Homélie pour l'Épiphanie du Seigneur
Année A

Is 60, 1-6 - Ep 3, 2-3a & 5-6 - Mt 2, 1-12

par le Chanoine Dr. Daniel Meynen


De l'or et de l'encens



Chaque année, de 1999 à 2004, j'ai tenu à rédiger une homélie sur l'évangile de Saint Matthieu relatant le Mystère fêté en ce jour : celui de l'Épiphanie du Seigneur. Chacune de ces homélies est différente des autres. Vous les trouverez sur mon site, aux adresses suivantes :


http://meynen.homily-service.net/an99/aepseign.htm

http://meynen.homily-service.net/an2000/bepseign.htm

http://meynen.homily-service.net/an2001/cepseign.htm

http://meynen.homily-service.net/an2002/aepseign.htm

http://meynen.homily-service.net/an2003/bepseign.htm

http://meynen.homily-service.net/an2004/cepseign.htm


Dans ces homélies précédentes, j'ai chaque fois omis de parler des présents apportés par les Mages et offerts à l'Enfant-Jésus, ainsi qu'à Marie et à Joseph : de l'or, de l'encens, et de la myrrhe. Cette omission était volontaire, car le récit de l'Épiphanie, quoique présent uniquement chez Saint Matthieu et non chez les autres évangélistes, renferme bien d'autres sujets à commenter. Aujourd'hui, je vais compléter mes précédents commentaires par quelques mots sur l'or et l'encens offerts en hommage au Roi de l'Univers.



Is 60, 3-6


Is 60, 3, Jérusalem, les nations vont s'acheminer vers ta lumière, et les rois vers le rayonnement de ton aurore. 4, Lève les yeux et regarde autour de toi ; tout le monde se rassemble pour venir à toi ; tes fils arrivent de loin, et tes filles qu'on porte sur la hanche. 5, Cette vue te rendra radieuse, ton coeur palpitera et se dilatera, car les richesses de la mer afflueront vers toi, et les trésors des nations viendront à toi. 6, Tu seras envahie par une multitude de chameaux, par les dromadaires de Madian et d'Epha ; ils viendront tous de Saba, apportant de l'or et de l'encens, et publiant l'éloge du Seigneur.



Ep 3, 3-6


Ep 3, 3, C'est par révélation que j'ai eu connaissance du mystère tel que je viens de l'esquisser. 4, En le lisant, vous pouvez vous représenter l'idée que je me fais du mystère chrétien, 5, qui n'a pas été manifesté aux hommes des générations passées, comme il vient d'être présentement révélé par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes. 6, Ce mystère, c'est que les païens sont eux aussi héritiers avec nous, les Juifs, membres du même corps, et qu'en vertu de l'Évangile, ils bénéficient de la même promesse dans le Christ Jésus.



Mt 2, 1-2 & 7-12


Mt 2, 1, Après la naissance de Jésus à Bethléem de Judée, sous le règne d'Hérode, des mages venus d'Orient se présentèrent à Jérusalem. 2, «Où est le roi des Juifs, qui vient de naître ? demandaient-ils. Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus lui rendre hommage.» 7, Hérode alors fit venir en secret les mages et se fit préciser par eux la date où l'astre était apparu ; 8, puis il les dirigea sur Bethléem : «Allez prendre des informations précises sur cet enfant, leur dit-il. Quand vous l'aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j'aille lui rendre hommage à mon tour.» 9, Sur ces mots du roi, ils se mirent en route. Et voici que l'étoile, qu'ils avaient aperçue en Orient, se mit à les précéder jusqu'à ce qu'elle vint au-dessus de l'endroit où se trouvait l'enfant. 10, L'apparition de l'astre les avait remplis d'une joie profonde. 11, Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et lui rendirent hommage en se prosternant devant lui. Puis ils ouvrirent leurs bagages et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12, Mais ils reçurent en songe l'avertissement divin de ne pas retourner auprès d'Hérode, et regnagnèrent leur pays par une autre route.



"Je n'ai ni or ni argent ; mais ce que j'ai, je te le donnes : au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et marche !" (Actes 3, 6) Ainsi parle Pierre, le grand Apôtre, pêcheur, pauvre avec les pauvres, s'adressant à un homme "boiteux de naissance" (Actes 3, 2). Pierre n'a pas le sou, il n'est pas un de ces nouveaux chrétiens qui, généreusement, avec charité et humilité, vendent leurs biens et en apportent le prix à la communauté naissante (cf. Actes 4, 34-35).


Ainsi, Pierre, dans la lumière de l'Esprit-Saint à peine descendu sur lui, comprend que, si quelque chose peut valoir de l'or, et bien plus encore, c'est la Puissance divine elle-même. Car seul Dieu peut guérir un homme au nom de son Fils, Jésus de Nazareth : "Lui prenant la main, il le soulève. Au même instant s'affermissent ses pieds et ses chevilles. D'un bond le voilà debout, et il marche. Il entre au temple avec eux en marchant, sautant et louant Dieu." (Actes 3, 7-8)


Qu'est-ce donc cet or apporté par les nations et dont parle Isaïe ? Que peut bien signifier cet or offert par les mages à l'Enfant-Jésus ? Cet or, c'est tout simplement le signe unique et parfait de la Toute-Puissance divine ! Bien loin d'être l'apanage de la puissance humaine, faible, fragile, et ridiculement orgueilleuse d'une richesse éphémère, l'or honore la divinité de l'Enfant-Dieu, divinité sainte, pure, éminente : tout comme, naturellement, l'or est un métal précieux, inoxydable, et universellement recherché.


Dieu a-t-il besoin de notre or, de notre argent ? Devons-nous imiter les mages et offrir à Dieu quelques bouts de métal, si précieux soient-ils ? Assurément, Dieu n'a pas besoin de notre or ni de notre argent. Et pourtant, il faut que, en esprit, nous offrions à Dieu tout ce que nous avons. Car nous ne devons rien garder pour nous. Surtout, il faut que nous nous offrions nous-mêmes à Dieu, tout entier, sans restriction aucune, comme si nous étions l'or le plus pur qui soit !


"Que ma prière monte vers toi comme la fumée de l'encens." (Psaume 140, 2) "Survint un autre ange qui se plaça près de l'autel, un encensoir d'or à la main. On lui remit quantité de parfums à offrir, avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui fait face au trône. Ainsi la fumée des parfums s'éleva avec les prières des saints, de la main de l'ange, en face de Dieu." (Ap 8, 3-4) L'encens n'est pas notre prière. La fumée de l'encens qui se consumme n'est pas notre prière. Mais notre prière s'élève vers Dieu comme la fumée de l'encens. Notre prière, qui est spirituelle, est signifiée, est symbolisée par la fumée de l'encens, qui est matériel, et corporel.


La liturgie chrétienne manifeste périodiquement, au moins chaque dimanche, la vie du Corps du Christ, qui est l'Église. La liturgie prolonge et manifeste, comme une autre épiphanie, la vie du Christ lui-même. Et, comme le Christ est venu révéler et manifester, sur la terre, dans un corps, la vie de Dieu qui est Esprit, ainsi, la liturgie nous permet, au moyen de toute la création, et au moyen de l'encens en particulier, de faire monter vers la divinité trois fois sainte la prière sortant de notre coeur et de notre bouche !


Je ne voudrais pas terminer cette homélie sans parler de la seconde lecture de ce jour, où Saint Paul écrit : "Ce mystère, c'est que les païens sont eux aussi héritiers avec nous, les Juifs, membres du même corps, et qu'en vertu de l'Évangile, ils bénéficient de la même promesse dans le Christ Jésus." Quelle merveille ! Dieu, qui a choisi en premier le peuple Juif, nous a associés à cette élection, dans le Christ Jésus, pour ne plus former, toutes nations confondues, qu'un seul et unique Corps du Christ !


Que par Marie, la Mère du Christ et de l'Église, notre prière, et la prière de tous les fidèles, montent vers le Seigneur, comme l'encens offert par les mages, à l'image des nations venant de Saba !



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