Homélie pour le vingt-septième dimanche dans l'année - Année C - Lc. 17, 5-10
 
 
par
 
le Chanoine Dr. Daniel Meynen
 
 
 
" Les apôtres dirent au Seigneur : «Augmente en nous la foi !» Le Seigneur répondit : «Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous auriez dit à ce mûrier, Déracine-toi, et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi.»
 
" «Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira au retour des champs : Viens tout de suite te mettre à table ? Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi à souper ; mets ton tablier pour me servir à boire et à manger ; ensuite, tu mangeras et tu boiras à ton tour ? Doit-il de la reconnaissance à ce serviteur pour avoir exécuté les ordres ? Vous de même, quand vous aurez fait tout ce qu'on vous a ordonné, dites : Nous sommes de pauvres serviteurs ; nous n'avons fait que ce que nous devions faire.» "
 
 
 
Homélie :
 
 
" Les apôtres dirent au Seigneur : «Augmente en nous la foi !» Le Seigneur répondit : «Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous auriez dit à ce mûrier, Déracine-toi, et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi.» "
 
Le passage de l'évangile de Saint Luc que nous lisons aujourd'hui se retrouve dans l'évangile de Saint Matthieu, où Jésus disait : "Oui, vous dis-je, si vous aviez de la foi, gros comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : «Transporte-toi d'ici là,» qu'elle le ferait ; rien ne vous serait impossible." (Mt. 17, 20) Ces paroles de Jésus dans Saint Luc et dans Saint Matthieu ne sont-elles pas surprenantes ? Un mûrier, un arbuste qui obéit à l'homme ? Une montagne qui fait ce que l'homme lui dit ? Comment un être végétal, un mûrier, qui ne se meut pas, pourrait-il se déplacer à la voix de l'homme ? Comment un être inanimé, une montagne, pourrait-il faire ce que l'homme lui ordonne ? Autant de questions étranges suscitées par cet évangile !
 
Il semble clair que tout ceci ne doit pas être pris à la lettre. C'est-à-dire qu'il n'est pas possible de prendre à la lettre le fait, décrit par le Seigneur, qu'un arbre obéisse à l'homme, parce que obéir est une action qui requiert intelligence et volonté, deux facultés qu'un arbre n'a pas. Et donc, si cette phrase ne peut être prise à la lettre, nous devons en appliquer le sens à l'homme, et non à un arbre. Si un homme croit réellement qu'un arbre puisse aller se planter dans la mer, cela se fera, mais c'est Dieu lui-même, parce qu'il est tout-puissant, qui agira en ce sens. Et ce n'est pas l'arbre qui, de lui-même, ira se planter dans la mer. Le même raisonnement s'applique pour ce qui regarde la montagne dont parle le Seigneur.
 
Mais alors, quel peut bien être le sens de ce discours ? Ce que Jésus veut dire, c'est que, par la foi, le chrétien domine le monde matériel d'une manière absolument souveraine. Et donc, par la foi, le chrétien se domine pleinement lui-même, car, ainsi que le Christ l'a affirmé, l'homme est, par excellence, "la créature" (Mc. 16, 15). Par la foi, l'homme se domine pleinement lui-même : il prend possession de toutes ses possibilités, de toutes les capacités que Dieu a mis en lui dès la création. Celui qui croit devient parfaite image de Dieu, il est re-créé dans le Christ auquel il est uni par cette même vertu de foi !
 
" «Vous de même, quand vous aurez fait tout ce qu'on vous a ordonné, dites : Nous sommes de pauvres serviteurs ; nous n'avons fait que ce que nous devions faire.» "
 
Le chrétien croit au Christ de tout son coeur ! Il se domine pleinement lui-même par amour pour Dieu ! Cela veut dire que, par rapport à Dieu, le chrétien se met dans une attitude de soumission et de respect. Le mûrier qui obéit, la montagne qui fait ce qu'on lui dit deviennent des modèles pour le chrétien ! Si les créatures sont soumises à l'homme, alors l'homme, qui est la créature par excellence, doit lui aussi se soumettre à l'homme et donc aussi à Dieu, puisque l'homme est ici son image ! Le chrétien, l'homme qui croit au Christ vrai Dieu et vrai Homme, est celui qui reconnaît Dieu comme son maître, et il apparaît alors comme le serviteur de Dieu dans la foi ! "Nous sommes de pauvres serviteurs..."
 
Serviteur de Dieu ! Quelle belle image ! Mais combien difficile à certains moments de la vie ! Le Christ lui-même est le premier des Serviteurs de Dieu. Il est surtout apparu comme le serviteur souffrant, comme celui qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix (cf. Phil. 2, 8). Jésus est venu sur terre pour servir son Père, pour faire sa volonté, afin que notre service à nous soit possible et fructueux. Car les grâces de foi nécessaires au service de Dieu nous ont été méritées par Jésus souffrant sa Passion et mourant sur la Croix du Calvaire.
 
Quel meilleur service n'allons-nous pas accomplir aujourd'hui, alors que nous nous apprêtons à célébrer l'Eucharistie ? Car il s'agit bien d'un service, le plus mystérieux qui soit sur terre : c'est le service du Mystère de la Foi ! Nul doute alors que Marie ne soit présente parmi nous en ce moment, car elle s'est bien déclarée elle-même la servante du Seigneur ! Dans ce Mystère de la Foi, là où toute l'Eglise, celle du Ciel et celle de la Terre, est présente, demandons l'esprit de service du Seigneur ! Disons au Seigneur, comme les apôtres : "Augmente en nous la foi !"
 

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