Homélie pour le Baptême du Seigneur
Année A - Mt. 3, 13-17
par
le Père Daniel Meynen
"Jésus arrivait de Galilée au Jourdain près
de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean s’y refusait : «C’est
moi qui ai besoin de ton baptême, et toi, tu viens à moi !»
Mais Jésus lui répondit : «Laisse faire pour le moment
; car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice.»
Alors Jean le laissa faire. Au moment où Jésus, baptisé,
sortait de l’eau, voici que les cieux s’ouvrirent à lui, et il vit,
tel une colombe, l’Esprit de Dieu descendre sur lui. Et du ciel une
voix se faisait entendre : «Voici mon Fils bien-aimé, sur
qui je porte mon affection.»"
Homélie :
"Jésus arrivait de Galilée au Jourdain près de
Jean pour se faire baptiser par lui."
Le dimanche qui suit l’Epiphanie du Seigneur, l’Eglise commémore
le baptême de Jésus. Ce dimanche est donc consacré
au souvenir du commencement de la mission du Christ. Car Jésus
commence sa mission, comme tout chrétien, par le fait de recevoir
le baptême par un de ceux qui sont chargés de le représenter
sur terre. Jean-Baptiste est en effet la figure de l’Eglise, mais
il est d’abord celui qui ressemble au Christ, et qui donc le représente
parmi les gens de son temps. Quand Jean-Baptiste baptise, il est
la figure de l’Eglise qui baptise. Quand Jésus est baptisé
par Jean, il est la figure de l’homme ou de la femme qui est baptisé
par l’Eglise. Le baptême inaugure la mission du nouveau baptisé
; Jésus inaugure sa mission en se faisant baptisé par Jean.
"Jean s’y refusait : «C’est moi qui ai besoin de ton baptême,
et toi, tu viens à moi !» Mais Jésus lui répondit
: «Laisse faire pour le moment ; car il convient que nous acomplissions
ainsi toute justice.» Alors Jean le laissa faire."
Saint Matthieu est le seul des évangélistes à rapporter
ces paroles du Seigneur ; Saint Marc et Saint Luc n’en parlent pas.
Il est clair que Jean-Baptiste a raison : c’est bien lui qui a besoin d’être
baptisé par Jésus , et non l’inverse. Mais il arrive,
non rarement, que ce que nous pensons raisonnable doit être écarté
de nos projets et de nos prévisions : car Dieu, qui sait tout, a
prévu autre chose, que nous ignorons pour l’instant, et que nous
devrons accomplir à la place de ce que nous avions nous-mêmes
prévu. C’est ce qui eut lieu lors du baptême de Jésus.
Jean-Baptiste avait prévu cette rencontre avec le Maître (cf.
Jn. 1, 26), mais il ne se doutait pas de ce qui allait réellement
se passer.
Jean-Baptiste obéit donc à l’ordre du Christ : "Laisse
faire pour le moment." Jésus dit bien : "pour le moment."
Car il arrive souvent que Dieu ordonne quelque chose à faire maintenant,
à la place de ce que nous avions prévu nous-mêmes,
tout en nous laissant par la suite la liberté de faire ce que nous
avions envisagé. Dieu nous met un moment à l’épreuve
afin de voir si nous lui sommes fidèles. Ensuite, il nous
laisse agir selon notre gré. Car, alors, ce que nous ferons
sera conforme à sa volonté, volonté que nous aurons
déjà embrassée avec foi et avec amour, et qui ne fera
plus qu’un avec la nôtre.
Au coeur du baptême de Jésus, se place l’obéissance
! N’est-ce pas pour obéir à son Père que Jésus
accomplit sa mission ? Lorsque Jésus sera baptisé dans
son sang, ne se fera-t-il pas obéissant jusqu’à la mort,
"la mort de la croix" (Phil. 2, 8) ? Il n’y a pas de doute à
cela : l’obéissance est au coeur même du baptême !
C’est pourquoi Jean-Baptiste doit obéir à Jésus, car
l’un et l’autre sont semblables : si Jésus obéit à
son Père en se faisant baptiser pour inaugurer sa mission, Jean-Baptiste,
de son côté, doit obéir à Jésus pour
inaugurer, en figure, un nouveau baptême, celui de l’Eglise !
L’obéissance demande la foi : nous devons croire que ce que dit
celui qui nous commande est ce qu’il faut que nous fassions. C’est
"l’obéissance de la foi" (Rm. 1, 5) ! Or la foi est ce qui,
par grâce, nous rend juste auprès de Dieu : "Celui qui est
juste par la foi, vivra." (Hab. 2, 4 - Rm. 1, 17) Donc, le baptême
nous permet d’obtenir de la miséricorde de Dieu sa propre justice,
celle qui est la justice suprême, pleine et entière ; c’est
pourquoi Jésus conclut en disant à Jean-Baptiste : "Il convient
que nous accomplissions ainsi toute justice."
"Au moment où Jésus, baptisé, sortait de l’eau,
voici que les cieux s’ouvrirent à lui, et il vit, tel une colombe,
l’Esprit de Dieu descendre sur lui. Et du ciel une voix se faisait
entendre : «Voici mon Fils bien-aimé, sur qui je porte mon
affection.»"
Le baptême nous rend justes et amis de Dieu : il nous rend enfants
du Père céleste ! Ce que Jésus a voulu nous
manifester principalement par son baptême, c’est la voix du Père,
notre Père ! Si le Père et l’Esprit-Saint se manifestèrent
lorsque Jésus sortit de l’eau, c’est parce que Jésus lui-même
l’avait voulu ainsi. En effet, si Jésus accomplit la volonté
de son Père en inaugurant sa mission par le baptême dans le
Jourdain, sa volonté et celle de son Père ne font plus qu’un
: ce que Jésus veut, c’est ce que veut son Père ! Jésus
n’a-t-il pas dit, la veille de sa Passion, au moment où il allait
accomplir la suprême volonté de son Père : "Croyez-moi
: je suis dans le Père, et le Père est en moi . . . Tout
ce que possède le Père est à moi." (Jn. 14, 11 - 16,
15)
Jésus a voulu nous manifester la Sainte Trinité lors de
son baptême ! Mais, n’est-il pas un meilleur moment pour nous
manifester la Trinité divine ? Pour nous aujourd’hui, en effet,
il est un meilleur moment : c’est celui de la célébration
eucharistique ! Jésus l’a dit : "Tout comme le Père,
qui m’a envoyé, est vivant, et comme je vis par le Père,
ainsi celui qui me mange vivra par moi." (Jn. 6, 57) Celui qui communie
vit déjà de la vie divine trinitaire ! Celui qui reçoit
Jésus en lui devient fils adoptif de Dieu ! Demandons à
Marie, au cours de cette Eucharistie, de nous aider à recevoir son
divin Fils, afin que, étant de vrais enfants de Dieu, nous soyons
aussi ses enfants à Elle !
|