Homélie pour le vingt-huitième dimanche dans l'année - Année C - Lc. 17, 11-19
 
 
par
 
le Chanoine Dr. Daniel Meynen
 
 
 
" Toujours en cheminant vers Jérusalem, Jésus passait aux confins de la Samarie et de la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre ; s'arrêtant à distance, ils élevèrent la voix : «Jésus, maître, disaient-ils, aie pitié de nous !» Jésus les vit et leur dit : «Allez vous montrer aux prêtres.» Comme ils y allaient, ils furent purifiés. L'un d'eux, se voyant guéri, revint alors sur ses pas, glorifiant Dieu tout haut. Il se prosterna aux pieds de Jésus et le remercia. Or, c'était un Samaritain. Jésus lui dit : «Tous les dix n'ont-ils pas été purifiés ? Où sont les neuf autres ? Il ne s'est donc trouvé que cet étranger pour revenir remercier Dieu...» Puis il ajouta : «Lève-toi, va, ta foi t'a sauvé.» "
 
 
 
Homélie :
 
 
" Toujours en cheminant vers Jérusalem, Jésus passait aux confins de la Samarie et de la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre ; s'arrêtant à distance, ils élevèrent la voix : «Jésus, maître, disaient-ils, aie pitié de nous !» Jésus les vit et leur dit : «Allez vous montrer aux prêtres.» "
 
L'évangile de ce jour nous présente Jésus sur un chemin, aux confins de la Samarie et de la Galilée. Le Sauveur des hommes va ici et là pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Mais pour que cette annonce du règne de Dieu puisse mieux pénétrer les âmes, Jésus veut aussi et d'abord guérir les corps. Comment l'homme recevrait-il avec joie le message de Jésus si son âme et tout son esprit sont tourmentés par la douleur d'un corps déchiré et meurtri ? Nous connaissons l'adage : "ventre creux n'a pas d'oreille." Jésus le sait. C'est pourquoi il va guérir ces dix lépreux qui viennent à lui, afin que, une fois guéris, ils croient en lui et le reconnaissent pour le Messie qui doit venir.
 
On peut se demander si Marie, la Mère de Jésus, n'était pas présente à la scène ? La chose est possible, et même probable. Pourquoi ne suivrait-elle pas son Fils dans ses courses apostoliques ? Quoi qu'il en soit, les lépreux sont visiblement attirés à Jésus : ce sont eux qui vont vers Jésus, et ce n'est pas Jésus qui va vers eux. "Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre." Or, cette démarche vers Jésus, c'est le fruit de la grâce de Dieu, ainsi que Jésus lui-même l'a affirmé en ces termes : "Nul ne peut venir à moi si cela ne lui a été donné par le Père." (Jn. 6, 65) Ainsi, comme toute grâce nous est donnée par Marie, comment ne pas penser que la Mère de Dieu ne soit aux côtés de son Fils lors de cette rencontre avec les lépreux ?
 
Les lépreux crient vers Jésus : "Jésus, maître, aie pitié de nous !" Et Jésus leur répond en ces termes : "Allez vous montrer aux prêtres." N'y a-t-il pas là une ressemblance avec les noces de Cana ? Lorsqu'il n'y eut plus de vin, Marie, qui s'en était aperçu, envoie les serviteurs auprès de Jésus en les invitant à faire tout ce que son divin Fils leur prescrirait. Et Jésus donna aux serviteurs un ordre plutôt curieux, sans rapport aucun avec le manque de vin dont il s'agissait : il fallait qu'ils aillent remplir d'eau les urnes de vin ! Ici aussi, dans le cas des dix lépreux, c'est comme si Marie, par la grâce de Dieu, invitait les lépreux à accomplir l'ordre de son Fils. Mais ici aussi, cet ordre semble très curieux, n'ayant que très peu de rapport avec le problème de la lèpre dont ces dix hommes sont atteints...
 
" Comme ils y allaient, ils furent purifiés. "
 
Voilà le miracle accompli ! Quel mystère ! Vraiment, il s'agit bien là d'un mystère ! Celui qui se trouve au coeur même de l'acte d'obéissance à Dieu ! Car Jésus est Dieu, et c'est bien en tant que Dieu qu'il a donné son ordre. A Cana, il a donné l'ordre de puiser de l'eau ; ici, il a donné l'ordre d'aller se montrer aux prêtres. Et c'est en exécutant cet ordre du Maître que l'eau fut changée en vin et que les dix lépreux furent guéris de leur maladie incurable ! Vraiment, l'obéissance fait des miracles, et ceux qui obéissent à Dieu sont porteurs de grâces pour eux et pour les autres !
 
" L'un d'eux, se voyant guéri, revint alors sur ses pas, glorifiant Dieu tout haut. Il se prosterna aux pieds de Jésus et le remercia. Or, c'était un Samaritain. Jésus lui dit : «Tous les dix n'ont-ils pas été purifiés ? Où sont les neuf autres ? Il ne s'est donc trouvé que cet étranger pour revenir remercier Dieu...» "
 
Jésus est bon pour tous les hommes et pour toutes les femmes de la terre, mais qui sont ceux qui reconnaissent cette bonté de Dieu envers eux ? Sont-ils le grand nombre ou le petit nombre ? L'évangile de ce jour nous répond encore une fois : c'est le petit nombre ! Il n'y eut qu'un seul lépreux sur dix qui revint remercier Jésus de l'avoir guéri ! Jésus le proclame nettement : "Tous les dix n'ont-ils pas été purifiés ? Où sont les neuf autres ?" Le Coeur de Dieu, qui est si bon, se plaint amèrement : "Où sont les neuf autres ?" Oui, où sont-ils ? Marie les a tous conduits à Jésus, et pourtant il n'en revient qu'un seul !!! Le Coeur de Marie ne dit rien, mais il est tout aussi meurtri par cette ingratitude que le Coeur de son divin Fils !
 
" Puis il ajouta : «Lève-toi, va, ta foi t'a sauvé.» "
 
La persévérance dans la foi et la reconnaissance portent leurs fruits : le salut de l'âme en est le principal ! Nous aussi, nous allons célébrer une action de grâce, une liturgie de remerciement par le Corps et le Sang du Christ. Nous allons célébrer le mémorial du Seigneur, le sacrifice eucharistique, l'action de grâce pour tous les fruits de la Rédemption du Sauveur de hommes. Cette communion au Sacrifice du Christ va nous permettre de recevoir de Dieu même, dans la mesure de notre reconnaissance et de notre foi, la vie éternelle et le salut de l'âme : "Celui qui croit en moi a la vie éternelle." (Jn. 6, 47) Que Marie nous aide à célébrer dignement le grand Mystère de la Foi !
 

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