Homélie pour le huitième dimanche dans l'année - Année C - Lc. 6, 39-45par le Père Daniel Meynen "Jésus proposa cette comparaison à ses disciples : «Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans le fossé ? Il n'y a pas de disciple au-dessus du maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître.
"«Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans le tien ? Comment peux-tu lui dire : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton oeil, alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton oeil, et ensuite, tu y verras pour ôter la paille de l'oeil de ton frère.
"«Il n'y a pas de bon arbre qui porte de mauvais fruit, pas non plus de mauvais arbre qui porte de bon fruit. Chaque arbre se juge à son fruit. On ne cueille pas de figues sur les épines, ni de raisins sur les ronces. L'homme bon tire le bien du bon trésor de son coeur, et le méchant tire le mal de son mauvais trésor ; car ce qui déborde du coeur jaillit aux lèvres.»" Homélie :"Jésus proposa cette comparaison à ses disciples : «Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans le fossé ? Il n'y a pas de disciple au-dessus du maître, mais tout disciple accompli sera comme son maître.»"
Jésus, nous ne l'avons jamais vu, mais cependant nous croyons en lui, car, après lui, et avant nous, se sont succédées, au fil des siècles, des générations et des générations de chrétiens, hommes et femmes, qui, chacun à son tour, ont fidèlement transmis aux autres, à tous ceux qu'ils rencontraient sur le chemin de la vie, le message du Christ envoyé sur terre par le Père, dans l'Esprit. Depuis près de deux mille ans, les paroles mêmes du Seigneur Jésus sont annoncées par toute la terre par ceux que le Christ a choisis et qui composent ce grand Mystère qu'est l'Eglise !
Aujourd'hui encore, le message de Jésus Sauveur des hommes s'en va aux quatre coins du globe afin que toutes les nations entendent les paroles de Salut éternel qui sont en Jésus Fils de Dieu. Le Seigneur l'a dit, avant de quitter cette terre : "Allez par tout le monde, prêchez l'Evangile à toute la création." (Mc. 16, 15) L'Eglise entière, chaque chrétien est appelé à répandre la Bonne Nouvelle du Salut. Tout disciple du Christ est appelé à devenir comme son Maître, afin d'annoncer lui aussi la Parole de Dieu à tous les hommes. "Tout disciple accompli sera comme son maître." (Lc. 6, 40)
Mais qu'est-ce qu'un "disciple accompli" ? C'est tout d'abord, un disciple qui ne se considère pas comme au-dessus de son maître, mais bien inférieur à lui : "Il n'y a pas de disciple au-dessus du maître." (Lc. 6, 40) Pour être comme le Maître, il faut commencer par se mettre à l'écoute du Maître. Cela suppose deux choses. La première, c'est d'être fidèle à la lettre du message du Christ, lettre qui se retrouve dans la Sainte Ecriture. A l'imitation de Saint Paul, le disciple, pour être un vrai maître, doit transmettre fidèlement l'Evangile tel que le Seigneur l'a confié à ses Apôtres (cf. Ga. 1, 6-9).
La seconde, c'est d'être attentif à ce que l'Esprit du Christ nous inspire pour vivre toujours mieux et d'une manière sans cesse renouvelée le message du Seigneur Jésus. Car l'Esprit-Saint est là, au milieu de nous, pour tenir, jusqu'à la fin des temps, la place du Maître Jésus : "Le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous remettra en mémoire tout ce que je vous ai dit." (Jn. 14, 26) Le disciple est vraiment maître, comme le Christ, si l'Esprit-Saint est avec lui pour vivre aujourd'hui l'enseignement de la Sainte Ecriture.
"«Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans le tien ? Comment peux-tu lui dire : Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton oeil, alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton oeil, et ensuite, tu y verras pour ôter la paille de l'oeil de ton frère.»"
Par le sacrement de la confirmation, nous recevons la grâce et les dons de l'Esprit-Saint pour devenir, à la mesure de nos moyens humains, d'autres Christs, d'autres Maîtres, pour conquérir le monde entier à la Royauté du Seigneur Jésus : l'Esprit-Saint nous confirme dans la foi et fait de nous des disciples accomplis, confirmés ! Mais, qui dit confirmation, dit baptême : la confirmation n'est autre que la baptême porté à sa perfection, à sa plénitude. Or, tout le monde sait que la baptême nous rend participant de la Passion et de la Résurrection du Christ.
Saint Paul nous le rappelle en disant : "Ignorez-vous que nous tous, qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c'est en sa mort que nous l'avons été ?" (Rm. 6, 3) Car, aujourd'hui, dans le temps de la Nouvelle Alliance, ce n'est plus le sang des bêtes qui est répandu sur le peuple, mais, mystérieusement, par les sacrements de la foi, les élus de Dieu sont comme plongés, immergés dans le Sang du Christ, c'est-à-dire dans cet élément qui est tout à la fois signe de vie et signe de mort, signe de vie quand il est dans le corps, et signe de mort lorsqu'il s'échappe de ce même corps.
Pour être maître, comme le Seigneur Jésus, il faut donc ressembler parfaitement à celui qui est notre modèle : être pur comme lui-même est pur. Alors seulement, il nous sera permis de retirer la paille de l'oeil de notre frère. Tant qu'il y aura une poutre dans notre oeil, c'est-à-dire tant que nous ne ferons pas tout notre possible pour devenir parfaits et saints, comme notre Père céleste, nous devrons renoncer à corriger notre frère qui, nous pouvons le croire sans hésitation, est plus parfait que nous...
"«Il n'y a pas de bon arbre qui porte de mauvais fruit, pas non plus de mauvais arbre qui porte de bon fruit. Chaque arbre se juge à son fruit. On ne cueille pas de figues sur les épines, ni de raisins sur les ronces. L'homme bon tire le bien du bon trésor de son coeur, et le méchant tire le mal de son mauvais trésor ; car ce qui déborde du coeur jaillit aux lèvres.»"
Les arbres sont partout présents dans la Sainte Ecriture, du Livre de la Genèse (Gn. 2, 9) à celui de l'Apocalypse (Ap. 22, 2), pour ne citer que ces deux exemples. C'est que l'arbre, grand ou petit, est une image de la divinité : toujours immobile, au même endroit, mais semblant vivre pour des siècles sans fin ! En fait, en tant qu'image de Dieu, l'arbre est un symbole de l'homme lui-même. Ainsi, après avoir imposé une première fois les mains sur les yeux d'un aveugle, ce dernier vit les hommes tel des arbres qui marchent : "Je vois les hommes, car j'aperçois comme des arbres qui marchent." (Mc. 8, 24)
Soyons donc de "vrais arbres" qui ne marchent pas, mais qui plantent leurs racines dans la bonne terre et ne bougent plus de l'endroit où ils sont. C'est ainsi que nous donnerons de bons fruits, tels que bonté, patience, humilité, douceur... L'Eglise, bien que vivante, possède aussi de profondes racines et une stabilité séculaire : c'est celle de "pierre" (Mt. 16, 18) sur laquelle elle est établie et fondée. Comme les arbres, l'Eglise jette son regard vers le Ciel, tout en demeurant pour toujours plantée en terre !
A l'imitation de Marie, la Mère de Jésus, soyons de vrais disciples du Seigneur : laissons-nous guider par l'Esprit, celui qui prit Marie sous son ombre (cf. Lc. 1, 35), tel un arbre qui tempère l'ardeur du soleil par ses branches garnies de feuilles... Demandons au Seigneur Jésus, qui va venir en nous dans l'Eucharistie, de faire de nous de vrais disciples, apôtres pour le salut du monde !
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