Homélie pour le quatorzième Dimanche dans l'année - Année B - Mc. 6, 1-6


par

le Père Daniel Meynen
 
 

"Jésus revint dans sa patrie, suivi de ses disciples. Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : ´D'où lui vient cela, et quelle est cette sagesse qui lui a été départie ? et comment de si grands miracles s'accomplissent-ils par ses mains ? N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous ?" Et ils étaient perplexes à son sujet. Mais Jésus leur dit : ´Un prophète n'est traité sans égards que dans sa patrie, chez ses parents et dans sa propre maison." Il ne put accomplir là aucun miracle, si ce n'est qu'en leur imposant les mains il guérit quelques malades. Et il s'étonnait de leur incrédulité. Il parcourait les villages à la ronde tout en enseignant."





Homélie :


"Jésus revint dans sa patrie, suivi de ses disciples. Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : ´D'où lui vient cela, et quelle est cette sagesse qui lui a été départie ? et comment de si grands miracles s'accomplissent-ils par ses mains ? N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? et ses soeurs ne sont-elles pas ici parmi nous ?" Et ils étaient perplexes à son sujet."


Aujourd'hui, en ce vingt-et-unième siècle commençant, il est un bien que tout le monde désire par dessus tout : la connaissance. Vous allez tout de suite dire que je me trompe, et que c'est l'argent que tout le monde désire par dessus tout aujourd'hui. C'est en partie vrai. Mais celui qui a de l'argent, beaucoup d'argent même, que va-t-il faire avec cet argent ? Va-t-il le garder dans un coffre-fort ? Va-t-il l'enfouir dans la terre comme le serviteur infidèle (cf. Mt. 25, 25) ? Non, certainement pas. Celui qui a de l'argent va le faire fructifier, afin d'en avoir davantage. A tout le moins, il évitera que son argent ne dévalue et il le placera à un taux d'intérêts le plus élevé possible. Mais voilà : tout ceci nécessite une connaissance certaine, une connaissance approfondie de la rentabilité de l'argent. Et celui qui possède de très grosses sommes d'argent fera tout pour trouver les collaborateurs qui auront la connaissance suffisante pour l'aider à faire fructifier ses capitaux le plus possible.


La connaissance ! Tel est le faux dieu de notre monde d'aujourd'hui ! En fait, la chose n'est pas nouvelle. Que s'est-il passé au Paradis terrestre, dans ce Jardin d'Eden où Dieu avait placé Adam et Eve ? Le démon, déguisé en serpent, tenta Eve, et par elle Adam, de manger du fruit de "l'arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn. 2, 9) : "Non, reprit le serpent, vous ne mourrez pas ; mais Dieu sait bien que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal" (Gn. 3, 4-5). Après avoir péché en désobéissant au Seigneur, Adam et Eve perdirent tous les dons exceptionnels que Dieu leur avait donnés. Et le don principal qu'ils perdirent fut en rapport avec leur faute. Ils perdirent en effet le don de la science infuse, qui leur permettait de tout connaître intimement et de donner à chaque être son nom, c'est-à-dire ce qui exprime toute son essence : "L'homme imposa des noms à toutes les bêtes, à tous les oiseaux des cieux et à tous les animaux des champs." (Gn. 2, 20)


Ainsi, depuis que l'humanité chemine misérablement sur les sentiers de la pénitence, dans l'attente de la Rédemption finale et définitive, il n'y a pas un homme, il n'y a pas une femme qui ne cherche, avec plus ou moins d'habileté, à vaincre ce handicap de la connaissance perdue. Chacun sait pourtant une chose : il faut beaucoup travailler et faire de nombreux efforts pour arriver à connaître parfaitement un tout petit peu de cette immense somme de données qui forment l'ensemble des choses connues et encore à connaître. Quand quelqu'un dit : "Moi, je connais très bien ceci ou cela", n'est-on pas tenté de lui répondre aussitôt : "Oui, mais ce n'est rien à côté de ce que tu ne connais pas !" Et nous le voyons : quand un homme ou une femme fait étalage de ses connaissances, notre réaction est très vive, très forte, et la jalousie fait immédiatement irruption en nous, pour nous pousser peut-être jusqu'aux pires excès...


Que penser alors de cet événement dont parle l'évangile de ce dimanche ? Est-il étrange que Jésus ne soit pas bien accueilli dans sa patrie ? Ce charpentier, ce Jésus que tout le monde connaît depuis plus de trente ans, fait des discours dans la synagogue, parlant comme un docteur de la Loi, et avec une sagesse que l'on n'a jamais vue nulle part ailleurs ? Et, ce qui est pire encore, tous les assistants savent pertinemment bien que ce Jésus n'a jamais étudié dans les grandes écoles de Jérusalem ! Non, vraiment, c'en est trop ! Si au moins, il faisait étalage de ses diplômes et de ses certificats d'études ! Mais, non ! Vraiment, c'en est trop ! Et les habitants de Nazareth de se poser de sérieuses questions quant à l'origine d'une telle connaissance : "Et ils étaient perplexes à son sujet." La jalousie est dans tous les coeurs, le démon rode...


"Mais Jésus leur dit : ´Un prophète n'est traité sans égards que dans sa patrie, chez ses parents et dans sa propre maison." Il ne put accomplir là aucun miracle, si ce n'est qu'en leur imposant les mains il guérit quelques malades. Et il s'étonnait de leur incrédulité. Il parcourait les villages à la ronde tout en enseignant."


Un prophète peut annoncer et prédire l'avenir. Mais ce n'est pas sa fonction principale. Le prophète, le vrai prophète, celui qui est l'envoyé de Dieu, est celui qui parle au nom de Dieu : il sert d'intermédiaire entre Dieu et son Peuple. Le prophète possède donc une certaine connaissance qui le dépasse, parce qu'elle vient de Dieu même. Jésus est le Grand Prophète par excellence : il est le Verbe de Dieu, la Parole du Père incarnée. Jésus est cet homme qui est tout à la fois Dieu et homme : il est celui qui dit à toute l'humanité la Parole de Dieu. Comme Dieu est infini, sa Parole est infinie et elle surpasse toute connaissance simplement humaine : seul le Christ, parce qu'il est Dieu et homme, comprend et connaît parfaitement la Parole de Dieu.


Cependant, la connaissance de la Parole de Dieu n'est pas réservée au Christ seul. Au contraire, c'est pour nous communiquer cette Parole que le Fils de Dieu est venu sur terre : au prix de son Sang versé sur la Croix du Calvaire, et par la puissance de sa Résurrection, Jésus, Fils de Dieu, veut communiquer à tous les hommes cette Parole qui sauve. Mais, comme cette Parole dépasse notre intelligence, il n'y a qu'un seul moyen pour que nous puissions la recevoir en nous, d'une manière surnaturelle : ce moyen, c'est la foi ! Car la foi est une vertu surnaturelle qui réside dans l'intelligence et qui nous permet de comprendre et de connaître une vérité qui nous dépasse. Il faut d'abord que nous croyons, sans comprendre et sans connaître humainement, et ensuite Dieu, par sa grâce, éclaire notre intelligence par la lumière de sa vérité.


Remercions le Seigneur, au cours de l'Eucharistie de ce jour, pour ce grand don de la foi. Demandons à la Très Sainte Vierge Marie, Celle qui a cru la première à la Parole de Dieu, de nous aider à croire toujours davantage en son Fils Jésus. Faisons tous nos efforts pour que le Seigneur, s'il vient à nous visiter, ne soit pas étonné de notre manque de foi, et qu'il ne renonce pas à faire chez nous des miracles, comme cela se passa à Nazareth. Soyons forts dans l'Esprit-Saint : c'est lui qui, en se donnant à nous, nous transmet la Connaissance de Dieu !



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