Homélie pour la fête de Marie Mère de Dieu

Année B - Lc. 2, 16-21


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Lorsque les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent l'un à l'autre : «Allons jusqu'à Bethléem constater cet événement que le Seigneur nous a fait connaître.» Ils s'y rendirent en hâte, et trouvèrent Marie et Joseph, ainsi que le nouveau-né couché dans la crèche. A cette vue, ils racontèrent ce qui leur avait été dit de ce petit enfant. Tous leurs auditeurs s'étonnèrent au rapport des bergers. Marie, elle, conservait toutes ces choses et les méditait en son coeur. Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu'ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit. Quand, après huit jours, il fallut circoncire l'enfant, on lui donna le nom de Jésus, qu'avait indiqué l'ange, avant sa conception."





Homélie :


"Lorsque les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent l'un à l'autre : «Allons jusqu'à Bethléem constater cet événement que le Seigneur nous a fait connaître.» Ils s'y rendirent en hâte, et trouvèrent Marie et Joseph, ainsi que le nouveau-né couché dans la crèche."


Le premier jour de l'année 2000, comme chaque fois le premier jour de l'an nouveau, l'Eglise consacre une solennité particulière pour fêter Marie, la Mère de Dieu.


Nous le croyons : Jésus est le Fils de Dieu fait homme. Il est tout à la fois et inséparablement Dieu et homme tout entier. C'est ce qui rend Marie, sa Mère selon la chair, la Mère de Celui qui est l'Etre par excellence, l'Etre qui existe par lui-même et de lui-même : Dieu.


Depuis l'Incarnation du Verbe de Dieu, tout notre monde, toute la création, la vie de tous les hommes et de toutes les femmes se trouve changée et transformée. Chaque action de notre vie peut désormais recevoir une nouvelle dimension. Chaque fois que nous accomplissons un acte simplement humain, comme dire "Bonjour !" à notre voisin ou à cet homme qui passe dans la rue, nous pouvons donner à cet acte humain une dimension surnaturelle, divine, éternelle.


Bien sûr, ici, rien n'est automatique. Cela reste une possibilité, une faculté que nous devons mettre en oeuvre, une puissance, dirons les philosophes, ou une potentialité qui nous est offerte pour accomplir un acte d'ordre surnaturel. A son point le plus éminent, cette potentialité est celle qui nous permet de devenir enfants de Dieu, d'être tout à la fois homme (ou femme) et enfant de Dieu par adoption. C'est ce qu'affirme Saint Jean, quand il écrit : "A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu." (Jn. 1, 12)


Ainsi, le simple fait, pour les bergers, d'aller vers Marie et vers l'Enfant Jésus, leur donnait cette faculté, cette grâce spéciale d'aller vers le Seigneur et vers Marie en esprit, d'élever leur âme et tout leur être vers le Royaume de Dieu où le Christ est Roi et la Vierge Marie est Reine.


"A cette vue, ils racontèrent ce qui leur avait été dit de ce petit enfant. Tous leurs auditeurs s'étonnèrent au rapport des bergers. (...) Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu'ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit."


Aux dires de Saint Thomas d'Aquin, Docteur de l'Eglise, la vie parfaite est celle qui allie contemplation et action. Ce fut d'ailleurs une des raisons pour laquelle il choisit l'Ordre des Frères Prêcheurs pour se consacrer à Dieu. Ce fut aussi ce que pratiquèrent les bergers de Bethléem lorsque, après avoir contemplé et adoré en esprit l'Enfant-Dieu et sa Mère bénie, ils s'en retournèrent tout en annonçant à ceux qu'ils rencontraient qu'un Sauveur était né et qu'il reposait dans une mangeoire.


Ce que les bergers avaient contemplé était pour le moins surprenant et étonnant : le Seigneur des Seigneurs, le Roi du Ciel et de la terre reposant dans une mangeoire, simple, pauvre, presqu'abandonné... Quel contraste ! Et c'est ce qu'ils annonçaient tout à l'entour... A les entendre proclamer cette "Bonne Nouvelle", il y avait de quoi être surpris et étonné... "Tous leurs auditeurs s'étonnèrent au rapport des bergers."


Dans la grotte de Bethléem, Jésus inaugure sa Passion. Toute sa vie, Jésus avait les yeux fixés sur la Croix du Calvaire. Car, répétons-le, Jésus est Dieu et Homme tout à la fois. Si, comme Homme, Jésus vécut des moments agréables et heureux (et ce fut le cas), cependant, comme Dieu, le Christ voyait sans cesse, dans l'Esprit du Père - cet Esprit qui embrasse dans un seul regard le passé et l'avenir - cet instant ultime où il pourrait enfin accomplir la volonté du Père : racheter au prix de son Sang toute l'humanité déchue.


Tel était l'Enfant que les bergers avaient contemplé. Telle était cette "Bonne Nouvelle" qu'ils annonçaient tout à l'entour. Ce que Dieu révèle à l'homme n'est jamais sans mélange : c'est toujours un composé de nouvelles agréables et désagréables... En fait, ces nouvelles désagréables ne le sont pas du tout : c'est nous, dont le regard est obscurci et aveuglé par le péché, qui trouvons ces nouvelles désagréables. "Tous leurs auditeurs s'étonnèrent au rapport des bergers."


"Marie, elle, conservait toutes ces choses et les méditait en son coeur."


Marie contemple son fils, le Fils de Dieu ! Marie connaît parfaitement toutes les Ecritures. Elle sait que le Messie doit régner sur Israël : il est le descendant du Roi David. Mais elle sait aussi que le Christ sera un Messie souffrant, qui sera rejeté par son Peuple. Alors, fort de toutes ces connaissances, elle puise à pleines mains dans le Coeur de Dieu, de son enfant qu'elle vient de mettre au monde. Marie se recueille, elle prie, elle contemple Dieu en elle, elle écoute cet Esprit divin qui est désormais son Epoux, son Bien-Aimé. Elle va jusqu'au plus profond de Celui qui est la Puissance même de Dieu, elle va puiser à cette énergie divine. Car, de la force, de la puissance, de l'énergie, elle en aura besoin tout au long de sa vie. Certes, Marie est "pleine de grâces" (Lc. 1, 28). Mais la grâce demande toujours une correspondance humaine, une réponse de la foi de l'homme ou de la femme à qui la grâce a été donnée. Aussi, Marie puise-t-elle dans le Coeur de son Enfant toute la puissance dont elle a besoin pour répondre, jour après jour, à cette plénitude de grâces qui est la sienne.


"Quand, après huit jours, il fallut circoncire l'enfant, on lui donna le nom de Jésus, qu'avait indiqué l'ange, avant sa conception."


Huit jours après sa naissance, l'Enfant de Marie fut circoncis et on lui donna le nom de Jésus. Huit jours après Noël, c'est aujourd'hui. C'est pourquoi, jusqu'à la Réforme liturgique instaurée par le Concile Vatican II, on célébrait aujourd'hui la fête de la Circoncision de l'Enfant-Jésus. Cela n'empêchait pas la Liturgie des Heures de célébrer en ce jour les Gloires de Marie et de consacrer à la Mère de Dieu la plupart des Antiennes des Heures canoniales.


Marie et Joseph furent fidèles à accomplir la volonté de Dieu au sujet du nom de l'Enfant qui venait de naître. Chacun d'eux reçut en effet l'ordre de l'ange du Seigneur qui voulait que l'Enfant soit appelé "Jésus" (cf. Mt. 1, 21 et Lc. 1, 31).


Que Marie, Joseph, les bergers de Bethléem nous montrent le chemin à suivre pour accomplir fidèlement la volonté de Dieu ! Que l'Esprit-Saint soit notre guide, et que ce qu'il nous demande de faire soit notre plus cher désir ! Que Jésus soit notre Chef sur la voie royale de la Sainte Croix, en nous aidant, de sa grâce, à passer de la contemplation à l'action, afin d'élever ainsi et notre âme, et le monde entier vers Dieu le Père, le Fils, et le Saint-Esprit !