Homélie pour le vingt-quatrième Dimanche dans l'Année - Année B - Mc. 8, 27-35


par le

Chanoine Dr. Daniel Meynen
 
 

"Jésus se mit en route avec ses disciples vers les bourgs de Césarée de Philippe. Chemin faisant il leur posa cette question : «Qui les gens disent-ils que je suis ?» Et les disciples de répondre : «Jean-Baptiste ; d'autres, Elie ; et d'autres, l'un des prophètes.» Alors Jésus leur demanda : «Mais vous, qui dites-vous que je suis ?» Pierre prit la parole : «Tu es le Christ», lui dit-il. Alors Jésus prescrivit formellement de ne rien révéler de lui-même à personne.


"Il commença dès lors à leur apprendre que le Fils de l'Homme devait beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter après trois jours. Et il déclarait ces choses ouvertement. Pierre le prit à part et se mit en devoir de le reprendre. Mais Jésus se retourna, et voyant ses disciples, réprimanda Pierre : «Marche derrière moi, Satan ! dit-il, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»


"Puis il appela la foule avec ses disciples et leur dit : «Si l'on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera.»"





Homélie :


"Jésus se mit en route avec ses disciples vers les bourgs de Césarée de Philippe. Chemin faisant il leur posa cette question : «Qui les gens disent-ils que je suis ?»"


Il est un point important sur lequel Jésus insiste, un point qui lui tient fortement à coeur : celui de la connaissance. Les hommes, les femmes, les disciples qu'il a choisis pour le suivre et pour continuer son oeuvre plus tard, tous ceux-là savent-ils exactement qui il est ? La réponse, que nous lisons dans l'évangile de ce jour, est plutôt non que oui. Pourtant Jésus y tient beaucoup, énormément. Est-ce vraiment si important ? Assurément ! Car Jésus lui-même l'a dit : "La vie éternelle consiste en ce qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ." (Jn. 17, 3)


La connaissance de Dieu, la connaissance de Jésus Christ est donc importante, capitale, car d'elle dépend notre participation à la vie même de Dieu. D'où l'importance et la nécessité pour l'Eglise d'enseigner et d'annoncer le Christ, à temps et à contre-temps ! L'Eglise est missionnaire et elle annonce la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus Christ. L'Eglise de tous les temps et de tous les lieux doit proclamer son message au monde entier : Jésus, le Fils de Dieu, est mort et ressuscité pour le Salut de tous les hommes de bonne volonté !


"Et les disciples de répondre : «Jean-Baptiste ; d'autres, Elie ; et d'autres, l'un des prophètes.» Alors Jésus leur demanda : «Mais vous, qui dites-vous que je suis ?» Pierre prit la parole : «Tu es le Christ», lui dit-il. Alors Jésus prescrivit formellement de ne rien révéler de lui-même à personne."


Ce discours entre Jésus et ses disciples est plus longuement relaté dans Saint Matthieu (cf. Mt. 16, 13-20). C'est alors que Simon reçoit son nouveau nom : Pierre, ainsi que le pouvoir d'agir au nom du Christ pour lier et délier. Saint Marc résume, il consigne la catéchèse de Pierre. Pierre, dans son enseignement, n'avait pas besoin de parler de son investiture : c'était inutile, car sa parole elle-même était la preuve de son pouvoir. Pierre, en effet, n'avait pas besoin de prouver qu'il était ce fondement, ce roc sur lequel le Maître avait bâti son Eglise : l'Esprit-Saint le prouvait pour lui, en donnant à sa parole la toute-puissance qui est celle de Dieu même !


"Jésus prescrivit formellement de ne rien révéler de lui-même à personne." Cette prescription est dictée par la Sagesse de Dieu en personne ! Il y a un temps pour se taire, et un temps pour parler. Seul l'Esprit de Dieu est à même de nous faire comprendre ce qu'il faut faire en cas de persécution, par exemple. Il faut parler quand il faut, et il faut se taire quand il faut. En ce temps-là, Jésus devait seul parler de lui-même, car, avant la Pentecôte, il était le seul, lui, l'unique Tête de l'Eglise, à posséder le pouvoir de se faire connaître au monde entier. Aujourd'hui, ce pouvoir est le partage de toute l'Eglise qui s'en sert pour propager le message évangélique.


"Il commença dès lors à leur apprendre que le Fils de l'Homme devait beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être mis à mort et ressusciter après trois jours. Et il déclarait ces choses ouvertement. Pierre le prit à part et se mit en devoir de le reprendre. Mais Jésus se retourna, et voyant ses disciples, réprimanda Pierre : «Marche derrière moi, Satan ! dit-il, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»"


Jésus commence à annoncer sa Passion à ses disciples. Ca se passe mal, notamment pour Pierre, qui tâche de raisonner le Maître. Mal lui en prit ! Pourtant, Simon n'était-il pas devenu "Pierre", ce roc inébranlable ? Tout à fait, mais, dans peu de temps, Pierre va renier son Maître, car Simon n'est pas le roc original, cette Pierre précieuse et choisie (cf. 1 P. 2, 4) : il n'est que l'image, la copie de cet original, ce modèle qui est le Christ Jésus. Or, à ce moment de l'histoire, Jésus n'est pas encore ressuscité ni monté au ciel : ce ne sera qu'après avoir passé par tous les tourments de sa Passion et de sa Mort sur la croix que Jésus sera définitivement cette Pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs. Simon-Pierre est donc rempli des pensées des hommes, tant que son modèle, le Christ, n'a pas franchi l'étape de sa Pâque...


"Puis il appela la foule avec ses disciples et leur dit : «Si l'on veut venir à ma suite, il faut renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre ainsi. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera.»"


Grave leçon ! Consigne dure et difficile à entendre ! Pourtant, Pierre l'a retenue : son triple reniement a fait de lui un homme au coeur devenu ardent d'amour pour le Christ, un homme qui suit le Christ de près, dans toute sa vie. Contrairement à Paul, Pierre a vécu avec Jésus sur terre : pour Pierre, vivre comme "pierre" dans le Christ était primordial, et c'est pourquoi l'Esprit-Saint n'inspira pas Pierre de beaucoup écrire. Par contre Paul n'a pas vécu avec Jésus, qu'il n'a pas connu sur terre ; mais il l'a contemplé en esprit, et c'est pourquoi il a été inspiré de beaucoup écrire, afin de consigner sur le papier ce qu'il avait vu en esprit.


Pierre et Paul ont tous deux suivi Jésus de près, portant leur croix respective. Tous deux ont souffert pour l'annonce de l'Évangile : Pierre eut le privilège de mourir en croix, comme son maître, bien qu'il demanda d'être attaché à la croix la tête en bas, ne s'estimant pas digne de mourir dans la même position que le Sauveur. Paul, après bien des tourments subis au cours de ses nombreux voyages, mourut enfin décapité, selon le sort réservé aux citoyens romains. Pierre, Paul, tous les disciples du Christ ont porté leur croix, au propre comme au figuré. Maintenant, c'est à notre tour !


L'évangile doit être proclamé, à temps et à contre-temps ! Il le faut ! Dieu le veut ! Prenons-en les moyens ! Mais avant de partir en mission, confions notre entreprise à la Très Sainte Vierge Marie : elle était là, debout, au pied de la Croix de son Fils. Maintenant, c'est nous qu'elle regarde et encourage de son regard maternel ! Courage donc ! La Vie éternelle est à ce prix !



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