Homélie
pour le Baptême du Seigneur
Année B - Mc. 1, 6-11
par
le Père Daniel Meynen
"Jean
portait un vêtement de poils de chameau ; sa taille était
entourée d'une ceinture de cuir ; il mangeait des sauterelles
et du miel sauvage. Il se mit à proclamer : «Il vient
après moi, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis
pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses
chaussures. Je vous ai baptisés dans l'eau, mais lui vous
baptisera dans l'Esprit-Saint.»
"Or
en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth de Galilée,
et Jean le baptisa dans le Jourdain. Au moment où il sortait
de l'eau, Jésus vit les cieux entrouverts et l'Esprit
descendre sur lui comme une colombe. Une voix vint du ciel : «Tu
es mon Fils bien-aimé ; sur toi je porte mon affection.»"
Homélie :
"Jean
portait un vêtement de poils de chameau ; sa taille était
entourée d'une ceinture de cuir ; il mangeait des sauterelles
et du miel sauvage. Il se mit à proclamer : «Il vient
après moi, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis
pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses
chaussures. Je vous ai baptisés dans l'eau, mais lui vous
baptisera dans l'Esprit-Saint.»"
Au moment de terminer le temps de Noël et de
l'Epiphanie, et avant de commencer le temps dit 'ordinaire', l'Eglise
nous propose de contempler une scène de la vie du Seigneur :
son baptême par Jean-Baptiste. L'évangile de ce
dimanche est tiré du récit de Saint Marc. La narration
du baptême de Jésus est très brève dans
Saint Marc : comme à l'accoutumée, il résume.
On trouvera de plus amples circonstances relatées par Saint
Matthieu (Mt. 3, 13-17) et par Saint Jean (1, 29-34).
Saint
Luc (Lc. 3, 21-23) n'est pas plus prolixe que Saint Marc, mais il
nous donne un témoignage, conservé depuis par la
Tradition, selon lequel Jésus fut baptisé lorsqu'il eut
atteint l'âge de trente ans : "Quand il commença sa
mission, Jésus avait environ trente ans." (Lc. 3, 23).
Quelle peut donc bien être la signification du baptême du
Seigneur, sinon l'inauguration et le commencement de sa vie publique
? De péché contre Dieu, il n'en avait pas, puiqu'il
est Dieu. De faute contre la Loi, il n'en avait pas non plus, étant
lui-même l'auteur de la Loi de Moïse.
Saint Matthieu relate ce dialogue entre Jésus et
Jean-Baptiste : "Jésus arrivait de Galilée au
Jourdain près de Jean pour se faire baptiser par lui. Jean
s'y refusait : «C'est moi qui ait besoin de ton baptême,
et toi, tu viens à moi !»" (Mt. 3, 13-14) C'est
bien là le comble du paradoxe : c'est alors que la Loi
ancienne et la Loi nouvelle se rencontrent, et que, pour naître
et voir le jour, la Loi nouvelle doit de laisser dominer par la Loi
ancienne. Car si Jésus inaugure en ce jour sa vie publique,
c'est précisément pour finir un jour sa vie dans
l'ignominie et la condamnation prononcée par les représentants
officiels de la Loi ancienne, qui paraîtront vainqueurs, mais
seulement jusqu'au jour de la Résurrection.
Si le baptême du Seigneur est la figure de notre
propre baptême, ce n'est pas parce que le baptême efface
en nous la faute originelle, que Jésus n'avait pas, et ce
n'est pas non plus parce le baptême nous apporte le germe de la
vie éternelle, que Jésus avait déjà en
plénitude, mais c'est bien parce que, comme Jésus, le
baptême nous introduit dans cette voie royale de la Sainte
Croix, cette voie sur laquelle Jésus a marché le
premier et qu'il a recouvert de son propre Sang rédempteur.
Saint Paul écrivait aux Romains : "Ignorez-vous que nous
tous, qui avons été baptisés dans le Christ
Jésus, c'est en sa mort que nous l'avons été ?
Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême
dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des
morts par la gloire du Père, nous vivions, à notre
tour, une vie nouvelle." (Rm. 6, 3-4)
Cette vie nouvelle que le baptême nous apporte,
c'est la vie dans l'Esprit : "Je vous ai baptisés dans
l'eau, dit Jean-Baptiste, mais lui vous baptisera dans
l'Esprit-Saint.»" Cet Esprit qui sanctifie et "qui
donne la vie" (Credo), c'est aussi celui qui doit animer notre
vie à la suite de Jésus souffrant et mourant sur la
Croix du Calvaire, car c'est "par l'Esprit éternel"
que "le Christ s'est offert lui-même à Dieu comme
victime immaculée." (Hb. 9, 14) Baptisés dans
l'Esprit, tous nous sommes appelés à mourir et à
rescussiter dans l'Esprit !
"Or
en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth de Galilée,
et Jean le baptisa dans le Jourdain. Au moment où il sortait
de l'eau, Jésus vit les cieux entrouverts et l'Esprit
descendre sur lui comme une colombe. Une voix vint du ciel : «Tu
es mon Fils bien-aimé ; sur toi je porte mon affection.»"
"Tu
es mon Fils bien-aimé ; sur toi je porte mon affection."
Telle furent les paroles du Père lors du baptême du
Seigneur ! On comprend un peu mieux l'importance de ces paroles à
pareil moment de la vie de Jésus : lui qui entrait dans sa vie
publique, il lui fallait un soutien, un encouragement puissant pour
s'engager résolument vers cette Croix qui l'attendait au bout
de sa course. A nous aussi, ces paroles du Père s'adressent
vraiment : "Tu es mon Fils bien-aimé ; sur toi je porte
mon affection." Certes, nous ne sommes que les fils adoptifs du
Père, mais l'Amour de Dieu est infini, quel que soit celui ou
celle dont cet Amour est l'objet. Nous sommes aimés de Dieu,
du Père, de toute la Très Sainte Trinité : voilà
notre force, voilà notre puissance - celle-là même
de Dieu - pour suivre le Christ mort et ressuscité pour nous !
Pendant que Jésus entendait ces paroles de son
Père, il regardait le ciel : "Au moment où il
sortait de l'eau, Jésus vit les cieux entrouverts..."
Déjà, son regard se prolongeait au-delà de sa
Passion et de sa Résurrection... Déjà, Jésus
contemplait cet instant sans pareil où il monterait au Ciel
pour siéger à la droite de son Père... Déjà
aussi, il entrevoyait ce dernier Jour de l'humanité où
il descendra du Ciel, comme il y était monté (cf. Ac.
1, 11), pour récompenser les justes et punir les coupables...
Jésus voyait le Ciel pour nous... Il nous montrait l'exemple
à suivre : tourner notre regard vers le Ciel, ce Ciel où
nous ne nous ennuyerons pas, au contraire, mais où nous serons
pleinement occupés à aimer, à aimer Dieu, le
Père, le Fils, et le Saint-Esprit !
Que Marie, la Mère de Jésus, qui a
toujours suivi son Fils dans sa vie publique, jusqu'au pied de la
Croix, que Marie nous aide de sa prière ! Que notre baptême
nous conduise à la vie éternelle dans le Ciel, pour la
Gloire de la Très Sainte Trinité, et celle de Marie,
Reine du Ciel et de la terre !
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