Homélie pour le cinquième dimanche de Carême

Année A  -  Jn. 11, 1…45


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Les deux soeurs, Marthe et Marie, envoyèrent dire à Jésus : «Seigneur, ton ami est malade.»  A ces mots, Jésus répondit : «Cette maladie ne causera pas la mort ; elle va servir à la gloire de Dieu, en ce que le Fils de Dieu sera, grâce à elle, glorifié.»  Or Jésus aimait Marthe et sa soeur et Lazare.  Mais quoiqu’il le sût malade, il resta là deux jours encore.  Il dit ensuite à ses disciples : «Retournons en Judée.»

"A son arrivée, Jésus trouva Lazare depuis quatre jours au tombeau.  Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison.  Marthe dit à Jésus : «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !  Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera.»  Jésus lui dit : «Ton frère ressuscitera.»  -  «Je sais, répliqua-t-elle, qu’il ressuscitera à la résurrection du dernier jour.»  Jésus lui dit : «C’est moi la résurrection ; celui qui croit en moi, vivra, fût-il mort.  Et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais.  Crois-tu cela ?»  Elle répondit : «Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde.»

"Jésus dit : «Où l’avez-vous mis ?»  -  «Seigneur, répondirent-ils, viens voir.»  Jésus se mit à pleurer.  Et les Juifs de dire : «Comme il l’aimait !»  Quelques uns d’entre eux dirent cependant : «Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher celui-ci de mourir ?»  Jésus frémit à nouveau en lui-même et se rendit au tombeau.  C’était un caveau recouvert d’une dalle.  Jésus dit : «Enlevez la dalle.»  Marthe, la soeur du défunt, lui dit : «Seigneur, il sent ; voilà quatre jours qu’il est là.»  -  «Ne t’ai-je pas dit, répond Jésus, que si tu as la foi, tu verras la gloire de Dieu ?»  On enleva donc la dalle.  Puis Jésus leva les yeux au ciel et dit : «Père, je te rends grâce de m’avoir exaucé.  Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je parle ainsi pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.»  Après ces paroles, il cria d’une voix forte : «Lazare, sors !»  Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un suaire.  Jésus dit alors : «Déliez-le et laissez-le aller.»  Une grande partie des Juifs qui étaient venus rendre visite à Marthe, à la vue de ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui."



Homélie :


"Les deux soeurs, Marthe et Marie, envoyèrent dire à Jésus : «Seigneur, ton ami est malade.»  A ces mots, Jésus répondit : «Cette maladie ne causera pas la mort ; elle va servir à la gloire de Dieu, en ce que le Fils de Dieu sera, grâce à elle, glorifié.»"

La maladie, la mort, et enfin la résurrection de Lazare constituent le point culminant de l’action de Jésus parmi son Peuple !  C’est l’ultime étape avant le triomphe du Dimanche des Rameaux et celui du Vendredi-Saint.  C’est l’action la plus manifeste de Jésus sur le chemin de sa glorification par son Père : le Fils de Dieu montre à tous les hommes qu’il est venu sur terre pour leur apporter la vie éternelle et la gloire sans fin qui est en lui depuis tous les siècles !

"Marthe dit à Jésus : «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !  Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera.»  Jésus lui dit : «Ton frère ressuscitera.»  -  «Je sais, répliqua-t-elle, qu’il ressuscitera à la résurrection du dernier jour.»  Jésus lui dit : «C’est moi la résurrection ; celui qui croit en moi, vivra, fût-il mort.  Et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais.  Crois-tu cela ?»  Elle répondit : «Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde.»"

Jésus tient à nous enseigner la vraie notion de la Résurrection.  Et il se sert de la mort de Lazare pour nous donner une leçon pratique qui nous permette de mieux comprendre ce grand mystère de la vie en Jésus.  Lazare aimait Jésus, et Jésus aimait Lazare : vivant, ils ne faisaient tous deux qu’un dans l’amour.  Or, Jésus, qui est non seulement homme, mais aussi et d’abord Dieu, est déjà ressuscité, comme homme, dans l’extrémité supérieure de son âme : il voit déjà Dieu son Père par la fine pointe de son âme, là où son humanité perçoit déjà tout le mystère de sa divinité.  Aussi, celui qui est uni à Jésus dans la foi et dans l’amour peut déjà recevoir de lui ce commencement de résurrection, sinon dans son corps, tout au moins dans son âme.  Si donc Jésus aimait Lazare, et que Lazare aimait Jésus, c’est bien ce commencement de résurrection de l’âme de Lazare que Jésus voulut montrer à tout son Peuple en ressuscitant Lazare dans son corps.  Cependant, tant que la résurrection finale, celle du dernier jour, dont parle Marthe, n’est pas encore venue, ce commencement de résurrection du corps de Lazare ne peut pas encore avoir de suite, et c’est pourquoi Lazare mourut une seconde fois.

"Jésus dit : «Enlevez la dalle.»  Marthe, la soeur du défunt, lui dit : «Seigneur, il sent ; voilà quatre jours qu’il est là.»  -  «Ne t’ai-je pas dit, répond Jésus, que si tu as la foi, tu verras la gloire de Dieu ?»  On enleva donc la dalle.  Puis Jésus leva les yeux au ciel et dit : «Père, je te rends grâce de m’avoir exaucé.  Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je parle ainsi pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.»  Après ces paroles, il cria d’une voix forte : «Lazare, sors !»"

Jésus prie son Père, car il n’est pas venu faire sa volonté, mais celle de son Père.  Cependant Jésus ne prie pas son Père comme s’il était impuissant pour accomplir le miracle en question.  Non.  Jésus peut tout de lui-même, car il est un seul Dieu avec son Père et l’Esprit-Saint.  C’est pourquoi il dit à son Père : "Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours."  Mais Jésus est aussi homme, semblable aux autres hommes et femmes qui l’entourent en ce moment même.  Il faut donc que Jésus leur montre l’exemple : il faut qu’il agisse comme celui qui est le modèle à imiter, celui qui est à la tête de cet immense corps que constitue la multitude des fidèles qui croient en lui.  Jésus est le premier-né d’une multitude de frères (cf. Rm. 8, 29) : il est pleinement homme, semblable aux autres hommes.  Et pourtant il accomplit des oeuvres que nul homme ne peut réaliser de lui-même : il accomplit des oeuvres divines, il réalise l’Oeuvre de Dieu parmi les hommes, afin que tous le reconnaissent comme l’envoyé de Dieu et croient en lui.  "Je parle ainsi pour cette foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé."

"Une grande partie des Juifs qui étaient venus rendre visite à Marthe, à la vue de ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui."

Si Jésus a accompli un grand miracle en ressuscitant Lazare, s’il a réalisé ainsi l’Oeuvre de Dieu, il est un plus grand miracle encore, et l’Oeuvre de Dieu se manifeste d’une manière combien plus admirable dans le fait que les Juifs qui étaient venus rendre visite à Marthe crurent en Jésus Fils de Dieu !  Car Jésus l’a dit : "L’oeuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé." (Jn. 6, 29)  Et Jésus a insisté sur ce fait à l’égard de Marthe : "C’est moi la résurrection ; celui qui croit en moi, vivra, fût-il mort.  Et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais.  Crois-tu cela ?"  Et encore : "Ne t’ai-je pas dit que si tu as la foi, tu verras la gloire de Dieu ?"  Demandons pour nous-mêmes cette foi en la résurrection !  Que Marie, Mère de Jésus, et notre Mère à tous, nous obtienne ce don précieux de la foi en son Fils !