Homélie pour le neuvième dimanche dans l'année

Année B - Mc. 2, 23 - 3, 6


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Un jour de Sabbat, le Seigneur s'avançait à travers les champs, et les disciples, tout en cheminant, se mirent à cueillir des épis. Les pharisiens lui firent remarquer : «Vois donc ! Pourquoi font-ils un jour de sabbat une chose interdite ?» Jésus leur dit : «N'avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu'il fut dans le besoin et qu'il eut faim, lui et ses gens? Il entra dans la maison de Dieu, à l'époque du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains d'oblation que les prêtres seuls ont le droit de manger, et il en offrit même à ses gens.» Et Jésus ajouta : «Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ; si bien que le Fils de l'Homme est maître même du sabbat.»


"Il entra une autre fois dans la synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main raide. Or on épiait Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; on pourrait ainsi l'accuser. Il dit à l'homme qui avait la main raide : «Lève-toi là au milieu», puis aux autres : «A-t-on le droit, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal ? de sauver une vie ou de tuer ?» Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard indigné, et navré de l'endurcissement de leur coeur, il dit à l'homme : «Etends la main !» Il l'étendit, et sa main se rétablit. Mais une fois sortis, les pharisiens se concertèrent aussitôt avec les hérodiens, sur les moyens de le faire périr."





Homélie :


"Un jour de Sabbat, le Seigneur s'avançait à travers les champs, et les disciples, tout en cheminant, se mirent à cueillir des épis. Les pharisiens lui firent remarquer : «Vois donc ! Pourquoi font-ils un jour de sabbat une chose interdite ?»"


Chez les Juifs, le jour du repos était et est encore le Sabbat, c'est-à-dire notre Samedi. Depuis que le Seigneur est ressuscité, le jour du repos est devenu le Dimanche, c'est-à-dire le Jour du Seigneur : "Dies Domini", le jour où le Seigneur est ressuscité d'entre les morts. Ce changement provient du fait que la Résurrection du Christ et celle de tous les élus de Dieu sont un seul et unique Mystère, qui se manfestera pleinement à la fin des temps, c'est-à-dire lorsqu'arrivera le Jour du Seigneur et que le repos éternel sera la part de tous les hommes et de toutes les femmes qui auront persévéré jusqu'à la fin dans leur foi au Sauveur du monde.


Dans l'au-delà, dans cette éternité qui est celle de Dieu, les élus de Dieu seront-ils contraints - oserais-je dire "condamnés" - à un repos absolu ? Pas du tout ! C'est même tout le contraire qui aura lieu ! Paradoxe ? Tout à fait ! C'est le paradoxe, pour ainsi dire, habituel, des Mystères de Dieu. En effet, dans l'éternité de Dieu, la Très Sainte Trinité est et demeure parfaitement immuable, comme immobile, toujours en repos dans un bonheur insondable et incommensurable. Cependant, la Très Sainte Trinité ne peut être telle, c'est-à-dire Trinité dans une unique essence divine, qu'en vertu d'un acte premier et tout à fait unique : celui de la génération du Verbe par le Père dans l'Esprit-Saint. Par conséquent, dans l'union intime au Mystère même de Dieu, les élus du Seigneur, quoiqu'en repos, participeront pour toujours à cet acte sans égal qui est celui de la génération du Verbe : dans un repos parfait, l'Oeuvre de Dieu par excellence sera le partage des élus lorsqu'arrivera le Jour du Seigneur.


Tout ceci est à même de nous faire mieux comprendre l'évangile de ce dimanche. Le jour du Sabbat, s'il y a repos, il peut aussi y avoir place pour l'action, mais pas pour n'importe quelle action : seule l'Oeuvre de Dieu peut s'accomplir le jour du Sabbat.


"Jésus leur dit : «N'avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu'il fut dans le besoin et qu'il eut faim, lui et ses gens? Il entra dans la maison de Dieu, à l'époque du grand prêtre Abiathar, et mangea les pains d'oblation que les prêtres seuls ont le droit de manger, et il en offrit même à ses gens.» Et Jésus ajouta : «Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ; si bien que le Fils de l'Homme est maître même du sabbat.»


Est-ce l'Oeuvre de Dieu que d'arracher des épis de blé pour se nourrir ? Est-ce l'Oeuvre de Dieu que de prendre dans la maison de Dieu, pour subvenir à ses besoins, les pains destinés à l'oblation ? Assurément ! Ce sont là des oeuvres de miséricorde : miséricorde envers soi-même, miséricorde envers le prochain. Et tout cela peut s'accomplir le jour du Sabbat.


Si le Sabbat apporte à l'homme le repos et le bonheur de l'âme et du corps, alors le Sabbat remplit correctement son rôle. Bien sûr, la tâche première qu'il faut accomplir le jour du Seigneur, c'est la louange de Dieu et la participation au Banquet eucharistique, le Repas des Noces de l'Agneau. Mais si notre corps souffre, si notre âme est désolée, alors il faut aussi, et même parfois d'abord, secourir ce corps et cette âme que Dieu a faits pour sa louange et pour sa gloire. "Le sabbat est fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat."


"Il entra une autre fois dans la synagogue, et il y avait là un homme qui avait la main raide. Or on épiait Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; on pourrait ainsi l'accuser. Il dit à l'homme qui avait la main raide : «Lève-toi là au milieu», puis aux autres : «A-t-on le droit, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal ? de sauver une vie ou de tuer ?» Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard indigné, et navré de l'endurcissement de leur coeur, il dit à l'homme : «Etends la main !» Il l'étendit, et sa main se rétablit."


Jésus guérit la main d'un homme le jour du Sabbat ! Quelle oeuvre magnifique ! Quelle grande oeuvre de miséricorde ! La main est une des merveilles de notre corps : elle sert à porter la nourriture à notre bouche, elle sert à écrire, elle sert à notre métier... Il y a des mains d'artiste, des mains d'orfèvre, des mains de chirurgien ! Que ne fait-on pas, au cour d'une seule journée, avec ses deux mains ? Une foule de choses ! Alors, quel ne fut pas le bonheur de cet homme, le jour du Sabbat, le jour qui annonce une éternité de repos et de bonheur, lorsqu'il recouvra l'usage de sa main qui était devenue raide !


Pourtant, les assistants, les scribes et les pharisiens qui avaient vu Jésus guérir quelqu'un le jour du Sabbat, étaient loin de partager le bonheur de l'homme qui venait de retrouver l'usage de sa main : "On épiait Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; on pourrait ainsi l'accuser."


"Mais une fois sortis, les pharisiens se concertèrent aussitôt avec les hérodiens, sur les moyens de le faire périr."


Toute sa vie, Jésus n'a eu qu'un seul désir : accomplir l'Oeuvre pour laquelle son Père l'a envoyé sur terre, accomplir l'Oeuvre de Dieu. Cette Oeuvre de Dieu, c'est tous les jours que le Christ l'a accomplie pour son Père. Mais, spécialement, et parce que c'est dans l'ordre des choses établi par Dieu lui-même, c'est le jour du Sabbat, le jour qui annonce le Repos éternel et la participation à la grande Oeuvre de Dieu dans l'au-delà, c'est le jour du Sabbat, disions-nous, que Jésus entend mettre en évidence l'Oeuvre pour laquelle il a été envoyé auprès du peuple juif, le Peuple de Dieu. Le Sabbat, c'est le Jour du Seigneur, c'est le Jour où le Christ témoigne de sa mission, jusqu'au péril de sa propre vie : "Les pharisiens se concertèrent avec les hérodiens, sur les moyens de le faire périr."


La Très Sainte Vierge Marie a gardé un profond souvenir du plus grand des Sabbats qu'elle ait vécu sur terre : celui qui précéda la Résurrection de son Fils. Marie était dans la douleur et les larmes, car son Fils, cet unique enfant qu'elle avait mis au monde, était mort, couché dans un tombeau. Cependant, dans la partie supérieure de son âme, le bonheur et la paix rayonnaient, ce bonheur et cette paix que seules la foi et l'espérance pouvaient apporter à cette femme qui, par ces deux vertus, était déjà comme plongée dans la béatitude éternelle et la gloire de la Divinité. Demandons à Marie de nous apprendre la pratique de ces vertus puissantes que sont la foi et l'espérance, afin que, par elles, le Jour du Seigneur soit vraiment pour nous un jour de bonheur et de paix !