Homélie pour la fête de la Toussaint  -  Année C  -  Mt. 5, 1-12


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"A la vue de la foule, Jésus gravit la montagne.  Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui.  Alors il ouvrit la bouche et leur donna ces enseignements : «Heureux ceux qui ont un coeur de pauvre : le royaume des cieux est à eux !  Heureux ceux qui sont doux : ils posséderont la terre !  Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !  Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !  Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !  Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !  Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu !  Heureux les persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux !  Heureux serez-vous quand on vous insultera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi.  Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux !»"





Homélie :


"A la vue de la foule, Jésus gravit la montagne.  Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui."


Aujourd'hui, l'Eglise se souvient de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous âges et de toutes nations, de toutes langues et de toutes cultures, admises pour toujours à participer à la gloire de Dieu dans le Ciel ! Depuis la Création de l'homme, une foule immense, une assemblée d'êtres humains incalculable se trouve auprès de Dieu, qui est Père, Fils, et Saint-Esprit ! Ce sont toutes ces créatures que l'Eglise fête en ce jour béni entre tous !


Hormis la Très Sainte Vierge Marie, tous les saints et saintes du Ciel vivent dans la demeure de Dieu en l'absence de leur corps, qu'ils ont laissé sur terre : seule leur âme est dans le Ciel, auprès de Dieu. Cependant, lorsque nous pensons à eux, nous qui vivons encore sur terre, nous ne formons avec les saints et les saintes du Ciel qu'un seul et unique Corps du Christ : en un certain sens, les habitants du Ciel retrouvent déjà leur corps par notre prière. Car la prière permet à l'homme d'être sauvé en espérance, mais sauvé corps et âme, anticipant ainsi la venue du Seigneur et la Résurrection des corps.


Lorsque nous prions, c'est tout notre être qui est sollicité : notre âme et notre corps, aussi bien dans les causes que dans les effets. Rappelons-nous la prière intense de Jésus au Jardin des Oliviers : l'angoisse de son âme était si forte qu'elle rejaillit sur son corps même, à un point tel que le Seigneur sua comme des gouttes de sang (cf. Lc. 22, 44). Combien de fois aussi n'a-t-on pas vu la prière de l'âme guérir partiellement ou même totalement une maladie du corps ! Alors, pourquoi ne pas penser, au moins aujourd'hui, fête de tous les saints, que notre prière, si modeste soit-elle, puisse servir à procurer aux habitants du Ciel un certain bonheur de retrouver déjà leur propre corps, avant même qu'il ne soit ressuscité par le Seigneur ?


Nous sommes venus à l'église en cette fête, par amour certainement, mais aussi par obligation. Car l'Eglise impose l'assistance à la Messe le jour de la Toussaint. Mais pourquoi une telle obligation ? Pourquoi être obligé de participer à l'Eucharistie chaque dimanche et chaque fête de précepte ? On entend souvent dire aujourd'hui : "Oui, je crois en Dieu, je prie, mais je ne vais pas à la Messe..." Pour certains - je n'ose pas dire, pour beaucoup - on ne doit plus parler d'obligation dans la religion : "Commandements de Dieu ? Peut-être... à la rigueur... Commandements de l'Eglise ? Surtout pas !" Pourtant, l'Eglise, c'est le Corps du Christ ; un Corps dont la Tête, c'est-à-dire le Chef, c'est le Christ...


"Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent de lui." Aujourd'hui encore, cette parole s'accomplit : lorsque nous nous rendons à l'Eglise, nous allons vers le Christ, qui est présent partout, mais plus encore dans l'Eucharistie, qui est son Corps. Nous accomplissons ainsi ce que le Christ lui-même demande par son Eglise. Et, ainsi, nous faisons participer tout notre être à la louange de Dieu : notre corps doit se déplacer, faire effort pour aller à l'église, et aider l'âme à prier à haute voix, par des paroles et par des chants. L'ordre de Dieu, l'ordre de l'Eglise n'est pas une contrainte : c'est une bénédiction, une grâce qui nous permet d'unir tout notre être à la louange des élus qui sont dans la Gloire du Paradis !


"Alors il ouvrit la bouche et leur donna ces enseignements..."


"Alors il ouvrit la bouche..." Cette tournure spéciale de l'évangéliste Saint Luc n'est pas sans intérêt. Outre les caractéristiques du style de l'auteur, cette tournure de phrase met bien en évidence le fait que Jésus est la Parole de Dieu faite CHAIR. Le Fils de Dieu, la Parole du Père veut communiquer avec les hommes par l'intermédiaire de l'humanité qu'il a reçue le jour de son Incarnation dans le sein de la Vierge Marie, par l'action de l'Esprit-Saint. Dieu a voulu que tout en l'homme soit sanctifié : son âme et son corps. Et c'est en utilisant son âme et son corps, d'une manière juste et mesurée, en évitant les excès du trop et du pas assez, que l'homme, tout homme, quel qu'il soit, parvient à la béatitude céleste.


Dans le Paradis, les élus de Dieu sont là auprès du Seigneur Jésus, assis à la droite du Père, vivant pour toujours avec le Saint-Esprit ! Sans se lasser, mais dans l'attente de la résurrection de leur corps, les saints et les saintes du Ciel écoutent cette unique mélodie du Fils de Dieu qui vit de la vie de son Père : la PAROLE de VIE rassasie sans cesse tous les élus du Ciel, éternellement heureux d'entendre et de goûter les "choses que l'oeil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues et dont l'idée n'est pas venue au coeur de l'homme." (1 Cor. 2, 9)


"«Heureux ceux qui ont un coeur de pauvre : le royaume des cieux est à eux !  Heureux ceux qui sont doux : ils posséderont la terre !  Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !  Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !  Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !  Heureux les coeurs purs : ils verront Dieu !  Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu !  Heureux les persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux !  Heureux serez-vous quand on vous insultera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi.  Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux !»"


Avant tous ces "Heureux... !", il y en eut un que Jésus lui-même n'a pas pu prononcé, car il n'était pas encore né... Ce fut celui qu'Elisabeth adressa à Marie, juste après l'Incarnation du Verbe en elle : "Bienheureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui ont été adressées de la part du Seigneur !" (Lc. 1, 45) Ce premier "Bienheureux..." résume en fait tous les autres, ceux que Jésus prononça. Car la foi est nécessaire en toutes circonstances. Entre autres, si nous sommes venus aujourd'hui pour prier avec l'Eglise, c'est d'abord parce que nous sommes des croyants. Et cette foi, notre foi, nous voulons la nourrir, l'alimenter de la Parole de Dieu, la fortifier par la Prière, et surtout par le sacrement du Corps et du Sang du Christ !


Demandons à la Très Sainte Vierge Marie de nous aider à prier, à croire, à aimer tous les hommes, toutes les femmes, tous les enfants du ciel et de la terre ! Que l'Esprit-Saint vienne en nous afin de nous transformer en de vrais saints, vivant déjà dans le Ciel, tout en demeurant encore sur la terre !



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