Homélie
pour le sixième dimanche dans l'année
Année B - Mc. 1, 40-45
par
le Père Daniel Meynen
"Un
lépreux vient à Jésus, tombe à genoux et
lui dit : «Si tu veux, tu peux me purifier.» Emu de
compassion, Jésus étendit la main et le toucha. «Je
le veux, lui dit-il, soit purifié.» Aussitôt la
lèpre le quitta et il fut purifié. Jésus le
renvoya sur-le-champ avec ce sévère avertissement :
«Attention ! N'en dis rien à personne. Va seulement te
montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qu'a
prescrit Moïse, en témoignage de ta guérison.»
Mais, à peine sorti, l'homme se mit à parler
abondamment et à divulguer l'événement, de sorte
que Jésus ne pouvait plus entrer au grand jour dans une ville.
Il se tenait dehors dans des lieux peu fréquentés ; et
les gens venaient de toute part."
Homélie :
"Un
lépreux vient à Jésus, tombe à genoux et
lui dit : «Si tu veux, tu peux me purifier.»
Cet épisode de la rencontre de Jésus et
d'un lépreux est racontée par les trois synoptiques
(cf. Lc. 5, 12-16 ; Mt. 8, 1-4). Curieusement, contrairement à
son habitude, Saint Marc, que nous lisons en ce jour, est le plus
prolixe en détails. Il est le seul à rapporter le fait
que le lépreux n'obéit pas à Jésus pour
ce qui est de taire sa guérison par le Messie : Saint Marc,
semble vouloir continuer sa série de faits lors desquels la
renommée de Jésus est sans cesse proclamée par
les gens que le Divin Maître rencontre au cours de sa route.
C'est sans doute ce qui a frappé davantage Pierre
lorsqu'il commença à suivre Jésus. Car
l'évangile de Marc, c'est le résumé de la
cathéchèse de Pierre, le premier évêque de
Rome. Pierre n'a-t-il pas été frappé aussi par
le développement de cette prodigieuse entreprise : l'Eglise du
Christ, le Temple de l'Esprit, l'Arche de la Nouvelle Alliance ?
Quelle merveille sous les yeux du premier pape ! Une Eglise encore
assez cachée, mais dont la foi déborde et la charité
jaillit sans cesse sous l'effusion de l'Esprit !
Mais avant tout cela, Pierre a assisté au
témoignage de foi de ce lépreux : "Si tu veux, tu
peux me purifier." Car tout est là : la foi de ce
lépreux ! "Tu peux me purifier." Une telle parole
renferme une foi énorme, une foi presque sans borne en la
toute-puissance de Dieu. L'homme, attiré par Jésus,
soutenu par celui qui est l'auteur même de la grâce,
l'homme, ce lépreux, pose la condition nécessaire pour
que sa guérison s'opère : il croit en la
toute-puissance de Dieu. Il ne manque ensuite plus qu'une seule
chose : que Dieu veuille bien rendre sa toute-puissance agissante
pour guérir cet homme de la lèpre. «Si tu veux,
tu peux me purifier.»
"Emu
de compassion, Jésus étendit la main et le toucha. «Je
le veux, lui dit-il, soit purifié.» Aussitôt la
lèpre le quitta et il fut purifié. Jésus le
renvoya sur-le-champ avec ce sévère avertissement :
«Attention ! N'en dis rien à personne. Va seulement te
montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qu'a
prescrit Moïse, en témoignage de ta guérison.»"
Jésus guérit le lépreux ! La foi
de ce malade devait être récompensée : Jésus
ne pouvait pas laisser sans appel ce contact qu'il avait ressenti par
la foi de ce lépreux. Du moment que la foi d'une personne a
atteint son objectif, si cette foi est pure et vraie, alors, le
Seigneur décide d'agir, tôt ou tard : sa toute-puissance
se mettra en oeuvre pour venir en aide à notre humanité
déchue ! Tout comme la femme qui souffrait d'une perte de
sang (cf. Mc. 5, 28-30) avait touché Jésus, non
seulement par la main (qui attrapa le manteau du Sauveur), mais aussi
par sa foi immense, ainsi, le lépreux de ce jour fut guéri
par la toute-puissance de Dieu qui est en Jésus.
Jésus est très content de faire des
miracles, car il est le Médecin par excellence, et il veut
nous guérir de tout mal. Par dessus tout, il veut nous guérir
de la maladie du péché, il veut nous purifier de cette
lèpre de l'âme que nous traînons en nous de
génération en génération. La guérison
de la lèpre du corps accomplie par Jésus n'est donc pas
autre chose qu'un signe de la guérison de la lèpre de
l'âme. La guérison de la lèpre du corps, si
Jésus la désire ardemment pour celui qu'il veut guérir,
n'est en réalité qu'un moyen pour prouver à tous
son origine divine. En tout premier lieu, Jésus désire
que les prêtres et l'autorité religieuse de son temps le
reconnaissent comme le Messie et l'envoyé du Père !
"Va seulement te montrer au prêtre et offre pour ta
purification ce qu'a prescrit Moïse, en témoignage de ta
guérison."
C'est vrai : Jésus sait fort bien que les prêtres
vont le condamner à mort : la mort de la croix. Même si
ce ne furent pas les prêtres qui prononcèrent la
sentence de condamnation, ce furent quand même eux qui le
livrèrent à Pilate. Pourtant, Jésus sait que,
jusqu'au dernier jour de sa vie, tout reste possible. C'est là
toute sa force ! Oui : le grand nombre va le condamner, mais, le
petit nombre, ces quelques uns qui auront gardé une conscience
droite et pure, n'auraient-ils pas besoin de ce témoignage
d'espérance qui va les sauver ?
"Mais,
à peine sorti, l'homme se mit à parler abondamment et à
divulguer l'événement, de sorte que Jésus ne
pouvait plus entrer au grand jour dans une ville. Il se tenait
dehors dans des lieux peu fréquentés ; et les gens
venaient à lui de toute part."
Vraiment, un grand prophète est apparu au Peuple
d'Israël ! Et Pierre en est le témoin ! Il voit cette
foule venir en masse auprès de Jésus afin de recevoir
quelques soulagements et des paroles de réconfort.
Assurément, c'est un souvenir qui a marqué le grand
Apôtre. Ce ne fut pas le seul fait qu'il garda en mémoire.
Il vit aussi l'Esprit à l'oeuvre le jour de la Pentecôte,
alors que plus de trois mille nouveaux adeptes se firent baptisés
(cf. Ac. 2, 41).
Jésus aurait voulu que le lépreux qu'il
avait guéri se taise et ne divulgue pas le fait de sa
guérison. Mais il en fut autrement. C'est un paradoxe : plus
la renommée de Jésus grandit, plus sa mission se
réalise et le salut de Dieu est proclamé par toute la
terre ; mais, en même temps, plus la renommée de Jésus
grandit, plus sa mission touche à sa fin, car les envieux et
les jaloux vont tout tenter pour y mettre un terme, ce qui arrivera
le jour du Vendredi-Saint...
Que la Très Sainte Vierge Marie, qui était
là, elle aussi, avec Pierre, intercède pour nous auprès
de son Divin Fils, afin la mission que le Sauveur du monde a confiée
à l'Eglise puisse elle aussi s'accomplir de plus en plus, en
se répendant jusqu'aux extrémités de la terre !
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