Homélie pour le sixième dimanche de Pâques
Année A - Jean 14, 15-21
par
le Père Daniel Meynen
"Jésus disait à ses disciples : «Si vous m’aimez,
vous observerez mes commandements. Et moi je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il demeure éternellement
avec vous. C’est l’Esprit de vérité, que le monde ne
peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas.
Mais vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous, et est en
vous.
"«Je ne vous laisserai pas orphelins ; je reviendrai près
de vous. Dans bien peu de temps, le monde ne me verra plus ; mais
vous, vous me reverrez, parce que moi je vis et que vous vivrez.
Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père,
vous en moi et moi en vous.
"«Celui qui a mes commandements et qui les observe, c’est celui-là
qui m’aime. Et celui qui m’aime sera aimé de mon Père
; je l’aimerai et je me ferai connaître à lui.»"
Homélie :
"Jésus disait à ses disciples : «Si vous m’aimez,
vous observerez mes commandements. Et moi je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il demeure éternellement
avec vous. C’est l’Esprit de vérité, que le monde ne
peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas.
Mais vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous, et est en
vous.»"
L’évangile de ce jour est tiré du discours de Jésus
à ses disciples la veille de sa Passion : Jésus prépare
ses disciples à son départ sur la Croix du Calvaire, et à
la venue de celui qui doit le remplacer sur terre, l’Esprit-Saint.
Car cet Esprit d’Amour qui unit le Père et le Fils au sein de la
Divine Trinité est comme un autre Christ : l’Homme-Dieu est le Paraclet,
et l’Esprit-Saint est cet "autre Paraclet" envoyé lui aussi par
le Père !
Il n’y a eu, en fait, qu’une seule action du Père envers ses
créatures : l’envoi de son Verbe le jour de l’Incarnation, "lorsque
vint la plénitude du temps" (Ga. 4, 4). Au sein de la Divine
Trinité, le Père ne réalise qu’un seul acte éternel
: la génération de son Fils dans l’Esprit d’Amour.
L’envoi du Verbe lors de l’Incarnation n’est qu’une extension, en dehors
de la Divine Trinité, de cet acte unique dans la Très Sainte
Trinité elle-même. Cet envoi du Verbe a été
préparé par la Création de l’univers et de toutes
les créatures visibles et invisibles, qui doivent toutes se soumettre
au Christ et être récapitulées en lui. Pareillement,
cet envoi du Verbe a été suivi d’une extension qui est venue
le compléter dans le temps : c’est l’envoi de l’Esprit-Saint, cet
autre Paraclet, celui qui doit mener les disciples "vers la vérité
tout entière." (Jn. 16, 13)
L’envoi de l’Esprit-Saint le jour de la Pentecôte une fois placé
dans sa perspective globale du Mystère trinitaire répandu
et communiqué, on comprend alors mieux ce que Jésus veut
dire ici : "C’est l’Esprit de vérité, que le monde ne peut
recevoir, parce qu’il ne le voit pas." Ce qui est spirituel est ordinairement
invisible. Mais ici, l’Esprit-Saint peut être vu, non par le
monde, mais bien par les disciples du Christ, qui, justement parce qu’ils
sont des disciples de l’Homme-Dieu, forment tous ensemble un seul et unique
Corps du Christ par lequel et dans lequel l’Esprit de Dieu devient en quelque
sorte visible, moyennant les yeux de la foi. D’ailleurs, le jour
même de la Pentecôte, l’Esprit-Saint se répandit sur
les Apôtres en manifestant sa présence d’une manière
visible par "des langues de feu" (Ac. 2, 3).
"«Je ne vous laisserai pas orphelins ; je reviendrai près
de vous. Dans bien peu de temps, le monde ne me verra plus ; mais
vous, vous me reverrez, parce que moi je vis et que vous vivrez.
Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père,
vous en moi et moi en vous.»"
L’Esprit-Saint, cet autre Paraclet que Jésus enverra, est la
personne divine qui procède du Père et du Fils : en ce sens,
il est l’Esprit du Père et du Fils, il est la personne divine qui
est tout à la fois l’Esprit de paternité et l’Esprit de filiation.
C’est donc en faisant référence à l’Esprit d’Amour
qui l’unit à son Père que Jésus peut se présenter
à ses disciples comme l’Image de son Père, comme celui qui
veille sur ses disciples comme un père veille sur ses enfants :
"Je ne vous laisserai pas orphelins." Lorsque l’Esprit-Saint viendra
sur terre, le jour de la Pentecôte, alors, cet autre Paraclet manifestera
à tous combien le premier Paraclet, le Christ, possède en
lui, pour ses disciples, l’esprit de paternité aussi bien que l’esprit
de filiation : "Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en
mon Père, vous en moi et moi en vous."
"«Celui qui a mes commandements et qui les observe, c’est celui-là
qui m’aime. Et celui qui m’aime sera aimé de mon Père
; je l’aimerai et je me ferai connaître à lui.»"
Jésus avait commencé par dire : "C’est l’Esprit de vérité,
que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît
pas. Mais vous, vous le connaissez parce qu’il demeure avec vous,
et est en vous." Oui ! Jésus dit à ses disciples,
parlant de l’Esprit-Saint : "Il demeure avec vous, et est en vous."
Cela veut dire que l’Esprit d’Amour est en nous. Bien sûr,
dans la mesure où nous observons la loi et les commandements de
Dieu : "Celui qui a mes commandements et qui les observe, c’est celui-là
qui m’aime." Et cet Esprit d’Amour, l’Esprit même de Dieu,
est en nous afin que nous aimions le Christ : comment en pourrait-il être
autrement, puisque cet Esprit d’Amour est cet "autre Paraclet", celui qui
a été envoyé par le Christ, le premier Paraclet ?
Si, dans l’Esprit-Saint, nous aimons le Christ, alors ce n’est pas d’abord
le Christ en lui-même que nous aimons, mais bien le Christ dans son
Père : car l’Esprit-Saint, en vertu de l’esprit de paternité,
nous renvoie aussitôt vers le Père, là où est
le Christ. C’est pourquoi, la toute première conséquence
de notre amour du Christ dans l’Esprit-Saint est que le Père nous
aime : "Celui qui m’aime sera aimé de mon Père." Mais
à partir de ce moment-là, nous devenons vraiment fils du
Père, et, dans l’Esprit-Saint, en vertu de l’esprit de filiation,
nous découvrons tout ce que peut contenir en elle la notion de fils
de Dieu. C’est pourquoi, Jésus finit par dire, parlant de
celui qui l’aime dans l’Esprit-Saint : "Je l’aimerai et je me ferai connaître
à lui."
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