Homélie
pour le onzième Dimanche dans l'Année -
Année
C - Lc. 7, 36 - 8, 3
par le
Chanoine Dr. Daniel Meynen
"
Un pharisien pria Jésus de dîner avec lui.
Jésus
se rendit chez lui et se mit à table. Or il y avait une
femme, connue de la ville comme pécheresse. Apprenant qu'il
dînait chez le pharisien, elle prit une fiole de parfum, et
vint se placer en retrait, à sangloter aux pieds de
Jésus. Bientôt ses larmes coulèrent sur
les pieds du Seigneur
; elle les essuyait de ses cheveux, les baisait et y
répandait
du parfum.
"
A cette vue, le pharisien, son hôte, se dit en
lui-même :
«Si cet homme était prophète, il
saurait bien
quelle est cette femme qui le touche, et que c'est une
pécheresse.» Alors Jésus lui dit :
«Simon, j'ai quelque chose à
te dire.» - «Parle, Maître»,
dit-il. «Un
créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq
cents
deniers, l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi payer,
il remit à tous deux leur dette. Lequel d'entre eux l'aimera
davantage ?» Simon répondit : «Celui, je
suppose,
auquel il a remis davantage.» Jésus reprit :
«Tu
as bien jugé.» Et se tournant vers la femme, il
dit à
Simon : «Tu vois cette femme ? Je suis entré chez
toi,
et tu ne m'a point versé d'eau sur les pieds ; tandis
qu'elle
me les a mouillés de ses larmes, et essuyés de
ses
cheveux. Tu ne m'a point donné de baiser ; tandis qu'elle
n'a
point cessé, depuis qu'elle est entrée, de me
baiser
les pieds. Tu ne m'as point versé d'huile sur la
tête ;
tandis qu'elle m'a versé son parfum sur les pieds. Aussi, je
te le déclare, ses nombreux péchés
sont
pardonnés, puiqu'elle a témoigné
beaucoup
d'amour. Mais celui à qui on pardonne peu, aime
peu.»
"
Puis il dit à la femme : «Tes
péchés sont
pardonnés.» Les convives se dirent alors :
«Qui
donc est cet homme qui ose pardonner les péchés
?» Mais Jésus dit à la femme :
«Ta foi t'a sauvée,
va en paix.»
"
Ensuite Jésus parcourait villes et villages,
annonçant
la bonne nouvelle du royaume de Dieu. Les Douze étaient avec
lui, et quelques femmes qu'il avait délivrées
d'esprits
malins ou de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient
sortis sept démons, Jeanne, femme de Chuza, intendant
d'Hérode, Suzanne, et plusieurs autres encore qui les
assistaient de leurs biens. "
Homélie
:
"
Un pharisien pria Jésus de dîner avec lui.
Jésus
se rendit chez lui et se mit à table. Or il y avait une
femme, connue de la ville comme pécheresse. Apprenant qu'il
dînait chez le pharisien, elle prit une fiole de parfum, et
vint se placer en retrait, à sangloter aux pieds de
Jésus. Bientôt ses larmes coulèrent sur
les pieds du Seigneur
; elle les essuyait de ses cheveux, les baisait et y
répandait
du parfum. "
Au
moment où Jésus est invité par un
pharisien, du
nom de Simon, le Sauveur des hommes se trouve à un point
crucial de sa vie de Dieu fait Homme. Jésus, en effet, va
montrer à tous les convives présents que, s'il
est là
parmi eux, c'est pour ceci : pardonner les péchés
! Car il l'a dit : "Je ne suis pas venu appeler des justes, mais
des pécheurs." (Mt. 9, 13) D'ailleurs, la
réflexion
des convives est claire à ce sujet, car ils sont surpris de
ce
que Jésus est en train d'accomplir sous leurs yeux : "
Jésus dit à la femme : «Tes
péchés
sont pardonnés.» Les convives se dirent alors :
«Qui
donc est cet homme qui ose pardonner les péchés
?»
" (Lc. 7, 48-49)
En
cet instant crucial de la vie de Jésus, un protagoniste
entre
dans sa vie, et non des moindres : Marie, celle que l'on appellera
Marie-Madeleine, ou Marie de Magdala. Celle-ci sera pareillement
conviée, par la Divine Providence, à intervenir
d'une
manière toute aussi importante à un point tout
aussi
crucial de la vie du Seigneur : ce sera au matin de la
Résurrection
! Moment crucial par excellence : c'est en effet à ce moment
que Marie-Madeleine va annoncer aux Apôtres et aux disciples
réunis au Cénacle que Jésus est
ressuscité
! Moment crucial toujours, car au soir de Pâques,
Jésus
dira aux Apôtres : "Recevez l'Esprit-Saint, leur dit-il.
Seront remis les péchés de ceux à qui
vous les
remettrez ; seront retenus les péchés de ceux
à
qui vous les retiendrez." (Jn. 20, 22-23)
Pécheresse
parmi les pécheurs, Marie-Madeleine a
été
grandement aimée par Jésus. Comment en aurait-il
été
autrement ? Mais quand Jésus aime un homme ou une femme
pécheresse, ce n'est pas l'homme ou la femme que
Jésus
aime en premier : c'est d'abord et par dessus tout son Père
que Jésus aime à travers cet homme ou cette
femme. Pour Jésus, tous les hommes et toutes les femmes de
la terre
ne sont que des créatures destinées à
aimer son
Père et à manifester à tous quel Amour
il a pour
son Père, qui est aux Cieux ! C'est pourquoi, au matin de
Pâques, Jésus évite tout contact avec
Marie-Madeleine, donnant la préférence absolue
à
son Père, en disant : "Ne me retiens pas, car je ne suis
pas encore monté vers le Père." (Jn. 20, 17)
Jésus
n'a qu'un Amour : son Père ! Si Jésus aime les
hommes
et les femmes pécheurs, c'est pour aimer son Père
en
eux et à travers eux. Jésus aime son
Père en
nous et à travers nous ! Car nous ne sommes que des
créatures... Or une créature est un moyen,
c'est-à-dire un être auquel on ne doit pas
s'arrêter,
un être uniquement destiné à atteindre
une fin,
une fin qui est Dieu, seule et unique fin suprême. En ce
sens,
même si Jésus a beaucoup aimé
Marie-Madeleine,
c'est son Père et uniquement son Père que
Jésus
a aimé en elle, et à travers elle. Mais, comme
tout
homme, toute femme, a été
créée à
l'image de Dieu (cf. Gn. 1, 27), Jésus, en aimant son
Père,
aime aussi tout homme, toute femme en Lui. Jésus a donc
aimé
Marie-Madeleine en aimant son Père, c'est-à-dire
divinement.
Marie,
la Mère de Jésus, a suivi la même voie
que son
Fils. En fait, elle l'a imité, en le
précédant
dans le temps, ayant contemplé par avance, dans l'Ancienne
Alliance, ce modèle unique qui est le Sauveur des hommes !
Marie a ainsi aimé Dieu par dessus tout, en aimant celui qui
est devenu son Époux mystique, l'Esprit-Saint, lors de
l'Incarnation du Verbe. Marie a aimé Dieu durant toute sa
vie, restant Vierge avant, pendant, et après avoir mis au
monde l'Enfant Jésus. Marie s'est donnée
à Dieu
dès le premier instant de son existence,
éclairée
et fortifiée par la plénitude de grâce
qui est en
elle. Jamais Marie n'a eu d'autre enfant que Jésus Christ,
tout comme le Sauveur des hommes n'a jamais aimé
Marie-Madeleine que divinement, c'est-à-dire en Dieu son
Père
!
Que
la Sainte Communion de ce jour nous apprenne et nous aide à
aimer Dieu par dessus toutes choses, par l'intercession de
Marie-Médiatrice !
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