Homélie pour le sixième dimanche dans l’année

Année A  -  Mt. 5, 17-37


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Jésus disait : «Ne croyez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non les abolir, mais les accomplir.  Oui, vous dis-je, le ciel et la terre passeraient plutôt que ne disparaisse un iota, un trait de la loi avant que tout ne s’accomplisse.  Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à le faire, sera déclaré le moindre dans le royaume des cieux.  Mais celui qui les aura observés et enseignés, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux.  Car, je vous le dis, si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.

"«Vous l’avez appris : il a été dit aux anciens : "Tu ne tueras point" : tout meurtrier sera passible du tribunal ; celui qui dit à son frère : "Racca," sera passible du Grand Conseil ; et celui qui lui dira : "Fou," sera passible de la géhenne du feu.  Lors donc que tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te rappelles que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; alors seulement, tu viendras présenter ton offrande.  Accorde-toi promptement avec ton adversaire tandis que vous venez ensemble au tribunal, de peur qu’il ne te livre au juge, et le juge à l’huissier, et que tu ne sois mis en prison.  Oui, te dis-je, tu n’en sortiras pas que tu n’aies payé jusqu’au dernier sou.

"«Vous l’avez appris : il a été dit aux anciens : "Tu ne commettras point d’adultère."  Mais moi je vous dis : Tout homme qui jette sur une femme un regard de convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur.  Si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi qu’un seul de tes membres périsse, que d’avoir le corps tout entier jeté dans la géhenne.  Et si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe-la et jette-la loin de toi ; mieux vaut pour toi qu’un seul de tes membres périsse, que d’avoir le corps tout entier jeté dans la géhenne.  Il a été dit aussi : "Celui qui répudiera sa femme, lui donnera une lettre de divorce."  Mais moi je vous dis : Quiconque répudie sa femme, sauf en cas d’union irrégulière, la pousse à l’adultère ; et celui qui épouse une femme répudiée, commet un adultère.

"«Vous l’avez encore appris : il a été dit aux anciens : "Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments."  Mais moi je vous dis de ne point faire du tout de serments : ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce que c’est l’escabeau de ses pieds ; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi.  Tu ne jureras pas non plus par ta tête, parce que tu n’en peux rendre un seul cheveu blanc ou noir.  Dites seulement : oui, si c’est oui ; non, si c’est non.  Ce qu’on y ajoute vient du Malin.»"



Homélie :


"Jésus disait : «Ne croyez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non les abolir, mais les accomplir.»"

Jésus continue son enseignement : il instruit ses disciples sur la façon de vivre la Loi nouvelle, cette loi d’amour qu’il est venu apporter au monde entier !  En fait, rien de substantiel ne change : il n’y a pas de différence fondamentale entre la Loi ancienne et la Loi nouvelle.  Ce qui change, c’est la manière de pratiquer la Loi : Jésus vient accomplir la Loi ancienne, il vient lui donner sa perfection, sa plénitude !

Jésus accomplit parfaitement la Loi ancienne, et c’est ainsi qu’il sauve le monde, lui, le Dieu fait Homme !  Il vient dans le monde afin de sauver le monde, mais il le sauve en accomplissant parfaitement la Loi de Dieu.  Il vient ainsi pour accomplir en plénitude le sacrifice qu’exigeait la Loi ancienne, et, sur le point de se sacrifier pleinement pour son Peuple, il dira : "Tout est accompli." (Jn. 19, 30)

La Loi ancienne trouvait sa plus haute expression dans le sacrifice rituel, et Jésus vint porter cette Loi ancienne à sa plénitude en s’offrant lui-même en sacrifice, un sacrifice d’amour, un sacrifice qui manifestait à tous les hommes cette Loi d’amour, qui devenait alors la Loi nouvelle !  "Ne croyez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non les abolir, mais les accomplir."

"«Oui, vous dis-je, le ciel et la terre passeraient plutôt que ne disparaisse un iota, un trait de la loi avant que tout ne s’accomplisse.»"

S’il est un moment où le ciel et la terre doivent réellement passer et, en un sens, disparaître, ce sera lors de la seconde venue du Christ sur terre.  Car alors la prophétie de Saint Jean se réalisera : "Je vis alors un ciel nouveau et une terre nouvelle, puisque le premier ciel et la première terre s’en étaient allés." (Ap. 21, 1)

Ces paroles du Seigneur : "le ciel et la terre passeraient plutôt que ne disparaisse un iota, un trait de la loi avant que tout ne s’accomplisse," peuvent donc signifier que, si la Loi de Dieu n’était plus observée, si un iota, un trait de la Loi disparaissait, alors le moment serait venu où le Christ Seigneur reviendrait sur terre pour donner à la Loi toute sa plénitude en jugeant les nations, ainsi que chaque homme, chaque femme en particulier.

Ne voit-on pas là un motif très grand de respecter et d’accomplir dans toute notre vie la Loi de Dieu ?  Ne sommes-nous pas tous responsables de ce qui se passe dans le monde ?  A chaque époque, hier, aujourd’hui, et demain, chacun de nous est responsable devant Dieu et devant les hommes : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour pratiquer la Loi de Dieu, et ainsi faire en sorte que le ciel et la terre ne passent pas devant nos yeux, et que le Christ ne nous surprenne pas à l’improviste !

"«Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à le faire, sera déclaré le moindre dans le royaume des cieux.  Mais celui qui les aura observés et enseignés, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des cieux.»"

Regardons ce que le Seigneur veut que nous fassions.  Ce qu’il demande, c’est que nous observions ses commandements, jusqu’aux plus petits d’entre eux.  Mais il demande aussi que nous enseignions ces mêmes commandements à ceux qui nous entourent et dont nous avons la charge.  Il ne s’agit donc pas de rester dans son coin et de se croire parfait dans l’accomplissement de la Loi de Dieu : il faut encore que nous sortions de nous-mêmes et que nous apprenions aux autres la pratique de la perfection de la Loi !

Nous avons reçu le sacrement de Baptême ; sans doute avons-nous aussi reçu celui de la Confirmation.  Mais ces deux sacrements ne servent pas pour eux-mêmes : ils sont ordonnés à la reception du Sacrement de l’Eucharistie !  Même si quelqu’un ne peut pas recevoir réellement l’Eucharistie, le baptême et la confirmation lui servent à communier spirituellement à Jésus dans le Sacrement de son Corps et de son Sang.  Si donc nous avons été baptisés dans le Sang du Christ (cf. Rm. 6, 3), c’est pour devenir d’autres Christs semblables, par l’Eucharistie, à l’unique Christ, Fils de Dieu.

Notre baptême, et notre confirmation dans le Christ, est ce qui nous permet de pratiquer à la perfection la Loi de Dieu, cette Loi d’amour que Jésus a manifesté sur la Croix du Calvaire, et qu’il vient nous révéler lors de chaque Eucharistie.  Notre baptême est ce qui nous rend fils de Dieu dans le Christ par la pratique de la Loi nouvelle !  Soyons donc fidèles à notre baptême et à notre confirmation dans le Christ, soyons de vrais disciples du Christ par l’Eucharistie !  Que Marie, notre Mère à tous, nous aide de sa prière toute-puissante sur le Coeur de Dieu !