Homélie pour la fête de la Pentecôte

Année A  -  Jean 20, 19-23


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Le soir du même jour, le premier de la semaine, les disciples avaient, par crainte des Juifs, fermé les portes de l'endroit où ils se tenaient.  Or, Jésus vint, et se trouva au milieu d'eux.  Il leur dit : «La paix soit avec vous !»  Ce disant, il leur montra ses mains et son côté.  Les disciples furent tout heureux de revoir le Seigneur.  Jésus leur dit donc une fois encore : «La paix soit avec vous !  Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.»  A ces mots, il souffla sur eux : «Recevez l'Esprit-Saint, leur dit-il.  Seront remis les péchés de ceux à qui vous les remettrez ; seront retenus les péchés de ceux à qui vous les retiendrez.»"



Homélie :


"Le soir du même jour, le premier de la semaine, les disciples avaient, par crainte des Juifs, fermé les portes de l'endroit où ils se tenaient.  Or, Jésus vint, et se trouva au milieu d'eux.  Il leur dit : «La paix soit avec vous !»  Ce disant, il leur montra ses mains et son côté.  Les disciples furent tout heureux de revoir le Seigneur."

L’évangile a été écrit par des hommes : les évangélistes.  Mais ce livre sacré renferme des paroles qui ne sont pas des paroles d’homme : au contraire, ce sont les paroles mêmes de Dieu, de Jésus-Christ, qui y sont consignées par écrit.  L’événement de la Pentecôte ayant eu lieu après l’Ascension du Seigneur au Ciel, il est clair que, pour célébrer cette fête, l’Eglise ne peut nous présenter en ce jour qu’un évangile antérieur à l’événement en question, mais néanmoins en très étroite relation avec lui.

En effet, le soir de Pâques, Jésus ressuscité apparut à ses disciples rassemblés au Cénacle, à Jérusalem.  Et la chose la plus importante que fit Jésus, par rapport à lui, ce fut de se montrer à ses disciples : il voulut qu’ils voient son corps ressuscité !  Ce n’était pas un autre corps, mais bien le sien : celui qui le fit Homme-Dieu dans le sein de la Vierge Marie, sa Mère ; celui qui fut transpercé par les clous et par la lance du soldat romain.  "Il leur montra ses mains et son côté.  Les disciples furent tout heureux de revoir le Seigneur."

Cette notion de "corps" ressuscité du Seigneur est capitale pour bien comprendre, et pour essayer de cerner pleinement tout le Mystère de l’événement de ce jour : la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, telle que Saint Luc nous l’a décrite dans les Actes des Apôtres.  Il dit ainsi : "Ils virent paraître comme des langues de feu qui, se partageant, vinrent se poser sur chacun d’eux.  Ils furent tous remplis du Saint-Esprit." (Ac. 2, 3-4)  Cela veut dire que l’Esprit-Saint vint sur terre pour unir entre eux tous et chacun des fidèles du Christ, tout comme ce même Esprit-Saint repose éternellement sur le Christ, unissant par là, pour toujours, son âme et son corps.

"Jésus leur dit donc une fois encore : «La paix soit avec vous !  Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.»  A ces mots, il souffla sur eux : «Recevez l'Esprit-Saint, leur dit-il.  Seront remis les péchés de ceux à qui vous les remettrez ; seront retenus les péchés de ceux à qui vous les retiendrez.»"

Retenons bien quelle est la similitude entre la Résurrection du Seigneur, et l’événement de la Pentecôte.  Lors de la Résurrection du Christ, l’Esprit-Saint vient demeurer en lui, l’Homme-Dieu, de telle manière que, pour toujours et à jamais, son âme et son corps vivent dans une parfaite et indissoluble union.  Lors de l’événement de la Pentecôte, l’Esprit-Saint vient demeurer en chacun des disciples du Seigneur, du moins ceux qui étaient alors présents, de telle manière que, pour toujours et à jamais, l’Eglise, le Corps mystique du Christ, jouisse d’une parfaite et indissoluble unité.  C’est en cette unité que tous nous croyons lorsque nous disons, dans le Credo : "Je crois à l’Eglise, une, sainte, catholique, et apostolique."

Mais il y a une très grande différence entre l’action de l’Esprit-Saint le jour de la Résurrection de Jésus, et le jour de la Pentecôte.  En effet, le jour de la Résurrection du Seigneur, l’Esprit-Saint n’agit que par rapport à une seule et unique personne : le Christ.  Tandis que le jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint agit par rapport à tout un groupe, toute une communauté de personnes : les Apôtres, et les disciples, et tout d’abord, Marie, la Mère du Sauveur.  Cela explique la différence essentielle du don de l’Esprit-Saint reçu en ces deux jours : un don d’unicité, le jour de la Résurrection du Christ, et un don de multiplicité, le jour de la Pentecôte.

Nous le croyons : l’Esprit est un, et il est unique.  Mais ses dons sont variés et divers.  Lors donc de la Résurrection du Sauveur, au soir de ce jour désormais sans déclin pour le Fils unique de Dieu, le don de l’Esprit que fit Jésus à ses disciples porta en lui cette marque d’unicité propre au Christ en personne : ce don de remettre les péchés ne peut en effet être attribué qu’à Dieu seul en Jésus-Christ, unique Sauveur des hommes, celui dont les Apôtres furent les ministres et les représentants sur terre.  Et lors de l’événement de la Pentecôte, le don de l’Esprit-Saint qui fut communiqué aux disciples porta si bien en lui cette marque de multiplicité propre au Corps mystique du Christ que, dès les premiers instants, ceux qui avaient reçu un tel don se faisaient miraculeusement comprendre par une foule de gens dont ils ne connaissaient pas eux-mêmes la langue : "Nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu !" (Ac. 2, 11)

Remercions le Seigneur pour cet événement unique et merveilleux de la Pentecôte !  Qu’il nous donne de célébrer dignement l’Eucharistie de ce jour, dans la foi, l’espérance, l’action de grâces, et la sainte charité !  Que Marie, qui reçut la première ce don de l’Esprit, nous montre le chemin par lequel il faut passer pour aller à Dieu dans l’unité de la foi à la Parole de Dieu qu’Elle a engendrée pour nous sur terre !