Marie-Médiatrice considérée
uniquement selon son corps doit être envisagée comme une simple fidèle -
modèle de tous les autres fidèles - dont le corps est mystiquement réalisé
par la plénitude des membres de l'Église.
23. Si on considère Marie-Médiatrice
comme une simple fidèle, elle est, tout comme les autres fidèles dont elle
est le modèle, en union simple et une avec le Christ (voir n° 16). Or,
étant donné que l'union simple entre le Christ et l'Église s'accomplit par
le biais de la Sainte Écriture (ibid.), et donc que, par le fait même,
cette union simple est pleinement relative à la médiation de Marie, on doit
dire que l'union simple et une entre le Christ et Marie-Médiatrice se
réalise par l'intermédiaire de Marie-Médiatrice elle-même, considérée comme
médiateur d'ordre corporel. Cela revient à dire que, lorsque
Marie-Médiatrice, dans son union simple avec le Christ, est envisagée comme
un des termes extrêmes de sa médiation (termes extrêmes qui sont le Christ
et l'Église, c'est-à-dire les fidèles du Christ), cette même
Marie-Médiatrice ne cesse aucunement d'être le terme milieu ou
intermédiaire de sa médiation, et elle doit être considèrée comme telle.
Or, dans une médiation d'ordre corporel (et c'est le cas ici), lorsqu'un
des termes extrêmes est aussi et tout en même temps terme milieu ou
intermédiaire, cela signifie sans aucun doute que l'autre terme extrême est
lui aussi - en même temps que le terme extrême précédent - terme milieu ou
intermédiaire, et ce, d'une manière pleinement corporelle.
Par conséquent,
on peut affirmer de tout ce qui précède que, si Marie-Médiatrice, tout en
étant, en tant que simple fidèle, terme extrême de sa médiation, est aussi
et nécessairement terme milieu ou intermédiaire de cette même médiation,
alors semblablement, le Christ, tout en étant terme extrême de la médiation
de Marie, est aussi et tout en même temps terme milieu ou intermédiaire de
cette même médiation de Marie. Autrement dit, relativement à l'union simple
et une entre le Christ et Marie-Médiatrice, le propre corps du Christ,
d'une part, et le propre corps de Marie-Médiatrice, d'autre part, sont tous
deux terme milieu ou intermédiaire entre les termes extrêmes qui sont le
Christ et Marie-Médiatrice. Finalement, en vertu du caractère simple et un
de l'union entre le Christ et Marie-Médiatrice, on doit affirmer nettement
qu'il y a identification simple entre le corps du Christ et le corps de
Marie-Médiatrice, et ce, d'une manière tout à fait mystique, c'est-à-dire
relativement à la médiation de Marie.
24. Pour conclure, disons que, s'il y a
identification simple entre le corps du Christ lui-même et le corps de
Marie-Médiatrice, et s'il y a, tout en même temps, identification simple
entre le corps de Marie-Médiatrice et la plénitude des membres du Corps
mystique du Christ, alors le Christ lui-même, Marie-Médiatrice, et l'Église
considérée dans toute sa plénitude ne font tous qu'un seul corps, et ce
d'une manière mystique, pleinement relative à la médiation de Marie
envisagée comme médiateur d'ordre corporel. Par le fait même, ceci permet
d'affirmer nettement que, si l'édification de l'Église dans le Christ -
édification qui résulte de l'union du Christ et de l'Église - s'accomplit
en Marie-Médiatrice lorsqu'elle exerce sa médiation par le biais de la
Sainte Écriture (voir n° 18), alors l'édification de l'Église dans le
Christ s'accomplit aussi et nécessairement avec Marie-Médiatrice dans
l'exercice principal de sa médiation, c'est-à-dire dans la réalisation de
l'acte de la Nativité du Christ (voir n° 15) : c'est là tout le
développement de ce que nous avons esquissé dans nos
Préliminaires (EECC, n° 74).
Enfin, il est
encore permis de dire, en vertu de ce qui précède, que, si le Christ
lui-même, Marie-Médiatrice, et l'Église en sa plénitude ne font qu'un seul
corps, alors il doit nécessairement exister une expression verbale, et par
là même, un concept propre selon lequel cet unique corps est appelé par
notre bouche après avoir été conçu par notre esprit. Or, étant donné que,
ici, dans le contexte de la plénitude des temps, Marie-Médiatrice doit être
considérée comme une simple fidèle (voir n° 22), il est clair que l'unique
corps dont nous parlons est, d'une part, celui du Christ lui-même, et
d'autre part, celui de l'Église considérée dans sa plénitude, et donc
envisagée mystiquement comme l'intégralité pleine et entière du corps même
de Marie-Médiatrice (voir n° 21). Ainsi, on doit penser et croire
finalement que l'expression verbale propre à cet unique corps du Christ
lui-même et de l'Église en sa plénitude n'est autre que Képhas (cf. Jn. 1, 42), puisque cette
expression s'applique corporellement tant au Christ qu'à l'Église (voir n°
9), et que cette même expression est la seule et unique qui puisse leur
être appliquée, ainsi que nous allons le voir dans les pages qui suivent,
afin de pouvoir affirmer sans doute possible que Marie-Médiatrice exerce
papalement sa médiation.
L'UNIQUE MÉDIATION DU CORPS DU CHRIST
ou
Comment Marie exerce papalement sa
médiation
(suite)
25. Dans la plénitude des temps,
relativement à la médiation de Marie, le Christ lui-même, Marie-Médiatrice,
et l'Église considérée en la plénitude de ses membres font un seul et
unique corps. Or, manifestement, comme tout ceci est relatif à la médiation
de Marie par le biais de la Sainte Écriture (voir n° 15), parmi les trois
éléments qui font un seul corps, il est clair que Marie-Médiatrice est
l'élément médiateur, et le Christ lui-même et l'Église en sa plénitude sont
les deux termes extrêmes que l'élément médiateur unit entre eux. Ainsi, on
peut dire que le Christ lui-même et l'Église en la plénitude de ses membres
font un seul corps par l'intermédiaire de Marie-Médiatrice considérée comme
médiateur d'ordre corporel. Mais dire que le Christ lui-même et l'Église en
sa plénitude font un seul corps revient à affirmer que le Christ lui-même
et l'Église en sa plénitude sont corporellement semblables et identiques,
quoique d'une manière tout à fait mystique, c'est-à-dire pleinement
relative à la médiation de Marie. De plus, étant donné que le Christ est le premier-né d'une foule de frères (Rm. 8,
29), ce n'est pas le Christ lui-même qui est, de soi, corporellement
semblable à l'Église en sa plénitude, mais bien l'Église en la plénitude de
ses membres qui est corporellement semblable au Christ lui-même, son modèle
c'est en ce sens que l'Église en sa plénitude est mystiquement le corps du Christ (1 Co. 12, 27).
Par conséquent,
de ce qui précède, on doit conclure que, relativement aux trois éléments
qui font un seul et unique corps, Marie-Médiatrice est l'élément médiateur,
d'ordre corporel, qui unit, d'une part, le Christ lui-même, et d'autre
part, aussi le Christ lui-même considéré dans son identité corporelle,
d'ordre mystique, avec l'Église en la plénitude de ses membres. Autrement
dit, la médiation propre du Christ considérée dans toute sa plénitude,
c'est-à-dire la réalisation en acte de l'union, d'ordre corporel et
mystique, entre le Christ et la plénitude des membres de l'Église,
s'accomplit nécessairement par l'intermédiaire de Marie-Médiatrice
envisagée comme médiateur d'ordre corporel, dans la plénitude des temps.
26. Ainsi que nous venons de le voir,
dans la plénitude des temps, la médiation propre du Christ vis-à-vis de
l'Église considérée dans la plénitude de ses membres s'accomplit
mystiquement par l'intermédiaire de la médiation de Marie (voir n° 25). Or,
la médiation propre du Christ se réalise, de soi, par le biais et par
l'intermédiaire de l'Humanité du Christ, élément médiateur entre Dieu, dans
le Verbe, et la plénitude des personnes humaines élues de toute éternité
pour composer l'Église, Corps mystique du Christ. De plus, le Christ-Homme,
en tant qu'il fait un seul corps avec Marie-Médiatrice et avec l'Église en
la plénitude de ses membres, doit être considéré, relativement à la
médiation de Marie, non seulement comme l'un des termes extrêmes de cette
même médiation de Marie, mais aussi et nécessairement comme l'élément
médiateur, d'ordre corporel, de cette médiation (voir n° 23). Par
conséquent, on ne peut pas ne pas affirmer, de ce qui précède, que la
propre médiation du Christ entre Dieu, dans le Verbe, et l'Église en sa
plénitude s'accomplit et se réalise, d'une manière première, par
l'intermédiaire du propre corps de Marie-Médiatrice, et d'une manière
seconde, par l'intermédiaire du propre corps du Christ, et ce, dans une
identification simple et une entre le corps du Christ lui-même et le corps
de Marie-Médiatrice, dans le contexte propre de la plénitude des temps
(voir n° 23). Cela revient à dire finalement que, dans la plénitude des
temps, la médiation propre du Christ et la médiation propre de Marie ne
font qu'un. Comme la médiation de Marie est d'ordre proprement corporel, la
médiation du Christ lui-même, dans la plénitude des temps, est elle aussi
d'ordre proprement corporel : c'est par l'intermédiaire de son corps, ainsi
que par celui de son âme spirituelle sanctifiée par la grâce, que le Christ
révèle à l'Église et au monde tout le Mystère de la Sainte Trinité. C'est
pourquoi, dans la plénitude des temps, ces paroles spirituelles du Christ
trouvent leur pleine réalisation corporelle : «Je suis le chemin, la
vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi (...) Celui qui m'a vu,
a vu le Père (...) Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en
moi.» (Jn. 14, 6-9-11)
27. Dans la plénitude des temps,
c'est-à-dire à la fin des temps, la médiation propre du Christ et celle de
Marie-Médiatrice ne font qu'un pour révéler à l'Église et au monde, d'une
manière tant corporelle que spirituelle, tout le Mystère de la Sainte
Trinité (voir n° 26 - voir également EECC, n° 33). Or, on ne peut
absolument pas nier que Marie-Médiatrice - puisque, contrairement au Christ
qui est tout à la fois Dieu et Homme, cette même Marie-Médiatrice n'est
qu'une personne humaine et non-divine - exerce sa médiation trinitaire, de
soi, dans sa foi et par sa foi au Mystère qui n'est pas de sa propre
nature. De plus, étant donné qu'il s'agit ici de l'exercice de la médiation
de Marie par le biais de la Sainte Écriture (voir n° 15), et que, par le
fait même, la foi dans laquelle et par laquelle Marie-Médiatrice exerce sa
médiation possède, de soi, et un aspect proprement spirituel - aspect qui
est pleinement relatif au sujet qui croit spirituellement - et un aspect
proprement corporel - aspect qui est pleinement relatif à l'objet qui est
cru, et, par là même, aspect qui est pleinement relatif au corps de la
personne humaine qui croit spirituellement - (se référer à EECC, n° 54), on
doit penser et croire que, si Marie-Médiatrice exerce, dans la foi et par
la foi, sa médiation trinitaire, alors elle le fait d'une manière tant
corporelle que spirituelle, et ce, relativement à la vertu de foi dans son
rapport au Mystère de la Sainte Trinité. Cependant, on ne peut pas ne pas
affirmer que, dans la plénitude des temps, ou à la fin des temps, la vertu
de foi ne peut nullement exister quant au sujet qui croit (puisque nous
sommes dans la claire vision - sans voile - du Dieu-Trinité), mais bien et
uniquement quant à l'objet qui est vu dans et par cette même vertu de foi.
Autrement dit, dans la plénitude des temps, il ne peut être question de
l'aspect spirituel de la vertu de foi, mais seulement de son aspect
corporel, d'ordre mystique, c'est-à-dire pleinement relatif à la médiation
de Marie. Par conséquent, en tant que, dans la plénitude des temps, elle ne
fait qu'un avec la médiation propre du Christ, la médiation trinitaire de
Marie-Médiatrice s'exerce dans et par sa foi corporelle au Mystère qu'elle
révèle à l'Église et au monde c'est par celle qui, spirituellement et
corporellement, a cru à l'accomplissement des paroles
qui lui ont été adressées de la part du Seigneur (Lc.
1, 45), paroles qui ne sont autres que les multiples paroles de Dieu
consignées dans la Sainte Écriture, que le Mystère du Dieu un et trine est
corporellement (et aussi spirituellement) manifesté et révélé dans le
Christ Seigneur.
28. Moyennant sa foi dans son aspect
proprement corporel, Marie-Médiatrice - dans son union au Christ-Médiateur
- révèle à l'Église et au monde, tant corporellement que spirituellement,
tout le Mystère de la Sainte Trinité, et ce, dans le contexte propre de la
plénitude des temps (voir n° 27). Or, cela revient à dire que
Marie-Médiatrice, en tant que médiateur d'ordre corporel, exerce sa
médiation dans la mesure où elle croit elle-même, d'une manière corporelle,
et donc mystique, au Dieu un et trine pleinement révélé dans le Christ en
personne. Ou encore : Marie-Médiatrice, tout en étant élément médiateur de
sa médiation, exerce cette même médiation en tant que terme extrême,
c'est-à-dire en tant que simple fidèle, en tant que croyante - dans le
Christ - au Mystère du Dieu un et trine. Mais, nous avons vu précédemment
que, lorsque Marie-Médiatrice est considérée tant comme élément médiateur
que comme terme extrême, c'est-à-dire comme simple fidèle, cette même
Marie-Médiatrice est alors, de soi, la personne humaine dont le corps est
mystiquement réalisé par la plénitude des membres de l'Église, Corps
mystique du Christ. Ainsi, on peut affirmer nettement que, dans la
plénitude des temps, Marie-Médiatrice exerce sa médiation propre, qui ne
fait qu'un avec la médiation du Christ lui-même, dans la mesure absolue et
exclusive où le corps de cette même Marie-Médiatrice est considérée dans
son identification simple, d'ordre mystique, avec la plénitude des membres
de l'Église. Finalement, tout ceci permet de conclure que, si
Marie-Médiatrice, en tant qu'elle croit corporellement - dans son union au
Christ-Médiateur - au Mystère du Dieu un et trine, révèle corporellement
(ainsi que spirituellement), par l'intermédiaire de son corps envisagé
comme médiateur d'ordre corporel, tout le Mystère de la Sainte Trinité,
alors, l'Église en la plénitude de ses membres révèle elle aussi,
corporellement (et aussi spirituellement), par l'intermédiaire du corps de
Marie-Médiatrice auquel elle s'identifie simplement d'une manière mystique,
le Mystère du Dieu un et trine pleinement révélé dans le Christ.
Par le fait même,
relativement à la médiation de Marie qui ne fait qu'un, dans la plénitude
des temps, avec la médiation du Christ lui-même, il existe une médiation
propre de l'Église considérée en la plénitude de ses membres, médiation qui
ne fait aussi qu'un avec la médiation propre du Christ. C'est ainsi que
s'accomplissent en plénitude ces paroles du Concile Vatican II, qui
enseigne : «Dans l'exercice de son apostolat, l'Église regarde à juste
titre vers (Marie) qui engendra le Christ, conçu du Saint-Esprit et né de
la Vierge précisément afin de naître et de grandir aussi par l'Église dans
le coeur des fidèles.» (Concile Vatican II, Lumen gentium, n° 65)
*
* *
29. Relativement à la médiation de
Marie par le biais de la Sainte Écriture, l'Église en la plénitude de ses
membres exerce sa médiation, dans la plénitude des temps, en révélant
corporellement - d'une manière mystique - tout le Mystère de la Sainte
Trinité (voir n° 28). Cela revient à dire que, en union simple et une avec
le Christ qui est tout à la fois Dieu et Homme, l'Église en sa plénitude
révèle corporellement le Mystère trinitaire, dans la plénitude des temps,
en proclamant les multiples paroles de Dieu consignées matériellement, ou
corporellement, dans la Sainte Écriture : à la fin des temps, l'Église en
la plénitude de ses membres participe corporellement, dans le Christ, à
l'acte éternel de la génération du Verbe, ou Parole du Père dans
l'Esprit-Saint, et ce, par le biais des multiples paroles de Dieu
consignées dans la Sainte Écriture. Par le fait même, on peut affirmer que,
dans la plénitude des temps, l'Église considérée en la plénitude de ses
membres, et envisagée selon son corps, en tant que médiateur d'ordre
corporel, est de l'ordre de l'agir a se - tout comme la Très Sainte Trinité elle-même - et ce, d'une
manière tout à fait mystique, c'est-à-dire relativement à la médiation de
Marie par le biais de la Sainte Ecriture. Cependant, étant donné que, en
vertu de la règle d'association simple et une entre la Révélation divine et
la philosophie humaine, règle qui régit de soi l'exercice de la médiation
de Marie (voir EECC, nos 39 et
40), l'identification simple et une entre l'Église en la plénitude de ses
membres et le corps de Marie-Médiatrice doit s'entendre tant d'une manière
mystique que d'une manière naturelle et humaine (à ce sujet, voir n° 21),
on doit nécessairement tenir compte du fait que, naturellement, selon la
philosophie humaine, le corps d'une personne en particulier, et, en
général, l'Église en la plénitude de ses membres considérée dans son
identification simple au corps même de la personne de Marie-Médiatrice, est
et ne peut pas ne pas être de l'ordre de l'agir ab
alio, puisque le corps est informé par l'âme
spirituelle qui l'anime (en tant que l'âme est étymologiquement anima). Ainsi, toujours en vertu de la règle
d'association simple et une entre la Révélation divine et la philosophie
humaine, règle dont la référence de base est la philosophie humaine, on
doit penser et croire que l'Église en sa plénitude, considérée
corporellement comme médiateur d'ordre corporel, est, dans l'exercice de sa
médiation trinitaire à la fin des temps, tant de l'ordre de l'agir ab alio que de l'ordre de l'agir a se. Or, tout ceci ne peut se concevoir que
si l'on admet que cet autre être, dont l'agir de l'Église, considérée
corporellement en sa plénitude, dépend, est et ne peut pas ne pas être
cette même Église envisagée corporellement en la plénitude de ses membres.
Autrement dit, dans l'exercice de sa médiation trinitaire à la fin des
temps, l'Église en sa plénitude, considérée comme médiateur d'ordre
corporel, est simplement semblable à l'Être transcendant, c'est-à-dire à la
Divine Trinité elle-même.
30. En vertu de tout ce que nous venons
de dire, il est clair que l'Église considérée en la plénitude de ses
membres est, à la fin des temps, semblable et identique - d'une manière
simple et une - tant à la Divinité une et trine qu'à Marie-Médiatrice
considérée mystiquement selon son corps, c'est-à-dire relativement à sa
médiation dans son aspect corporel. Par le fait même, nous pouvons affirmer
que, relativement à la médiation de l'Église, il existe une similitude
simple et une entre la Divine Trinité et Marie-Médiatrice considérée
uniquement selon son corps, fait que nous avons déjà démontré dans nos Préliminaires (EECC, n° 32), et fait qui est
ainsi argumenté davantage et mieux explicité. Mais, étant donné que la
similitude simple et une entre l'Église en sa plénitude et le corps de
Marie-Médiatrice est fondamentale et première, et que, par le fait même, la
similitude simple et une entre l'Église en sa plénitude et la Divine
Trinité est seconde et médiate, nous pouvons dire aussi que la relation
d'identité entre la Divinité une et trine et l'Église en sa plénitude vient
modifier, nécessairement et absolument (en vertu de la notion d'unicité ou
de simplicité), la notion propre qui caractérise l'Église en sa plénitude
dans sa relation d'identité avec Marie-Médiatrice considérée uniquement
selon son corps. Or, comme, dans la plénitude des temps, Marie-Médiatrice
envisagée uniquement selon son corps ne peut pas ne pas être considérée
comme une réalité d'ordre proprement corporel (voir n° 17) ; et comme, de
soi, Marie-Médiatrice considérée uniquement selon son corps est médiateur
d'ordre corporel, on voit que la notion qui caractérise fondamentalement et
principalement l'Église en sa plénitude, en vertu de sa relation d'identité
avec le corps de Marie-Médiatrice, est celle de dimension, puisque cette
dernière est la notion qui permet de donner tout son sens au concept de
médiateur ou de milieu corporel et matériel (consulter EECC, n° 52). De
plus, il est clair aussi que la Divinité une et trine, qui est esprit (Jn. 4, 24) et est donc l'Être
spirituel transcendant tout à fait incommensurable, sans limite, et infini,
ne peut modifier la notion de dimension qu'en la réduisant nécessairement à
l'inexistence absolue. Par conséquent, de tout ce qui précède, on doit
penser et croire que l'Église en sa plénitude considérée, à la fin des
temps, dans la similitude simple et une avec le corps de Marie-Médiatrice
d'abord, et ensuite, avec la Divinité une et trine, doit être envisagée,
absolument et exclusivement, comme une réalité, d'ordre corporel et
matériel, qui ne possède, de soi, aucune dimension. Autrement dit, dans la
plénitude des temps, l'Église en sa plénitude doit être considérée comme
étant, de soi, corporellement et matériellement, un
point mathématique qui, par postulat, ne possède
aucune dimension.
*
* *
31. Dans la mesure où, dans la
plénitude des temps, l'Église en la plénitude de ses membres exerce sa
médiation, mystiquement (c'est-à-dire en union avec la médiation de Marie,
qui ne fait qu'un avec la médiation du Christ - voir n° 28), en tant
qu'elle est corporellement et matériellement un point mathématique, alors, en vertu de sa similitude simple et une avec
la Divine Trinité, l'Église en sa plénitude révèle au monde la même Divine
Trinité par le moyen et par l'intermédiaire de la réalité proprement
corporelle du point
mathématique : autrement dit, par la médiation propre de l'Église, la
Divinité spirituelle trinitaire apparaît dans le monde matériel sous la
forme proprement corporelle du point mathématique. Mais si la Très Sainte Trinité - qui est un des
éléments extrêmes de la médiation de l'Église - ne fait qu'un, d'une
manière simple, avec l'Église en sa plénitude, qui est l'élément médiateur,
il va pleinement de soi que le monde entier - qui est l'autre élément
extrême de la médiation de l'Église - ne fait, lui aussi, qu'un avec
l'Église en sa plénitude, et ce, d'une manière tout à fait simple et une.
Ainsi, étant donné que, corporellement (quoique mystiquement), l'Église en
la plénitude de ses membres doit être considérée, dans la plénitude des
temps, comme un point
mathématique, il est clair que le monde entier doit être, de même,
considéré comme un point
mathématique lorsqu'il est mis en relation, par voie de médiation mystique,
avec la Divine Trinité, dont il émane en tant que créature. Cela revient à
dire que, lorsque l'Église considère en Dieu, qui est
lumière (1 Jn. 1, 5), le monde tout entier, celui-ci
lui apparaît mystiquement sous la forme d'un point, sans dimension aucune.
Le Patriarche des moines, Saint Benoît, a pu un jour en faire l'expérience
; Saint Grégoire le Grand, dans la Vie du Saint, rapporte en effet que l'homme de Dieu Benoît (...), au milieu de la nuit, vit une
lumière qui se répandant d'en haut, avait chassé toutes les ténèbres et
brillait d'une telle splendeur que cette lumière, qui avait surgi d'entre
les ténèbres, surpassait l'éclat du jour. Et une chose étonnante se
produisit ensuite en cette vision. Comme il le raconta ensuite, le monde
entier se présenta devant ses yeux comme rassemblé sous un seul rayon de
soleil ; et Saint Grégoire de tirer cette conclusion
: Pour l'âme qui voit le Créateur, toute créature
n'est qu'un point. Si peu en effet qu'elle ait vu de la lumière du
Créateur, tout le créé devient petit. (Saint Grégoire
le Grand, Dialogues, Livre II, n° 35)
32. Dire que le
point mathématique, en tant qu'il est l'expression
mystique, d'ordre corporel, de l'Église considérée en la plénitude de ses
membres, manifeste matériellement dans le monde, par mode de similitude
simple et une, tout le Mystère de la Sainte Trinité (voir n° 31), suppose,
de soi, que l'Église en sa plénitude est, à la fin des temps, en union
corporelle - d'ordre mystique - avec la Divine Trinité elle-même (voir n°
29). Or, étant donné que la médiation de l'Église ne fait qu'un avec la
médiation propre du Christ (voir n° 28), l'union corporelle entre la Très
Sainte Trinité et l'Église inclut nécessairement l'union spirituelle entre
ces mêmes éléments. De plus, l'union spirituelle entre la Divine Trinité et
toutes et chacune des personnes humaines composant l'Église en sa plénitude
nécessite le don de la grâce divine, librement reçue et possédée par ces
mêmes personnes humaines devenues ainsi agréables à Dieu. Par conséquent,
si, dans le contexte de la médiation de l'Église à la fin des temps, il
existe une réalité d'ordre corporel simplement semblable à la Divinité une
et trine, qui est la Grâce incréée, alors il doit aussi et nécessairement
exister une réalité d'ordre corporel qui est semblable, d'une manière
simple et une, à la grâce créée, don de Dieu aux personnes humaines qui
composent l'Église en sa plénitude. Or, étant donné que la grâce divine est
essentiellement spirituelle, cette même grâce de Dieu ne fait absolument
qu'un, d'une manière simple, avec toutes et chacune des personnes humaines
composant l'Église en sa plénitude. Aussi, de ce qui précède, on peut
conclure que, à première vue, la réalité d'ordre corporel simplement
semblable à la grâce divine n'est autre que celle du
point mathématique considéré comme expression
mystique, d'ordre corporel, de l'Église en la plénitude de ses membres.
33. Cependant, tout en se basant sur ce
que nous venons de dire, on doit absolument tenir compte aussi du fait que
la grâce divine, parce qu'elle est créée, est un moyen et un intermédiaire
entre la Très Sainte Trinité et l'Église en sa plénitude. Ainsi, en vertu
du fait que, nécessairement, la grâce de Dieu possède une similitude simple
et une dans une réalité d'ordre corporel (ainsi que nous l'avons dit
ci-dessus - voir n° 32), il faut penser et croire nettement que la réalité
d'ordre corporel simplement semblable à la grâce divine est caractérisée,
de soi, par la notion propre de médiateur d'ordre corporel. Par conséquent,
on peut affirmer sans hésiter que la grâce de Dieu, relativement à la
médiation de l'Église à la fin des temps, trouve sa similitude simple et
une dans la réalité corporelle et matérielle du point mathématique
considéré comme médiateur d'ordre corporel. Mais alors, en ce cas, il faut
admettre sans conteste possible que la réalité, d'ordre corporel,
simplement semblable à la grâce divine n'est autre qu'un point mathématique qui, dans sa relation
simple et une avec la grâce divine, possède véritablement - quoique
mystiquement - une dimension, et ce, en vertu de la notion propre de
médiateur d'ordre corporel, dont le fondement même est le concept de
dimension et de mesure (voir n° 30). Or, mathématiquement, et donc
naturellement, le point ne
possède, par postulat, aucune dimension. De plus, comme il s' agit ici de
la médiation de l'Église en tant qu'elle est envisagée dans son union
simple avec la médiation propre de Marie ; et comme cette même médiation de
Marie est régie, de soi, par la règle d'association simple et une entre la
Révélation divine et la philosophie humaine (consulter EECC, nos 39 et 40) ; nous devons considérer
nécessairement que le point
mathématique qui est simplement semblable à la grâce divine possède une
dimension - mystiquement - et n'en possède aucune - naturellement - tout
ensemble et en même temps. Par conséquent, pour concilier tout ce que nous
venons d'affirmer, nous devons penser et croire absolument que la réalité
d'ordre corporel simplement semblable à la grâce de Dieu, relativement à la
médiation de l'Église, est, de soi, celle du point mathématique circonscrit spatialement par une sphère dont le
rayon tend vers l'infiniment petit autrement dit, la grâce divine trouve sa
similitude simple et une, d'ordre corporel, dans le volume appelé sphère considérée dans son identité
maximale, quasi infinie, avec le point mathématique.
34. Ce que nous venons d'affirmer est
admirablement confirmé par les deux témoignages suivants, dans lesquels
l'âme spirituelle sanctifiée par la grâce de Dieu et unie simplement à
cette même grâce est représentée par une sphère ou par un globe. Le premier
de ces témoignages est la suite de la vision rapportée plus haut (voir n°
31) et dont fut gratifié Saint Benoît : Tandis que le
vénérable Père tenait ses yeux fixés sur la splendeur de cette lumière
éclatante, il vit l'âme de l'évêque de Capoue Germain portée au ciel par
des anges sous la forme d'une sphère de feu. (Saint
Grégoire le Grand, Dialogues, Livre II, n° 35) Le second témoignage, un de
ceux que nous avons cités dans notre premier volume (au n° 11), est celui
de l'apparition de la Vierge Immaculée à Sainte Catherine Labouré, en 1830.
Selon un biographe de la voyante, Notre-Dame tient "une boule dans ses mains, qui représentait le globe (...) Catherine elle-même avait précisé ... : La
Vierge offrait le globe à Notre-Seigneur. Cela est impossible à rendre, Il
me serait impossible de l'exprimer. (René Laurentin, Vie authentique de
Catherine Labouré, pp. 184 et 268) Finalement, de cet ensemble de
considérations tant sur la Grâce incréée que sur la grâce créée, il est
permis de conclure que, si l'Église en la plénitude de ses membres,
considérée directement dans sa relation avec la Divinité une et trine, doit
être envisagée mystiquement, à la fin des temps, comme un point mathématique (voir n° 30), alors,
parallèlement, lorsqu'elle est considérée indirectement - par le moyen et
par l'intermédiaire de la grâce créée - dans sa relation avec la Divinité
une et trine, cette même Église en sa plénitude - en vertu, d'une part, de
l'union simple et une entre la grâce de Dieu et l'âme spirituelle de toute
personne humaine, et d'autre part, de l'inclusion simple, par le principe
de la vie, de l'âme dans le corps de tout être humain vivant - doit être
envisagée, tout aussi mystiquement, comme une sphère dont le rayon tend vers l'infiniment petit, et ce, dans le
contexte propre de la plénitude des temps.
*
* *
35. En tant que la grâce divine sert de
moyen et d'intermédiaire pour l'union entre la Divinité une et trine et
l'Église considérée en la plénitude de ses membres, cette même grâce divine
possède, relativement à la médiation de l'Église dans le contexte propre de
la plénitude des temps, une similitude simple et une dans la réalité
corporelle et matérielle de la "sphère" considérée dans son
identité maximale avec le point
mathématique (voir n° 33) Or, la grâce de Dieu, en tant que don divin
librement possédé par l'Église considérée en la plénitude de ses membres,
et donc, envisagée nécessairement après l'acte du péché originel, est et ne
peut pas ne pas être un don divin librement possédé par l'Église en tant
qu'elle est composée, de soi (sauf exception pour la Vierge Marie
Immaculée), par des êtres humains qui, en Adam, ont
tous péché (Rm. 5, 12). Donc, en vertu de cette
priorité - dans le temps - du péché originel par rapport à la grâce de Dieu
considérée à la fin des temps, cette même grâce divine, avant d'être un
moyen et un intermédiaire pour l'union de l'Église à Dieu, est -
premièrement et fondamentalement - un remède d'ordre spirituel servant, non
pas à détruire, mais à neutraliser l'empêchement et l'obstacle, produit par
le péché originel, quant à l'union de l'Église à Dieu. Par le fait même, si
la grâce de Dieu, considérée comme moyen et intermédiaire en vue de l'union
de l'Église à Dieu, possède nécessairement, une similitude simple et une
dans une réalité corporelle et matérielle, alors, il apparait clairement
que, premièrement et fondamentalement (dans l'ordre des réalités
spirituelles), cette même grâce de Dieu, envisagée comme remède à
l'obstacle - produit par le péché originel - empêchant l'union de l'Église
à Dieu, doit posséder aussi, relativement à la médiation de l'Église, une
similitude simple et une dans une réalité corporelle et matérielle,
essentiellement différente de celle de la sphère considérée dans son identité maximale avec le point mathématique.
36. Quant à cette réalité corporelle
différente de la sphère,
réalité simplement semblable à la grâce divine, étant donné que cette même
grâce divine, quoiqu'elle doive être envisagée ici dans sa fonction de
neutralisation de l'obstacle produit par le péché originel, ne demeure pas
moins, toujours, et d'une manière essentielle (en tant que bien divin donné
à la personne humaine), un moyen et un intermédiaire, d'origine divine et
ordonné à Dieu, permettant l'union de l'Église à la Divinité une et trine,
il faut affirmer nettement qu'il s'agit d'un volume dimensionnel et
spatial, médiateur d'ordre corporel, contenant en lui le point mathématique, en tant qu'expression
mystique de l'Église considérée à la fin des temps dans la plénitude de ses
membres, point mathématique qui
est le centre du volume en question, et auquel ce même volume doit être
envisagé comme quasiment identique, s'il était possible, tout comme la sphère (voir n° 33). Cependant, étant donné
que - en vertu de la fonction de la grâce dans sa neutralisation de
l'obstacle produit par le péché originel, fonction qui est essentiellement
différente de celle selon laquelle la grâce permet l'union de l'Église à
Dieu - on doit penser et croire que le volume recherché est, ainsi que nous
l'avons déjà dit, essentiellement différent de celui de la sphère. Or, cette dernière possède, comme
caractéristique géométrique propre, le fait de n'avoir absolument aucune
surface plane et aucun point anguleux sur sa superficie extérieure. Par
conséquent, de tout ce qui précède, il est permis d'affirmer que le volume
dont il s'agit ici est un prisme régulier, qui possède, de soi, des
surfaces planes (ainsi que des points anguleux), et qui - parce que ses
surfaces sont régulières - est le seul, parmi les prismes (qui peuvent être
réguliers ou irréguliers), pouvant être quasiment identique au point mathématique qu'il contient en lui.
37. Il nous reste à rechercher quelle
est l'espèce du prisme régulier que nous considérons. Pour cela, revenons à
la caractéristique fondamentale qui relie ce volume au point mathématique qui est son centre : ce
volume, qui est dimensionnel et spatial, confère une certaine dimension -
tendant vers l'infiniment petit - au point mathématique, centre de ce même volume (en vertu de la
comparaison entre ce volume et la sphère - voir n° 36 - voir aussi n° 33). Ceci permet donc de dire que le point mathématique, qui est, de soi, au
centre du volume, se trouve aussi et tout en même temps à la surface de ce
même volume. Or, étant donné que ce volume doit être considéré dans son
identité maximale avec le point
mathématique qui est son centre, c'est-à-dire que la dimension de ce volume
doit tendre vers l'infiniment petit, il va de soi que, si le point mathématique, centre du volume, se
trouve aussi et tout en même temps sur la surface de ce même volume, ce ne
peut être qu'au centre de toutes et de chacune des multiples surfaces
planes qui forment ce volume, puisque la distance entre le centre de chaque
face du volume et le centre de ce même volume - distance qu'on appelle distance orthonormée - est la plus courte.
Cependant, si on se base sur le principe mathématique qui veut qu'un point n'est autre que l'intersection de deux
droites (ou segments de droite) ou l'intersection d'une droite (ou segment
de droite) et d'un plan (ou tout autre surface assimilable), on doit
affirmer nettement que le point
mathématique, lorsqu'il se trouve au centre de chacune des faces du volume,
est nécessairement caractérisé par l'orthonormie de la distance la plus
courte qui relie chaque face du volume au centre de ce même volume. Par
conséquent, étant donné que la distance orthonormée tend, de soi, vers
l'infiniment petit (en vertu de l'identité maximale, quasi infinie, entre
le volume en question et le point mathématique qui est son centre), il faut conclure, de tout ce
qui précède, que l'orthonormie, qui caractérise le
point mathématique lorsqu'il se trouve sur la surface
du volume, caractérise aussi et nécessairement ce
point mathématique lorsqu'il est au centre de ce même
volume, et que, par le fait même, puisqu'il s'agit ici de l'orthonormie
pleinement relative à toutes et à chacune des distances orthonormées du
volume, ce même volume n'est autre qu'un cube, c'est-à-dire le prisme régulier à faces carrées dont chacune des
distances orthonormées est perpendiculaire à la distance orthonormée
relative à la face contiguë.
*
* *
38. Dans la plénitude des temps,
relativement à la médiation de l'Église, si la grâce divine - dans sa
fonction qui permet l'union de l'Église à Dieu - possède une similitude
simple et une, d'ordre corporel, dans la réalité propre de la sphère (voir n° 33), par contre, la même
grâce divine - dans sa fonction qui neutralise l'obstacle, produit par le
péché originel, empêchant l'union de l'Église à Dieu - possède une
similitude simple et une, d'ordre corporel, dans la réalité propre du cube (voir nos 36 et 37). Or, étant donné que la fonction de la grâce selon
laquelle cette même grâce neutralise l'obstacle, produit par le péché
originel, empêchant l'union de l'Église à Dieu est première et fondamentale
- dans l'ordre des réalités spirituelles - par rapport à la fonction de la
grâce selon laquelle cette même grâce permet l'union de l'Église à Dieu, on
doit admettre que, spirituellement parlant, la réalité propre du cube est, relativement à la médiation de
l'Église à la fin des temps, incluse dans la réalité propre de la sphère. Cependant, contrairement à ce que
nous venons de dire, étant donné que la sphère et le cube dont il
s'agit ont, l'une, un diamètre, et l'autre, un côté tout à fait identiques
entre eux (puisque tendant tous deux vers l'infiniment petit), on doit
admettre que, corporellement parlant, la réalité propre de la sphère est, toujours relativement à la
médiation de l'Église à la fin des temps, incluse dans la réalité propre du cube. Par conséquent, pour ce qui regarde
l'Église en la plénitude de ses membres (qui sont des personnes humaines
vivantes, c'est-à-dire considérées corps et âme), étant donné que cette
même Église en sa plénitude - relativement à la grâce divine dans sa
fonction permettant l'union de l'Église à Dieu - trouve son expression
mystique dans la réalité propre de la sphère envisagée dans son identité maximale avec le point mathématique (voir n° 34), il faut
penser et croire, en vertu de tout ce qui précède, que l'Église en la
plénitude de ses membres trouve - aussi et tout en même temps, d'une
manière simple et une (par le principe de la vie qui unit le corps
organique et l'âme spirituelle) - son expression mystique dans la réalité
propre du cube envisagé
pareillement dans son identité maximale avec le point mathématique.
39. Ce qui vient d'être dit au sujet de
l'Église dans son expression mystique, d'ordre corporel, à la fin des temps
est divinement confirmé par le passage suivant tiré de l'Apocalypse de
Saint Jean : Un des anges aux sept coupes pleines des
sept fléaux suprêmes vint alors me parler : "Viens, me dit-il, que je
te montre la Fiancée, l'Épouse de l'Agneau". Il me transporta en
esprit sur une grande et haute montagne et me fit voir la Ville sainte,
Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu, dans toute la gloire
de Dieu (...) Mon interlocuteur tenait un roseau d'or en guise de mesure
pour arpenter la ville, ses portes et sa muraille. Or, la ville était bâtie
en carré, sa longueur égalait sa largeur. Il arpenta donc la ville avec le
roseau, et trouva douze mille stades : longueur, largeur et hauteur étaient
égales. (Ap. 21, 9-10-15-16) La Ville sainte,
Jérusalem céleste, possède donc bien à la fin des temps, matériellement et
corporellement, une forme cubique. D'ailleurs, l'Ancien Testament annonçait
déjà, par avance, la même figure. Outre la vision du Prophète Ezéchiel (40,
1-3 ; 42, 15 et 20), très proche de celle de Saint Jean, il faut mentionner
la forme propre du Sanctuaire - le Saint des Saints - dans le Temple de
Salomon, Sanctuaire fixant durablement les ordonnances mêmes du Seigneur à
Moïse, dans le désert (voir Exode 26). Ainsi le Sanctuaire du Temple de
Salomon avait vingt coudées de long, vingt de large,
et vingt de haut (1 R. 6, 20).
40. Pour conclure ce chapitre, et par
là même, notre analyse de la médiation de l'Église dans la plénitude des
temps, disons que - la médiation propre de l'Église étant une, d'une
manière simple, avec la médiation propre de Marie, et donc, les
caractéristiques propres de la première étant aussi et en même temps celles
de la seconde - Marie-Médiatrice exerce sa médiation - par le biais des
multiples paroles de Dieu consignées dans la Sainte Écriture - d'une
manière cubique, c'est-à-dire en tant que son corps, qui ne fait qu'un avec
l'Église considérée en la plénitude de ses membres, est mystiquement un cube, incluant corporellement en lui une sphère, envisagée dans son identité
maximale, quasi infinie, avec un point mathématique. Or, il est manifeste, d'après le témoignage de la
Sainte Écriture, que l'Église en sa plénitude, c'est-à-dire la Ville
sainte, la Jérusalem céleste, est mystiquement, à la fin des temps, une
pierre de forme cubique : La Ville sainte,
Jérusalem,... avait l'éclat d'une pierre très précieuse... La muraille
était construite en jaspe... ; les soubassements du mur de la ville étaient
diaprés de toutes sortes de pierres précieuses...
(Ap. 21, 10-11-18-19) Donc, on ne peut pas ne pas affirmer nettement, pour
finir, que Marie-Médiatrice exerce sa médiation, dans la plénitude des
temps, en tant qu'elle est corporellement, bien que mystiquement, une
pierre cubique, et donc anguleuse, tout comme le Christ, pierre angulaire, choisie et précieuse (1 P.
2, 6) : en un mot, Marie-Médiatrice - ainsi que nous l'avions annoncé (voir
n° 24) - exerce papalement sa médiation, et ce, dans la plénitude des temps.
LE MINISTÈRE MARIAL DE KÉPHAS
(1) L'ORDRE ET L'EUCHARISTIE
(Aspect marial du ministère papal)
41. Marie-Médiatrice, à la fin des
temps, exerce papalement sa médiation : le médiateur d'ordre corporel,
considéré en la personne de Marie-Médiatrice, exerce sa médiation, dans la
plénitude des temps, en tant qu'il est une pierre cubique, c'est-à-dire en tant que Képhas. C'est ce que nous avons montré, avec quelques détails, dans les
pages qui précèdent. Or, étant donné que l'époux et l'épouse ne sont plus deux, mais une seule chair (Mt.
19, 6), et que, par le fait même, l'époux est dans l'épouse, et l'épouse
dans l'époux, il est manifeste que, si Marie-Médiatrice (qui est l'Épouse
du dernier Pape - voir n° 14) exerce papalement sa médiation, et ce, d'une
manière pleinement corporelle (quoique mystiquement - voir n° 40), alors le
dernier Pape, Époux de Marie dans le Christ, accomplit marialement son
ministère trinitaire, et ce, d'une manière tout aussi corporelle et
mystique. Mais -ainsi que nous allons l'établir ci-après - dans la mesure
même où, dans la plénitude des temps, le dernier Pape exerce marialement
son ministère trinitaire, alors, en vertu de l'aspect proprement marial qui
caractérise l'exercice de son ministère, le même dernier Pape (et en lui,
tout Pape, qui est Époux de Marie - se référer à EECC, nos 69 et 70) accomplit son ministère
trinitaire d'une manière tout aussi mariale dans le temps de grâce, depuis
l'Incarnation du Verbe jusqu'à l'instant ultime précédant la Parousie du
Christ, ainsi que nous l'avions annoncé en commençant ce traité (voir n°
11).
(L'exercice du ministère papal dans le
Christ)
42. En effet, dire que
Marie-Médiatrice, dans la plénitude des temps, exerce papalement sa
médiation permet d'affirmer, par le fait même, que le dernier Pape, qui,
par lui-même et de lui-même, est incapable - à la fin des temps -
d'accomplir son ministère trinitaire, exerce ce même ministère par et en la
personne de Marie-Médiatrice (voir n° 14) : dans la plénitude des temps, le
dernier Pape accomplit marialement son ministère trinitaire. Or, en vertu
de l'identité simple et une entre la médiation propre du Christ et celle de
Marie-Médiatrice (lorsque l'une et l'autre sont considérées dans la
plénitude des temps - voir n° 26), si Marie-Médiatrice exerce papalement sa
médiation, alors, le Christ lui-même exerce aussi sa propre médiation d'une
manière papale. Par le fait même, il faut penser et croire que, dans la
plénitude des temps, le dernier Pape accomplit son ministère trinitaire par
et en la personne du Christ lui-même. Mais, quant au fait que nous avons
mentionné ci-dessus, savoir que le dernier Pape accomplit son ministère
trinitaire par et en Marie-Médiatrice, ce fait ne peut se concevoir qu'en
vertu de la relation sponsale, d'ordre mystique, existant entre le dernier
Pape et Marie-Médiatrice, relation par laquelle et selon laquelle ces deux
personnes distinctes - qui sont le dernier Pape et Marie-Médiatrice - ne
font plus corporellement qu'un entre elles. Par conséquent, on devrait être
amené à penser et à croire, a priori, que cet a