Homélie pour le premier dimanche de Carême

Année A  -  Mt. 4, 1-11


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, afin d’être tenté par le diable.  Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim.  Le Tentateur s’approcha : «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il, ordonne que ces pierres se changent en pains.»  Jésus répondit : «Il est écrit : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Deut. 8, 3).»
"Le diable l’emmena ensuite dans la ville sainte, et le plaça au sommet du temple : «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il, jette-toi en bas, car il est écrit : "Dieu a donné pour toi des ordres à ses anges ; ils te soutiendront de leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre" (Ps. 90, 11-12).»  Jésus lui dit : «Il est écrit aussi : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Deut. 6, 16).»
"Le diable l’emmena encore sur une haute montagne et lui montra tous les royaumes du monde avec leur opulence : «Tout cela, lui dit-il, je te le donnerai, si tu te prosternes pour me rendre hommage.»  «Arrière, Satan, lui dit alors Jésus, car il est écrit : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul" (Deut. 6, 13).»
"Cette fois le diable le laissa ; et alors des anges s’approchèrent et ils le servaient."



Homélie :


"Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, afin d’être tenté par le diable."

Chaque année, le premier dimanche de Carême, l’Eglise nous propose un évangile qui nous parle de la tentation de Jésus par le démon.  La raison en est que le Carême est un temps de préparation à Pâques.  C’est-à-dire que nous devons nous exercer à accomplir ce grand passage de la mort à la vie que constitue la Pâque du Seigneur.  Lorsque commence le Carême, c’est comme si Pâques était déjà aujourd’hui !  Mais cette préparation à la Pâque du Seigneur n’est pas réservée à l’unique temps du Carême : c’est toute l’année liturgique, c’est toute notre vie qui est une préparation à Pâques !

La preuve en est que chaque dimanche de l’année nous rappelle la Résurrection du Christ, ainsi que l’enseigne le Second Concile du Vatican : "Notre Mère la sainte Eglise estime qu’il lui appartient de célébrer l’oeuvre salvifique de son Epoux par une commémoraison sacrée, à jours fixes, tout au long de l’année.  Chaque semaine, au jour qu’elle a appelé "jour du Seigneur", elle fait mémoire de la résurrection du Seigneur." (Constitution Sacrosanctum Concilium, n. 102)

Le Carême n’est donc qu’un temps privilégié où l’Eglise entend s’appliquer davantage à sa mission : enseigner les fidèles et les entraîner à la suite du Christ afin de leur faire vivre plus intensément ce passage de la mort à la vie que le Sauveur a accompli une fois pour toutes.  L’Eglise d’aujourd’hui redit ce que Saint Paul écrivait aux Romains : "Ignorez-vous que nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ, c’est en sa mort que nous l’avons été ?  Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions, à notre tour, une vie nouvelle." (Rm. 6, 3-5)

"Il jeûna quarante jours et quarante nuits, puis il eut faim.  Le Tentateur s’approcha : «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il, ordonne que ces pierres se changent en pains.»  Jésus répondit : «Il est écrit : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Deut. 8, 3).»"

Jésus a voulu  être tenté par le diable à trois reprises.  Trois tentations qui vont croissant dans la malignité et dans le vice : sensualité, cupidité, orgueil.  A chaque fois, Jésus résiste et ne succombe pas : il ne pourrait en être autrement, puisqu’il est le Fils de Dieu !  Mais surtout, à chaque fois, il répond au démon par une parole de la Sainte Ecriture !  A la première tentation, Jésus répond : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Deut. 8, 3) ; à la seconde : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Deut. 6, 16) ; et à la troisième : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul" (Deut. 6, 13).

Hormis le sujet de la tentation, sensualité, cupidité, orgueil, n’y aurait-il pas là un enseignement très profond du Seigneur ?  Assurément !  Le voici : si nous sommes tentés de ceci ou de cela, tâchons de nous rappeler une parole de l’Ecriture, telle que : "Dieu est amour" (1 Jn. 4, 16), si nous sommes tentés d’un profond désespoir, par exemple ; ou bien : "Beaucoup sont appelés, peu sont élus" (Mt. 22, 14), si nous sommes tentés d’un orgueil démesuré.  Dans la Sainte Ecriture, nous trouverons notre réconfort et notre soutien, quelle que soit notre difficulté du moment présent.

Seulement, tout cela demande de l’exercice, surtout un exercice de mémoire.  Il faut apprendre certains passages de la Bible par coeur.  Car au moment de la tentation, nous n’aurons pas alors le loisir ni même le courage d’ouvrir le Livre Saint et de le parcourir.  C’est au moment où nous avons l’âme en repos, alors qu’elle n’est pas troublée par la tentation que nous devons faire notre provision de bonnes paroles, celles que Jésus nous a dites et que les évangélistes nous ont conservées.  Tout particulièrement, nous pouvons mettre à profit ce temps du Carême pour lire la Sainte Ecriture et pour mémoriser certaines paroles du Seigneur.

Maintenant, nous allons célébrer l’Eucharistie !  Nous pourrons ainsi faire mémoire de tout ce que le Sauveur a fait pour nous !  Nous ne pourrons pas seulement mémoriser l’une ou l’autre des paroles du Seigneur, mais nous pourrons laisser la Parole même de Dieu envahir toute notre mémoire dans la sacrement de l’Eucharistie !  Demandons à Marie de nous aider de sa prière bienveillante afin que Jésus vive en nous pour toujours !