Homélie pour le cinquième dimanche dans l’année
Année A - Mt. 5, 13-16
par
le Père Daniel Meynen
"Jésus disait : «Vous êtes le sel de la terre.
Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il n’est
plus bon qu’à être jeté dehors et foulé par
les hommes.
"«Vous êtes la lumière du monde. Une ville
sise en haut d’une montagne ne peut rester cachée ; on n’allume
pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire
afin d’éclairer tous ceux qui sont dans la maison. Que votre
lumière luise si bien devant les hommes, qu’à la vue de vos
bonnes oeuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.»"
Homélie :
"Jésus disait : «Vous êtes le sel de la terre.»"
Le passage de l’évangile que nous lisons en ce jour est bien
connu : Jésus nous parle du rôle de ses disciples, nous, les
chrétiens, dans le monde où nous vivons, en attendant le
monde nouveau, celui que Dieu nous dévoilera quand il reviendra
à la fin des temps ! "Vous êtes le sel de la terre,"
dit Jésus. Qu’est-ce à dire ? Les disciples du
Christ ne sont-ils pas des hommes et des femmes semblables aux autres hommes
et aux autres femmes de la terre entière ? Oui, certes.
Mais il y a une différence : les disciples du Christ ont quelque
chose de plus qui les changent en d’autres êtres. Jésus
dit bien : "Vous ETES le sel de la terre."
Les disciples du Christ sont autres : ils sont différents des
autres hommes et femmes de la terre. Jésus l’a dit, parlant
de ses disciples, en priant son Père la veille de sa Passion : "Ils
ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde." (Jn. 17, 16)
Nous le voyons : Jésus fonde cette différence sur ce qu’il
est lui-même ! Or, Jésus est d’abord et pour toujours
Fils de Dieu : il est homme, mais il est avant tout Fils de Dieu, né
du Père avant tous les siècles. Ainsi, semblablement,
mais selon un autre rapport, les disciples du Christ sont aussi fils de
Dieu : ils participent à la vie divine que le Père leur donne
dans son Fils par l’Esprit-Saint !
Dans la mesure de notre espérance de la vie éternelle,
Dieu nous rend "participants de la nature divine" (2 Pierre 1, 4) qu’il
possède en propre. Si nous gardons notre regard tourné
vers le Ciel, si nous sommes fidèles dans l’attente du Sauveur qui
doit venir pour renouveler la face de la terre, alors nous ne sommes plus
semblables aux autres hommes et autres femmes du monde : nous sommes fils
de Dieu en espérance, car "c’est en espérance que nous sommes
sauvés." (Rm. 8, 24) Il faut donc que nous demandions au Seigneur
de nous maintenir dans cette sainte espérance ; sinon, le sel que
nous sommes viendra à s’affadir, et Jésus dira : "Si le sel
perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il n’est plus bon
qu’à être jeté dehors et foulé par les hommes."
"«Vous êtes la lumière du monde.»"
Si la figure du sel peut paraître banale et sans éclat,
par contre celle de la lumière nous éblouit et pourrait nous
faire perdre la tête. Pensons à cet ange déchu
qui s’appelait "Porte-Lumière", ou "Lucifer" ! Il y a un risque,
et il est bien réel. Pourtant, ce sont les paroles mêmes
du Seigneur : "Vous êtes la lumière du monde." Alors,
comment pouvons-nous être, sans risque, "la lumière du monde"
? Est-ce possible ? Si Jésus a dit ces paroles, et il
les a dites réellement, alors il n’y aucun doute que cela soit possible.
Comment ? Tout simplement en étant non pas lumière
en nous-mêmes, comme le fut Lucifer, mais bien lumière en
Dieu seul et pour Dieu seul !
Saint Paul l’enseignait lui-même, lorsqu’il écrivit aux
gens d’Ephèse : "Jadis vous étiez ténèbres,
mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur : conduisez-vous
comme de vraies lumières." (Ep. 5, 8) Celui qui n’est pas
lumière dans le Seigneur ne peut pas être une vraie lumière.
Si nous voulons être lumière pour le monde et participer à
la mission de Jésus qui vient éclairer tous les hommes de
la terre (cf. Jn. 1, 9) , alors, nous devons vivre en Dieu et accomplir
des oeuvres de salut, et non des oeuvres de mort éternelle. "Le
fruit de la lumière, c’est bonté, justice et vérité.
Recherchez ce qui est agréable au Seigneur, et n’ayez complicité
dans aucune oeuvre stérile des ténèbres." (Ep. 5,
9-11)
Il n’est donc pas besoin d’accomplir des actions éclatantes et
magnifiques pour être lumière du monde. Il suffit de
rester dans le Seigneur, qui est la vraie lumière venant en ce monde
: nous pouvons être missionnaires et éclairer le monde entier
tout en restant dans l’obscurité de notre condition actuelle, sans
éclat, sans relief, mais pleine de l’amour de Dieu et des hommes.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui resta toujours
dans son Carmel, ne fut-elle pas proclamée Patronne des missions,
au côté de Saint François-Xavier, qui partit dans de
lointaines missions ? Il n’y a pas de doute à cela : Sainte
Thèrèse fut elle aussi une grande lumière dans le
Christ, elle qui est maintenant Docteur de l’Eglise !
Sel de la terre, lumière du monde ! Deux symboles à
méditer ! Que le Seigneur daigne nous éclairer encore
davantage sur ce point. Demandons-le lui au cours de cette Eucharistie.
Que Marie, la plus magnifique des lumières dans le Christ, nous
aide de sa prière ! Que Jésus nous soit donné
en ce jour par Marie !
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