Homélie
pour le troisième dimanche dans l'année
Année B - Mc. 1, 14-20
par
le Père Daniel Meynen
"Après
l'arrestation de Jean, Jésus se rendit en Galilée. Il
proclamait l'Evangile de Dieu et disait : «Le temps est
accompli, et le règne de Dieu est là : changez de
conduite et croyez à l'Evangile.» Longeant le lac de
Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon,
qui jetaient le filet dans le lac, car ils étaient pêcheurs.
«Venez à ma suite, leur dit Jésus, je vous ferai
devenir pêcheurs d'hommes.» Laissant aussitôt leurs
filets, ils le suivirent. Quelques pas plus loin, il vit Jacques,
fils de Zébédée, et son frère Jean qui
arrangeaient les filets dans leur barque. Aussitôt il les
appela. Laissant là dans la barque Zébédée
leur père avec les ouvriers, ils partirent à sa suite."
Homélie
:
"Après
l'arrestation de Jean, Jésus se rendit en Galilée. Il
proclamait l'Evangile de Dieu et disait : «Le temps est
accompli, et le règne de Dieu est là : changez de
conduite et croyez à l'Evangile.»"
Jésus inaugure sa mission ; il commence à
proclamer la Bonne Nouvelle : "Le temps est accompli."
Nous vivons dans le temps, nous avançons, jour
après jour, sur le chemin de notre vie. Chaque jour qui passe
en appelle un autre. Souvent nous formons des projets, petits ou
grands, que nous tâchons de concrétiser. Nous fixons des
dates pour terminer telle entreprise, ou pour fêter un
anniversaire : les dix ans de notre société ou de notre
commerce, les vingt-cinq ans de notre mariage, de notre sacerdoce, ou
de nos voeux religieux... Parfois, avec anxiété, nous
attendons le "grand jour". Et finalement, le jour tant
attendu est là !
C'est ce qui s'est passé pour Jésus
lorsqu'il eut appris l'arrestation de Jean-Baptiste : son Précurseur
étant privé de la liberté nécessaire pour
continuer sa prédication, Jésus devait inaugurer
lui-même sa propre mission, celle de la Nouvelle et Eternelle
Alliance ! Le grand jour était arrivé pour Jésus,
l'heure était là d'accomplir le projet du Père
de répandre son règne ! "Le temps est accompli."
Quand, pour nous, le "grand jour" arrive, nous
sommes contents et heureux, nous sautons de joie ! Mais, nous le
savons, pour l'avoir déjà expérimenté,
notre joie passe bien vite, car c'est une joie qui n'est pas
éternelle... Comme le dit Saint Paul, dans l'épître
de ce jour : "Elle passe, la figure de ce monde." (1 Co. 7,
31) La joie de Jésus, au contraire, fut sans fin et sans
limite, car, lorsqu'il dit : "Le temps est accompli", c'est
réellement l'éternité qui entre dans le temps,
c'est vraiment alors que le temps est accompli et plein de l'éternité
de Dieu !
Certes, ce fut au moment de l'Incarnation du Verbe dans
le sein de Marie que les temps furent accomplis, ainsi que l'enseigne
Saint Paul : "Lorsque vint la plénitude du temps, Dieu a
envoyé son Fils, né d'une femme." (Ga. 4, 4) Mais
une chose peut exister en elle-même et demeurer cependant
inconnue du monde dans lequel cette même chose existe. Par
exemple, si je prends le cas de ceux et celles qui lisent cette
homélie via l'Internet, leur nom et leur adresse e-mail me
sont connus, sinon je ne pourrais pas leur envoyer de courrier. Et je
garde ces adresses secrètes, car tous désirent
ordinairement que leur adresse ne soit pas transmise à des
tiers. Mais, si, selon le souhait d'un de mes correspondants, je
fasse apparaître son adresse e-mail sur mon site web, alors ce
correspondant deviendrait en quelque sorte une personne publique,
connue, ou connaissable dans le monde entier. De soi, cette
publication ne changerait rien à cette personne : elle
continuerait d'exister comme auparavant. Cependant, elle aurait pris
"corps" par la publication de son nom et de son adresse. Et
c'est un peu ce qui arriva lorsque Jésus proclama : "Le
temps est accompli."
"Longeant
le lac de Galilée, il vit Simon et André, frère
de Simon, qui jetaient le filet dans le lac, car ils étaient
pêcheurs. «Venez à ma suite, leur dit Jésus,
je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes.» Laissant
aussitôt leurs filets, ils le suivirent."
Simon, nous en avons entendu parler dimanche dernier :
c'est l'Apôtre par excellence, celui que Jésus "regarda"
(Jn. 1, 42). Ici aussi, Jésus "vit Simon..." Mais il
le vit dans l'exercice de son métier de pêcheur. Tout
comme Jésus, par sa parole, transforma Simon en Pierre
("Céphas"), il le transforma d'une autre manière
lorsqu'il lui dit en ce jour : "Je ferai de vous des pêcheurs
d'hommes."
Ici, la transformation ne se limite pas à Simon.
Jésus s'adresse en effet également à André.
Et cela sous-entend que cela s'applique aussi à tous et à
chacun des Apôtres que Jésus s'est choisis. Mais il y a
encore plus. Car, depuis les Apôtres, de siècle en
siècle, à travers chacun des Successeurs de Saint
Pierre, cette appellation de Pêcheur s'est perpétuée
jusqu'à nos jours en la personne du Pape. Les Bulles
pontificales, ces documents tout à fait propres au Souverain
Pontife, sont revêtues du sceau pontifical sous l'appellation
"sub annulo pescatoris", "sous l'anneau du pêcheur".
Cet anneau spécial du Pape est brisé dès
l'annonce de la mort du Pape, non seulement pour que personne ne
puisse s'en servir, mais aussi pour signifier que l'Eglise est
devenue veuve, veuve de celui qui était son époux dans
le ministère de Vicaire du Christ.
Il n'y a donc pas que les Apôtres qui sont appelés
à devenir des "pêcheurs d'hommes" : tous les
chrétiens, et même tous les hommes et toutes les femmes
sont appelés à devenir "pêcheurs d'hommes".
Car le Vicaire du Christ en témoigne : celui qui est époux
(et le Pape est l'époux de l'Eglise) doit aussi être
pêcheur, un pêcheur d'hommes. Et ce qui vaut pour l'époux
vaut aussi pour l'épouse, car tous deux ne font plus qu'un :
"Ils ne font plus qu'une seule chair" (Gn. 2, 24).
Qu'attendent donc tous les hommes et toutes les femmes de la terre ?
Jésus les appelle tous : "Je ferai de vous des pêcheurs
d'hommes." N'est-elle pas plus vrai qu'au temps de Saint Paul
cette phrase de l'Apôtre : "Le temps se fait court" ?
(1 Co. 7, 29)
"Quelques
pas plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée,
et son frère Jean qui arrangeaient les filets dans leur
barque. Aussitôt il les appela. Laissant là dans la
barque Zébédée leur père avec les
ouvriers, ils partirent à sa suite."
Jean, nous en avons également parlé
dimanche dernier : il fut sans doute le tout premier disciple de
Jean-Baptiste qui rencontra Jésus, en même temps
qu'André, frère de Simon. Voilà donc que Jean
est appelé à devenir Apôtre et pêcheur
d'hommes ! Jean-Baptiste est en prison ; un autre Jean est appelé
à le remplacer à la suite de Jésus. Combien
l'oeuvre de cet ardent Apôtre fut grande et privilégiée
dans l'économie de toute la Révélation du
Mystère de Dieu et de l'Eglise ! Si Jean-Baptiste annonça
la venue en ce monde du Fils de Dieu, Jean l'Apôtre sera pour
toujours celui qui annoncera par tous ses écrits la seconde
venue du Christ. Jésus n'a-t-il pas déclaré à
Simon-Pierre lui-même, parlant de Jean : "Si je voulais
qu'il reste jusqu'à mon retour, que t'importe ?" (Jn. 21,
22)
Prions la Très Sainte Vierge Marie pour qu'elle
prépare notre coeur à recevoir Jésus en ce jour
! Que le sacrement du Corps et du Sang du Christ fasse de chacun de
nous des "pêcheurs d'hommes" !
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