Homélie pour le seizième Dimanche dans l'année - Année C - Lc. 10, 38-42
 
 
par
 
le Chanoine Dr. Daniel Meynen
 
 
 
" Comme ils étaient en voyage, Jésus entra dans un village. Là, une femme, nommée Marthe, le reçut chez elle. Elle avait une soeur, du nom de Marie, qui s'assit aux pieds du Seigneur pour l'écouter parler. Survint Marthe, fort affairée par les soins du ménage : «Seigneur, dit-elle, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse faire seule tout le service ? Dis-lui donc de m'aider.» Le Seigneur lui répondit : «Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses, alors qu'une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.» "
 
 
 
Homélie :
 
 
" Comme ils étaient en voyage, Jésus entra dans un village. Là, une femme, nommée Marthe, le reçut chez elle. "
 
Jésus est en voyage : il est en route vers Jérusalem, il annonce à tous la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Il accomplit lui-même ce qu'il a prescrit à ses disciples, et il dit avec eux : "Le royaume de Dieu est proche de vous." (Lc. 10, 9) Ici, il entre dans un village, et il va passer quelques moments dans une maison où il se plaira beaucoup : celle de Marthe et de sa soeur Marie. Ce village s'appelle Béthanie, tout près de Jérusalem. Et cette maison est non seulement celle de Marthe et de Marie, mais elle est aussi celle de leur frère Lazare, que Jésus ressuscita, après avoir pleuré sa mort (cf. Jn. 11, 35).
 
Nous sommes ici dans un lieu hautement symbolique, car la divinité et l'humanité de Jésus, le Fils de Dieu fait Homme, apparaissent dans toute leur plénitude propre. Jésus apparaît tout à fait unique en lui-même lorsqu'il ressuscite Lazare : il manifeste alors la toute-puissance divine qui lui appartient en propre. Mais Jésus apparaît aussi comme celui qui se confond avec tout un chacun lorsqu'il se prend à pleurer la mort de celui qu'il aimait tant, bien qu'il savait déjà qu'il allait le ressusciter.
 
Cette maison, ce lieu privilégié du village de Béthanie est un endroit qui manifeste pleinement les deux natures du Christ : la nature divine et la nature humaine. Et cette dualité dans l'unique personne du Sauveur des Hommes se manifeste dès son entrée dans cette maison : c'est dans l'attitude des deux soeurs Marthe et Marie que tout cela va apparaître.
 
" Elle avait une soeur, du nom de Marie, qui s'assit aux pieds du Seigneur pour l'écouter parler. Survint Marthe, fort affairée par les soins du ménage : «Seigneur, dit-elle, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse faire seule tout le service ? Dis-lui donc de m'aider.» "
 
Saint Paul nous l'a dit : "Vous êtes le Corps du Christ." (1 Cor. 12, 27) Cela veut dire que ceux qui sont unis au Christ par la foi et par la charité ne font qu'une même chose avec lui : le Corps mystique du Christ, qui est l'Eglise. C'est ce qui se réalise ici, lorsque Marthe et Marie accueillent Jésus dans leur maison : elles deviennent le Corps du Seigneur par leur amour sans borne !
 
Mais alors, comme le corps est multiple (cf. 1 Cor. 12, 14), Marthe et Marie, en un certain sens, manifestent chacune un des deux aspects de la personne du Christ : c'est comme si ce qui est multiple, ou plusieurs, dans le Christ, c'est-à-dire les deux natures divine et humaine, se retrouvaient séparément dans chacune des deux soeurs Marthe et Marie.
 
Ainsi, la divinité du Christ apparaît davantage en Marie qui s'asseoit aux pieds du Seigneur pour écouter sa parole, le Verbe de Dieu, le Fils, qui est de même nature que le Père. "Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, ..., engendré, non pas créé, de même nature que le Père." (Credo) D'un autre côté, l'humanité du Christ apparaît davantage en Marthe qui s'occupe du service de la maison et de son entretien : Marthe manifeste par son activité la mission de Serviteur que Jésus remplira sur terre pour le salut du monde. "Le Fils de l'Homme n'est pas venu se faire servir, mais servir et donner sa vie en rançon pour une multitude." (Mc. 10, 45)
 
" Le Seigneur lui répondit : «Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses, alors qu'une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.» "
 
C'est le mot de la fin ! Car une seule chose est nécessaire ! Des deux natures du Christ, une seule nous est nécessaire : la nature divine ! Si le Fils de Dieu a pris chair dans le sein de la Vierge Marie, c'est pour nous rendre participant de sa nature divine au prix de son sacrifice rédempteur de la Croix ! L'humanité du Christ est transitoire, en ce sens qu'elle sert d'intermédiaire entre la divinité du Fils de Dieu et chaque homme, chaque femme qui désire de tout son coeur s'unir au Christ par une foi sincère. Une seule chose est nécessaire, celle que Marie a choisie, celle de la divinité du Christ Rédempteur !
 
Aujourd'hui donc, préparons notre coeur à recevoir Jésus dans l'Eucharistie. Le Christ est tout entier présent dans ce sacrement : il y est avec son corps, son âme et sa divinité. "La Messe est en effet la représentation vivante du sacrifice de la Croix." (S.S. Jean-Paul II, Lettre Apostolique "Dies Domini" sur la sanctification du Dimanche, du 31 mai 1998). Demandons à la Très Sainte Vierge Marie de préparer notre coeur pour accueillir Jésus en nous afin de recevoir les fruits de son Sacrifice pour la gloire de Dieu et le salut du monde !
 

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