Homélie pour le quinzième Dimanche dans l'année - Année B - Mc. 6, 7-13


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Jésus fait venir les Douze ; il se mit à les envoyer deux à deux et leur donna pouvoir sur les esprits impurs. Il leur ordonna de ne rien emporter pour la route, sauf un bâton : ni pain, ni besace, ni monnaie dans la ceinture, de chausser des sandales et de ne pas revêtir deux tuniques. Il leur disait : «Dans quelque maison que vous soyez entrés, restez-y jusqu'à votre départ de cet endroit-là. Si une localité ne vous reçoit ni ne vous écoute, sortez-en et secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux.»


"Ils partirent, et prêchèrent la pénitence. Ils chassaient de nombreux démons, oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient."





Homélie :


"Jésus fait venir les Douze ; il se mit à les envoyer deux à deux et leur donna pouvoir sur les esprits impurs."


Aujourd'hui, nous lisons ce passage de l'évangile dans lequel Jésus envoie ses disciples en mission. Saint Marc nous donne ici un résumé, que nous allons commenter. Saint Matthieu a donné un récit plus détaillé de ce discours du Maître (voir Mt. 10, 5-16).


Qu'est-ce que la mission ? Comment doit-elle se réaliser ? Est-elle une ou multiple ? Autant de questions importantes et qui sont essentielles à la vie même de l'Eglise.


La mission est un ordre du Christ, qui doit se réaliser par notre obéissance dans la foi, un ordre qui est absolument unique, comme la foi de l'Eglise est unique.


Cet ordre qui constitue la mission de l'Eglise, c'est l'accomplissement du règne de Dieu. Le Christ envoie ses disciples afin que le monde soit, une fois pour toutes, délivré du Mal : il "leur donna pouvoir sur les esprits impurs". La mission de l'Eglise consiste à ce que notre prière quotidienne trouve enfin sa réalisation : "Père, délivre-nous du Mal." Jour après jour, le règne de Dieu s'étend et tend vers son accomplissement définitif qui viendra avec le Christ au dernier jour de l'humanité. Le Père veut que tout soit soumis à la domination de son Fils, une domination d'amour, qui ne se veut pas un amour tiède, mais un amour fort et puissant !


"Il leur ordonna de ne rien emporter pour la route, sauf un bâton : ni pain, ni besace, ni monnaie dans la ceinture, de chausser des sandales et de ne pas revêtir deux tuniques."


Saint Marc a entendu Pierre, le premier Pape, raconter ce récit lorsqu'il enseignait les premiers disciples de Rome. Pierre a bien retenu cette leçon du Maître et il l'a suivie de près durant sa vie d'apôtre. Il en donna l'exemple dès le début de son apostolat, à Jérusalem : "Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de la neuvième heure. On était en train d'y porter un homme boiteux de naissance (...) A la vue de Pierre et de Jean qui s'apprêtaient à pénétrer dans le temple, il leur demanda l'aumône. Pierre, le considérant ainsi que Jean, lui dit : «Regarde-nous.» L'impotent fixa les yeux sur eux avec attention, dans l'espoir de recevoir quelque chose. Mais Pierre lui dit : «Je n'ai ni or ni argent ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche !»" (Actes 3, 1-6)


La possession des biens matériels pose toujours un problème à celui qui veut suivre Jésus de près et accomplir ainsi sa mission à la suite du Maître. Il est facile de comprendre pourquoi. Dieu est Esprit ; donc nous ne le voyons pas. Les biens que nous possédons sont matériels ; donc nous les voyons. De plus, depuis le péché originel, notre nature humaine est blessée, défigurée, et l'image de Dieu qui est en elle est tellement éloignée de son original - Dieu - qu'elle semble totalement brisée. Aussi, Dieu étant si loin de nous, les créatures qui nous entourent deviennent notre premier point de comparaison, à un degré tel que nous les prenons bien souvent pour des dieux...


Il faut donc réagir, prendre le contre-pied, et vivre de manière totalement opposée. C'est pourquoi Jésus enseigne à ses disciples de ne rien emporter pour la route... Plus nous sommes enclin à la possession et à la jouissance des biens de ce monde, plus il faut nous en détacher, au moins en esprit, et parfois même en réalité. Cette attitude évangélique a vallu à l'Eglise un des plus grands Saints qu'elle a compté parmi ses enfants : Saint François d'Assise ! Même si vous et moi ne sommes pas d'autres "Saint François d'Assise", demandons pourtant au Seigneur qu'il attire notre esprit vers les réalités du Ciel pour éviter que nous ne nous attachions trop aux biens d'ici-bas.


"Il leur disait : «Dans quelque maison que vous soyez entrés, restez-y jusqu'à votre départ de cet endroit-là. Si une localité ne vous reçoit ni ne vous écoute, sortez-en et secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux.»"


Ces paroles du Seigneur s'appliquent littéralement aux prédicateurs itinérants. Pour nous qui demeurons en un endroit bien précis pendant une longue période de temps, endroit que nous n'avons pas toujours choisi nous-mêmes, ces paroles ont un sens plus spirituel. La maison dont parle Jésus est certes une vraie bâtisse matérielle, mais elle peut aussi signifier l'âme dans laquelle la Parole de Dieu habite comme en sa propre demeure. Si, par notre entremise, telle ou telle personne a reçu la grâce de la foi ou toute autre consolation divine, restons en communion avec cette personne, car c'est le Seigneur lui-même qui l'a placée sur notre route et qui veut se servir de nous pour la guider vers les chemins d'éternité...


"Ils partirent, et prêchèrent la pénitence. Ils chassaient de nombreux démons, oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient."


Saint Matthieu rapporte d'autres paroles du Seigneur. Il place en effet ces mots dans la bouche de Jésus parlant à ses disciples : "Sur votre route, annoncez bien haut : Le règne des Cieux est proche !" (Mt. 10, 7) Voilà comment les disciples du Christ doivent prêcher la pénitence : en proclamant que le Règne des Cieux est proche ! Cela signifie que les disciples du Christ doivent inviter les hommes et les femmes à se convertir en tournant leur esprit et tout leur être, non plus vers les biens de ce monde, vers le Royaume des Cieux où le Seigneur Dieu nous attend pour l'éternité !


Nous le savons et nous le croyons : il n'y a pas d'autre alternative que, ou le Ciel, ou l'Enfer. Ou nous serons sauvés, ou nous serons damnés. Ou le Ciel pour toujours, ou l'Enfer pour toujours. Telle est notre foi, telle est la Foi catholique, apostolique, et romaine. Même celui qui passe par ce lieu de purification appelé Purgatoire est déjà certain de son salut, bien qu'il ne voit pas encore Dieu ; c'est même cette certitude qui le fait souffrir, mais souffrir d'amour.


Jésus, tous les jours, nous envoie en mission : obéissons-lui avec foi, avec espérance, avec amour ! Demandons à Marie, qui a parfaitement rempli sur terre la mission qui lui avait été confiée par l'Esprit de Dieu, demandons-lui de nous éclairer et nous faire comprendre exactement ce que le Seigneur attend de nous tout au long de notre vie ! Que le sacrement de l'Eucharistie que nous allons recevoir en communion soit notre force et notre lumière sur le chemin de l'éternité !



Pour commander tout de suite l'homélie hebdomadaire, cliquez ici !