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Homélie
pour le premier Dimanche de Carême Gn 2, 7-9 & 3, 1-7 - Rm 5, 12-19 - Mt 4, 1-11 par le Chanoine Dr. Daniel Meynen
Tentation et Péché
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Nous voici au début du Carême 2008. Il est temps, je pense, de rappeler au lecteur la méthode de travail établie depuis le début de cette année liturgique, et annoncée lors de la Toussaint 2007. Ainsi, je faisais précéder mon homélie pour la Toussaint par ces mots :
Si Dieu veut, pendant les trois années qui viennent, à partir de décembre 2007, et jusque novembre 2010, je rédigerai une nouvelle série d'homélies basée sur les trois cycles liturgiques A, B, et C. Cette nouvelle série, contrairement aux précédentes, aura pour but de donner, dans la mesure du possible, un commentaire uniforme des trois lectures proposées chaque dimanche par le Missel issu de la Réforme liturgique du Concile Vatican II.
Ces nouvelles homélies ne seront pas plus longues que les précédentes. Loin de donner un commentaire complet de chaque lecture, je ne traiterai qu'une partie seulement de chaque lecture, afin de ne parler que d'un seul sujet précis, commun aux trois lectures. Ce sujet sera d'ailleurs rapporté par le titre de l'homélie.
Rappelons, comme le fait la Présentation Générale du Lectionnaire Romain, que «les textes de l'Ancien Testament sont choisis avant tout pour leur correspondance avec les textes du Nouveau Testament qu'on lit à la même messe, et spécialement avec l'Évangile (c'est toujours le cas pendant le Temps ordinaire)» (PGLR, n. 65). En d'autres mots, la première lecture, tirée de l'Ancien Testament, appelle, d'une manière générale, le thème qui sera développé dans l'Évangile du dimanche. «En effet le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien Testament est dévoilé dans le Nouveau.» (ibid. n. 5)
Mais si vous désirez approfondir le sens du texte évangélique de chaque dimanche, vous pourrez toujours recourir à mes homélies passées, disponibles sur mon site. Pour le cycle liturgique A (de décembre 2007 à novembre 2008), un tableau récapitulatif de mes précédentes homélies, avec un lien directe vers chaque homélie, est déjà disponible à cette adresse :
http://meynen.homily-service.net/franc/anneea.htm
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Gn 3, 1-7
Gn 3, 1, Le serpent était rusé plus que tous les animaux des champs qu'avait faits le Seigneur Dieu. Il dit à la femme : «Dieu vous a-t-il vraiment défendu de manger d'aucun arbre du jardin ?» 2, La femme lui répondit : «Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. 3, Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, vous n'y toucherez point, de peur de mourir.» - 4, «Non, reprit le serpent, vous ne mourrez pas ; 5, mais Dieu sait bien que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.» 6, La femme, voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, appétissant d'aspect, et précieux pour ouvrir l'intelligence, en prit, en goûta et en présenta aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. 7, Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent ; ils virent qu'ils étaient nus, assemblèrent des feuilles de figuier, et s'en firent des ceintures.
Rm 5, 12, 15, 16, 18, 19
Rm 5, 12, De même que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est abattue sur tous les hommes, parce que tous ont péché... - 15, Mais il n'en va pas du don de la grâce comme de la faute. Si la faute d'un seul a causé la mort de la multitude, à plus forte raison, la grâce de Dieu, et le bienfait de cette grâce obtenue par un seul homme, Jésus Christ, ont-ils été octroyés avec abondance à la multitude. 16, Et il n'en est pas non plus de ce don comme des conséquences du péché d'un seul : la faute d'un seul a eu pour suite un verdict de condamnation ; par contre, après de nombreuses fautes, le don de la grâce entraîne un jugement de justification. 18, De même, donc, que par la faute d'un seul, la condamnation s'est étendue à tous les hommes, ainsi, par l'acte de justice d'un seul, la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes. 19, De même que la désobéissance d'un seul homme a rendu pécheurs des multitudes d'hommes, ainsi, par l'obéissance d'un seul, des multitudes d'hommes seront constitués justes.
Mt 4, 1-11
Mt
4, 1, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, afin
d’être tenté par le diable. 2, Il jeûna quarante
jours et quarante nuits, puis il eut faim. 3, Le Tentateur s’approcha
: «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il, ordonne que ces pierres
se changent en pains.» 4, Jésus répondit :
«Il
est écrit : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais
de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (Deut 8, 3)»
5, Le diable l’emmena ensuite dans la ville sainte, et le plaça
au sommet du temple : 6, «Si tu es Fils de Dieu, lui dit-il,
jette-toi en bas, car il est écrit : "Dieu a donné
pour toi des ordres à ses anges ; ils te soutiendront de leurs
mains de peur que ton pied ne heurte une pierre" (Ps 90,
11-12).» 7, Jésus lui dit : «Il est écrit
aussi : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Deut 6,
16).» 8, Le diable l’emmena encore sur une haute montagne et
lui montra tous les royaumes du monde avec leur opulence : 9,
«Tout
cela, lui dit-il, je te le donnerai, si tu te prosternes pour me
rendre hommage.» 10, «Arrière, Satan, lui dit
alors Jésus, car il est écrit : "Tu adoreras le
Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul." (Deut 6,
13)» 11, Cette fois le diable le laissa ; et alors des anges
s’approchèrent et ils le servaient.
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Homélie :
Dans le jardin d'Éden, c'est-à-dire le Paradis terrestre, Adam et Ève, le premier homme et la première femme, ont été tentés par le diable - le serpent - et, suite à cette tentation à laquelle ils n'ont pas résisté, ils ont péché contre Dieu. Quelques temps plus tard, dans le désert, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme, Médiateur et Rédempteur de tout homme et de toute femme, a été tenté par le diable, et il a résisté à toutes les tentations, quelles qu'elles soient, car il est tout-puissant par nature, étant Dieu et Fils de Dieu. En même temps, Marie, la Mère de Jésus, et donc la Mère de Dieu et notre Médiatrice auprès du Christ Médiateur, n'a jamais commis aucun péché que ce soit, car, étant pleine de grâces et Immaculée dans sa Conception, elle s'est donnée entièrement à Dieu dès le premier instant de son existence.
En plus des cas que je viens d'énumérer, il y a le nôtre. Quelques fois, ou souvent, nous sommes tentés. Quelques fois, ou souvent, nous résistons, ou nous succombons à la tentation, et nous péchons. Pourquoi succombons-nous à la tentation ? Principalement pour deux raisons. La première, c'est que nous ne regardons pas derrière nous. Je veux dire que nous ne pensons pas à notre passé. Nous ne pensons pas que nous avons été conçus pécheurs et que nous le sommes encore sous un certain rapport, portant en nous, non pas le péché d'Adam et d'Ève dont nous avons été purifiés par le baptême, mais bien ses traces et ses séquelles. La deuxième, c'est que nous ne regardons pas en avant. C'est-à-dire que nous ne pensons pas, ou pas assez, à Dieu, au Christ, à Marie et à tous les saints du Ciel, qui nous attendent, et surtout qui attendent que nous les prions, afin que, par cette humble et confiante prière, le Seigneur nous accorde sa grâce toute-puissante.
Parfois nous regardons en arrière, parfois nous regardons en avant. Mais pas toujours de manière équilibrée. Tenir un juste milieu, garder un bon équilibre entre les extrêmes, voilà ce qui nous permet de vivre saintement, en résistant aux tentations, quand elles surviennent. En d'autres mots, la vertu de prudence doit être le fondement et la base de toute vie morale. C'est le sentiment de Saint Thomas d'Aquin. C'est aussi ce que Saint Ignace de Loyola enseigne dans ses Exercices Spirituels, où il écrit : "Les choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l'homme et pour l'aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D'où il suit qu'il doit en faire usage autant qu'elles le conduisent vers sa fin, et qu'il doit s'en dégager autant qu'elles l'en détournent."
Il n'est pas difficile de voir que, dans le cas d'Adam et d'Ève, le juste milieu, l'équilibre, la prudence n'ont pas été observés par les protagonistes. Au contraire, Jésus, face aux tentations, a chaque fois rétabli cet équilibre que le diable essayait de lui faire rompre. En effet, dans le Paradis terrestre, le Seigneur avait planté l'arbre de la connaissance du bien et du mal, avec l'arbre de vie, au milieu du jardin (cf. Gn 2, 9). L'arbre de la connaissance du bien et du mal, étant planté au milieu du jardin, se rapporte donc nécessairement à cet équilibre, ce juste milieu qu'il nous faut conserver dans la vie. Mais pourquoi le fait de manger du fruit de cet arbre va-t-il rompre cet équilibre ? Tout simplement parce que Dieu a prononcé une parole d'interdiction, parole à laquelle Adam et Ève auraient dû obéir. Or, comme Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, Adam et Ève auraient dû obéir à Dieu, non seulement en ne mangeant pas du fruit défendu, mais bien en exprimant leur obéissance par leur propre parole. Et comment parler lorsqu'on a la bouche pleine, pleine du fruit défendu ?
Pour ce qui est de Jésus tenté par le diable, nous voyons le Seigneur répondre à toutes les tentations en utilisant la Parole même de Dieu, cette Parole qu'il est lui-même : Mt 4, 4, Jésus répondit : «Il est écrit : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (Deut. 8, 3)» Mt 4, 7, Jésus lui dit : «Il est écrit aussi : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Deut. 6, 16).» Mt 4, 10, «Arrière, Satan, lui dit alors Jésus, car il est écrit : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul." (Deut. 6, 13)» Jésus n'avait pas la bouche pleine : il a été tenté, mais il n'a pas péché. Comme à son habitude, Jésus prononce des "paroles de grâce" (Lc 4, 22).
Confions-nous à l'intercession et à la médiation de la Très Sainte Vierge Marie ! Que, par sa prière, nous recevions du Seigneur Jésus la grâce de manger la Parole de Dieu lors de la communion eucharistique de ce jour !
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